FAME FESTIVAL – « Bring Down The Walls » : Quand la house libère

Credits : Mel D. Cole

Sélectionné pour le Festival Fame, Bring Down the Walls retrace une expérience menée par un collectif de citoyens à Chicago. Débats sur le système carcéral américain et son broyage systémique des minorités le jour et festival de musique house la nuit. Libération de la parole, puis des corps. 

Le film réalisé par Phil Collins (un homonyme) laisse entendre dès les premières minutes que le système carcéral américain n’en sortira pas indemne. Gangréné, comme d’autres grandes institutions par le néolibéralisme, ce système a su se renouveler pour tirer profit du nombre de ses arrestations. En première ligne de cette évolution délirante  : les personnes vulnérables, afro-américaines bien souvent, issues de la communauté LGBTQ+ parfois. Les prisons sont rentables et ce sont les minorités qui paient l’addition. 

Faîtes tomber les murs

C’est de ce constat révoltant que naît l’initiative Bring Down the Walls. Dans un immeuble en plein cœur de Chicago, un collectif de citoyens décide de s’unir contre cette justice défaillante. Organisation de groupes de paroles le jour et de soirées la nuit. Bring Down the Walls passe par l’intime et mêle aux témoignages bouleversants d’anciens détenus, coupables ou non, des images de fête où des corps de morphologies et couleurs toutes différentes se retrouvent autour d’une culture commune  : la musique house. 

Durant les groupes de parole qui ont lieu le jour, un homme raconte  : «  J’étais jeune, Noir et pauvre. Je ne pouvais pas choisir d’être jeune et Noir, alors j’ai essayé de ne plus être pauvre. J’ai voulu voler pour trouver un peu d’argent, mais pas les gens de mon quartier. Je ne voulais pas voler à ceux dans la même situation que moi. Alors j’ai été voler aux gens de beaux quartiers. J’ai été arrêté et le juge m’a donné l’amende la plus importante qu’il était possible de recevoir. Pour un vol  ! Mon avocat m’a dit que je n’aurais surtout pas dû voler ces gens-là, que j’aurais dû voler ceux de mon quartier, que j’avais été puni pour l’exemple.  » 

crédits : Courtesy Shady Lane Productions

Les témoignages se succèdent et la révolte est contagieuse. Il y a cet homme, enfermé alors que non coupable, parce que quelqu’un a témoigné contre lui. Ce témoin-là, lui-même aux prises avec le système carcéral, avait le choix entre dénoncer et retourner en prison. Alors il a dénoncé un innocent. D’autres racontent  : un oncle enfermé en prison pendant une vingtaine d’années pour un accident mineur. Et puis l’exclusion, qui vient avec la peine de prison  : «  Quand il est entré, on utilisait encore les minitels. Maintenant, il ne sait même pas ce qu’est un iPad  !  »

S’émanciper par la house

Aux différentes scènes de débat s’entremêlent les images de la soirée qui a suivi. La house envahit les espaces avant que les corps ne s’en emparent. Ils sont d’une diversité fabuleuse, ces corps  : Blancs et Noirs se mélangent tandis qu’on devine la présence d’une communauté Queer et LGBT. Ils font corps, justement, autour de cette musique qui constitue leur culture commune et fait d’eux une communauté de destins. De l’autre côté de l’écran, on a envie de danser. Le témoignage d’un ancien détenu résonne et vient donner un sens aux images  : «  La musique est un moyen pour moi des faire sortir les mots.  » Sur scène, on le voit s’emparer du micro et chanter, acclamé par la foule. 

L’esthétique du film est irréprochable. Pleine de couleurs, elle est à l’image du projet qu’elle porte  : la diversité existe et, mieux, la diversité est un cadeau. En réunissant cette communauté inclusive autour d’un projet de société et d’une culture commune, Bring Down the Walls devient un lieu d’expérimentation sociale qui défie les normes étouffantes d’une société américaine sclérosée par ses inégalités. 

Le film, tout en offrant une expérience positive au spectateur comme aux participants, pose des questions fondamentales. Peut-on parler de justice  ? Est-ce que tout le monde la veut vraiment, la justice  ? Et parvient à faire un premier pas vers la déconstruction d’un système socio-politique qui n’a plus lieu d’être. 

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