L’Amazonie brûle, indifférence mondiale ?

Sa destruction ne cesse d’empirer et les derniers chiffres officiels publiés démontrent une intensification de la déforestation jamais atteinte depuis douze ans. Un constat qui pointe du doigt l’impact des multinationales sur l’Amazonie et la politique du président Jair Bolsonaro.

L’Amazonie s’étend sur neuf pays (Brésil, Colombie, Pérou, Bolivie, Équateur, Venezuela, Surinam, Guyana et Guyane française), avec environ 47 millions d’habitants, dont de nombreuses communautés indigènes. Cette population autochtone dispose, en théorie, de droits spécifiques reconnus par l’État brésilien. Toutefois, ces droits sont encore trop souvent bafoués et ces communautés se battent pour qu’ils soient respectés. 

Leurs droits « d’origine  », reconnus dans la Constitution de 1988 , sont protégés par la Fondation nationale de l’Indien (FUNAI). Cette Fondation est chargée de «  protéger et promouvoir les droits  » des peuples autochtones du Brésil. Durant sa campagne en 2018, Jair Bolsonaro avait promis de ne plus céder «  un centimètre  » de terre aux indigènes et de donner un bon «  coup à la nuque  » d’une FUNAI «  inutile  »

Et ça n’a pas raté, l’institution a été livrée aux militaires, aux grands propriétaires et aux évangéliques. L’objectif était clair : ouvrir les territoires des tribus à l’exploration minière et à l’agriculture afin d’éradiquer ce peuple et d’en finir avec leur identité. 

Entre 2000 et 2018, la déforestation en Amazonie a atteint 513 016 km2. C’est 8 % de la plus grande forêt tropicale du monde. Ces chiffres sont la conclusion d’un rapport publié le 8 décembre dernier par le Réseau amazonien d’information socio-environnementale géographique (Raisg), un collectif de chercheurs et d’ONG.

La crise du Covid-19 n’a fait qu’accélérer les choix de Brasilia qui, en catimini, est passé outre les critiques des ONG de défense de l’environnement.

«  En raison de l’augmentation de la déforestation, le Brésil devrait être le seul grand émetteur de gaz à effet de serre à voir ses émissions augmenter cette année, alors que l’économie mondiale s’est arrêtée à cause de la pandémie  »

Témoignage dans une note de l’Observatoire du climat, réunissant plus de 50 ONG au brésil

Un rapport glaçant

L’analyse des images satellites par l’Institut national de Recherches spatiales (INPE) du Brésil dévoile que la déforestation en Amazonie au Brésil a atteint son plus haut niveau depuis 2008. Au total, 11 099 km2 de forêts détruites en seulement douze mois (d’août 2019 à juillet 2020).

Ce rapport révèle une augmentation de 9,5 % par rapport à l’an dernier. L’Institut dévoile que les surfaces défrichées ont été trois fois supérieures par rapport à 2018.

Les régions les plus atteintes se trouvent le long des routes, qui traversent désormais de part et d’autre la forêt. Le grand État du Pará est en première ligne. Selon l’INPE, c’est dans cette région qu’a lieu près de la moitié du déboisement. Plusieurs nouveaux « fronts » de la déforestation sont également identifiés. C’est notamment dans la région de Labrea, berceau des dernières tribus indiennes du pays, que la situation est critique. Aucunes données officielles sur ces crimes environnementaux ne sont dévoilées par les autorités. Ces destructions cachées sont donc révélés par les satellites.

C’est de ce contexte que les multinationales profitent pour envahir la forêt amazonienne.

« En raison d’une telle déforestation, le Brésil est probablement le seul émetteur majeur de gaz à effet de serre qui a réussi à augmenter ses émissions pendant une année au cours de laquelle l’économie mondiale était paralysée. »

Selon les mots de l’observatoire du climat, un collectif d’ONG au Brésil

L’impact dévastateur des multinationales

L’élevage des bovins occupe une place centrale dans l’économie agricole. C’est à la fois sur le plan national et international qu’il est manifestement une des premières causes de la déforestation. Des entreprises mettent le feu illégalement pour détruire la forêt et élever des bovins.

«  L’élevage bovin extensif est le principal facteur de déforestation de l’Amazonie. Un peu plus de 65 % des terres déboisées en Amazonie sont aujourd’hui occupées par des pâturages  »

Selon romulo batista, un chercheur de greenpeace, une ong de protection de l’environnement

L’exportation des bovins brésiliens a été multipliée par dix. Le pays est devenu le premier exportateur mondial dans le bœuf. En 2018, ces exportations de viande représentait 30 % du marché mondial soit un record de 1,64 million de tonnes. La Chine, l’Égypte et l’Union européenne en sont les trois principaux marchés.

La monoculture et les cultures de soja sont elles aussi responsables de ce désastre écologique. Des forêts vierges sont rasées pour planter une seule et même espèce. C’est le cas des forêts d’eucalyptus, faisant disparaitre une immense biodiversité composée d’animaux et de plantes.

Ces phénomènes proviennent de la volonté de Jair Bolsonaro. Ils souhaitent aider les multinationales à multiplier leurs processus de production intensive sur des territoires encore intacts. Le président populiste a alors fondé une partie de sa stratégie de développement économique sur l’exploitation des ressources naturelles nationales.

