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LUNDI SÉRIE – « American Gods » : Mythologie 2.0

© Starz

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Deux fois par mois, la rédaction se dédie entièrement au «  petit écran  » et revient sur une série pour la partager avec vous. Toutes époques et toutes nationalités confondues, ce format pourra vous permettre de retrouver vos séries fétiches… ou de découvrir des pépites. Aujourd’hui c’est de la série American Gods dont on va vous parler.

Un ex-détenu, un dieu nordique et un leprechaun entrent dans un bar… American Gods, saison 1 épisode 1. Diffusée sur Starz aux États-Unis et sur Amazon Prime Video dans le reste du monde depuis 2017, la série s’inspire du roman éponyme de Neil Gaiman publié en 2001. Elle invoque pour le bien de l’histoire tout un panthéon de divinités, anciennes et nouvelles.

Bryan Fuller et Michael Green, les scénaristes de la série ont réussi à s’approprier le conséquent roman de Gaiman en attaquant l’histoire d’un autre angle, prenant des chemins différents et sélectionnant les chapitres. Il en résulte en 2017 une première saison aux couleurs néons, et surtout interdite aux moins de dix-huit ans. Entre les bains de sang et les orgies, American Gods n’est pas une série à regarder dans un TGV bondé. Avec une deuxième saison en 2019, et une troisième dont la diffusion a commencé le 11 janvier dernier, la série continue à faire parler d’elle.

Ian McShane et Ricky Whittle, American Gods (2017) ©FremantleMedia North America.

Oh my god(s) !

Le personnage principal d’American Gods n’en est pas un, de dieu. On rencontre Ombre Moon – Shadow Moon en V.O. –, interprété par Ricky Whittle, dès les premières secondes de la série dans les couloirs d’une prison, quelques jours avant sa libération. Tourmenté par un mauvais pressentiment, il attend, sur ses gardes, le moment tant attendu du retour. Et des retrouvailles avec sa femme Laura. Mais tout bascule : il est finalement libéré trois jours en avance pour se rendre à un enterrement… celui de sa femme.

C’est dans l’avion vers sa ville natale que le deuxième personnage clef de la série apparaît ; Voyageur (Mr Wednesday), joué par Ian McShane, un habitué du petit écran. Ce dernier va proposer un travail à Ombre – un mélange de chauffeur et d’homme de main – une offre que la situation de ce dernier ne lui permet pas de refuser. Ombre se retrouve alors plongé au cœur d’une quête étrange, dans laquelle il semble tenir une place centrale.

XXIe siècle : une grande partie des dieux a immigré aux États-Unis (plus simple pour la production). Ils ont suivi leurs fidèles dans leurs voyages, car pour continuer d’exister, un dieu a besoin d’adoration. Déguisés au milieu des hommes, ils doivent également faire face à ceux qui les veulent voir disparaître : les nouveaux dieux. À Odin, Jésus ou Déméter ont supplanté Media, Technical Boy et le mystérieux Mr World. Et pas d’alliance possible : ce sera la guerre.

Si on y ajoute des résurrections douteuses, des dieux vieillissants et des révélations jouant sur l’effet de cliffhanger, on obtient la recette (gagnante) d’American Gods.

« Nous voulions que les anciens dieux soient aussi abrasifs et rustiques que possible pour montrer les aspects usés de leur religion et les conséquences d’une absence de foi aussi longue. En juxtaposition, les nouveaux dieux sont relativement sophistiqués et dotés de nouvelles technologies brillantes qui illustrent à quel point ils sont précieux et pertinents dans leurs propres religions. »

Bryan Fuller en 2017 pour Collider

Deus ex machina

Si l’on regarde évidemment cette série pour les déicides qu’elle promet dès le premier épisode, la timide vulgarisation religieuse qu’elle permet aussi est intéressante à relever. Si les scénaristes ne se perdent pas en dialogues explicatifs, chaque épisode débute par la mise en scène d’un rituel ou d’un événement dans lequel un dieu intervient. On rencontre ainsi chaque semaine une divinité plus ou moins connue : Anansi (dieu araignée), Anubis (dieu des morts de l’Égypte antique), des divinités préhistoriques, Déméter, etc. Sans compter l’improbable épisode final de la saison 1, où Ombre se retrouve en compagnie d’une vingtaine de Jésus différents.

American Gods (2017) ©FremantleMedia North America.

Le panthéon que la série mobilise, très large, permet aussi de parler à un public étendu, qui y retrouve avec plaisir ses références. Et de jouer également avec les alliances possibles : qui, chez les anciens dieux, pourrait avoir besoin des nouveaux dieux pour se maintenir sur le devant de la scène ? Vulcain, désormais arrivé lui aussi aux États-Unis, se nourrit des opinions des Américains pro-armes ; Bilquis, la reine de Saba, déesse sensuelle et sexuelle, utilise le savoir du nouveau dieu de la technologie pour trouver ses adeptes sur les sites de rencontre. Il est intéressant de voir la série s’éloigner d’une opposition trop manichéenne entre bien et mal, ancien et nouveau. Même les dieux font des erreurs.

Une abondance de références et de divinités, qui loin d’être excessive, permet de mieux englober le concept de croyance et du nombre presque infini de pratiques religieuses. Le seul reproche que l’on peut trouver à cette série est l’abondance de mystère autour des personnages principaux : on espère que la troisième saison saura répondre avec clarté à ces questions qui se posent depuis la première saison.

Une série maudite des dieux ?

Si la série obtient pour sa première saison la note de 92 % sur Rotten Tomatoes, elle descend à 60 % pour la deuxième saison en 2018. Mais ce qui est caractéristique de la série est la difficulté qu’elle a de garder ses showrunners ou ses acteurs. Si Bryan Fuller et Michael Green sont seuls aux commandes du teleplay pour les quatre premiers épisodes de la série, ils sont ensuite remerciés par la production qui confie les rênes à d’autres. Autre remarque chaque épisode ou presque est réalisé par un nouveau réalisateur (sauf les trois premiers).

Gillian Anderson (Sex Education), qui incarne avec brio la déesse Media dans la première saison, quitte la série après avoir appris le départ de Green et Fueller. En 2019, l’acteur Orlando Jones soutient que la production ne renouvelle pas son rôle pour les saisons suivantes car « son personnage renverrait une mauvaise image de l’Amérique Noire ». La production a répondu que Jones avait été remercié car son personnage n’apparaît pas dans les chapitres concernés par l’adaptation.

Un bel enchevêtrement de départ et de déclarations qui pourraient poser la question suivante : et si les dieux n’étaient pas très d’accord avec ce portrait ? En tout cas, la saison trois est à retrouver sur Prime Video en ce moment, et il paraîtrait même qu’une quatrième saison est en discussion.

Auteur·rice

Étudiante en journalisme culturel à Paris 3

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