Malgré la crise sanitaire, il faut dire que les exportations agricoles du pays se portent bien. Elles ont augmenté de 6 % par rapport à 2019 pour atteindre un total de 45,3 milliards de dollars. C’est une somme non négligeable pour un pays en pleine émergence sur la scène internationale.

Ils ne sont pas les seuls destructeurs de la forêt amazonienne. Les incendies de forêt ne font qu’augmenter année après année et brûlent à petit feu le poumon de notre Terre.

Les incendies de forêt au plus haut en dix ans

Selon l’Institut national de recherches spatiales (INPE), les incendies de forêt sont au plus haut en dix ans au Brésil. Le rapport analyse une augmentation annuelle record de 12,7 % et concerne près de la moitié l’Amazonie.

Le recours à l’imagerie satellite indique 103 000 incendies soit une augmentation annuelle de près de 16  % depuis 2019.

La situation n’a fait qu’empirer depuis l’élection en 2019 du président d’extrême droite Jair Bolsonaro. Il n’a cessé d’affirmer sa position sur l’ouverture de zones protégées et de territoires indigènes à l’exploitation minière et agricole.

Ces incendies sont déclenchés principalement par des individus qui cherchent à étendre les zones de pâturage et de culture. Entre janvier et septembre 2020, plus de 57 800 départs de feux ont été déclarés par l’Institut national de recherches spatiales.

Les forêts sont brûlées et rasées pour être cultivées plusieurs années jusqu’à ce que les sols ne soient plus fertiles. Il faudra attendre plusieurs décennies avant de pouvoir replanter efficacement sur ces terres.

Bolsonaro, le président de l’agrobusiness  ?

Arrivé à la tête du Brésil le 1er janvier 2019, climatosceptique et nationaliste, il mène une politique hostile aux peuples indigènes d’Amazonie. Entièrement favorable à l’agronégoce et à l’exploration minière de l’Amazonie, il ne cesse de clamer que les peuples indigènes brésiliens occupent trop d’espace. Selon lui, ces peuples freinent le développement économique du pays en occupant des zones fortes en ressource.

«  Géant grâce à la Nature elle-même, tu es fort, tu es un impavide colosse  »

proclamation de l’hymne national brésilien

Jair Bolsonaro laisse carte blanche à l’agro-business qui s’approprie et ronge peu à peu les terres de ces populations indigènes. Selon une logique de pionnier du XIXème siècle, l’Amazonie est considérée comme une réserve de ressources. Elle ajoute que son exploitation apporte richesse et développement au pays. Une raison de plus pour Jair Bolsonara de se défendre contre les critiques à son encontre.

Il est souvent reproché aux élus de ne pas respecter leurs engagements électoraux. Pour Bolsonaro, ce n’est pas le cas. Le président brésilien attribue un budget limité à l’Institut brésilien de l’environnement et des ressources naturelles renouvelables (IBAMA), réduisant ses moyens d’inspection des ressources naturelles.

Il n’hésite pas non plus à dénigrer les ONG militantes de protection de l’Amazonie et les populations indigènes comme les outils d’un «  complot mondialisé  » visant à empêcher le développement du Brésil.

Les critiques sur l’augmentation de la déforestation au Brésil sont des «  attaques injustifiées  » et «  démagogiques  » qui émanent de pays «  moins compétitifs  »

Déclaration de jair bolsonaro lors du sommet virtuel du g20

Quel avenir pour l’Amazonie  ?

Pour faire face aux critiques internationales, le gouvernement Bolsonaro a créé un « conseil de l’Amazonie », censé veiller sur la forêt. Présidé par le vice-président et général quatre étoiles, Hamilton Mourao, il est composé pour l’essentiel de militaires.

Cette année, durant la saison sèche, le gouvernement a également décrété l’opération «  Vert Brésil 2  », sur le modèle de celle enclenchée lors des incendies d’août 2019, déployant plus de 3 400 soldats dans la région.

Ces forces armées déployées pour lutter contre les incendies ont été marquées par la signature d’un décret en mai dernier. Celui-ci autorise les militaires à prendre des mesures préventives et restrictives contre la déforestation et les incendies volontaires. Mais ce n’est sans préciser la date de validité du décret allant jusqu’au 10 juin 2020…

Pourtant malgré la pression de la communauté internationale, la déforestation ne cesse de s’accélérer. Elle s’approche d’un point de non retour, au-delà duquel la forêt amazonienne ne pourra plus récupérer.

La réaction du gouvernement brésilien ? «  Ça aurait pu être pire encore…  »

Selon les mots du vice-président au pouvoir, hamilton mourão

L’espoir d’une partie de la défense de l’Amazonie repose sur le président américain fraîchement élu, Joe Biden. En septembre dernier, lors d’un débat avec le président sortant, Donald Trump, il a clairement choisi son camp.

«  Arrêtez de détruire la forêt  ! Si vous continuez, vous ferez face à des conséquences économiques significatives  !  »

ce que clame joe biden à donald trump lors d’un débat entre les deux hommes en septembre 2020

Joe Biden avait menacé le Brésil de « conséquences économiques significatives » si la déforestation se poursuivait en Amazonie. Mais le président brésilien avait montré une totale indifférence à la cause. Il clamait que son pays n’avait pas l’intention de subir des pressions à ce sujet.

La promesse d’un fonds international de 20 milliards de dollars de Joe Biden pour la préservation de la forêt suffira-t-elle à préserver « le poumon de notre planète » ?

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