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“Il était des voix”, des récits dissonants et hors normes mis en podcast

© Il était des voix / Gaité Lyrique

À l’occasion du lancement par la Gaité Lyrique et le Paris Podcast Festival, du nouveau cycle de podcast “Il était des voix. À l’écoute de récits hors normes“, les fondateurs du projet nous font part de leur intentions et les particularités de ce nouveau podcast.

Les corps en révolte“, “Voix d’ici et d’ailleurs” ou encore “Faire entendre la rue“, voici quelques thématiques traitées par le projet de podcast “Il était des voix. À l’écoute de récits hors normes“. Un podcast qui s’ancre dans un espace musical bien connu de la scène artistique parisienne, la Gaité Lyrique, accueillant depuis 2018 le Paris Podcast Festival.

Un espace de discussion sur des thématiques peu entendues

À l’occasion du dernier festival, la Gaité Lyrique a souhaité développer les possibilités d’accueil d’enregistrement des podcasts avec notamment la programmation du cycle d’écoute “Il était des voix”. Un podcast porté par un projet tout particulier puisqu’il offrira dès le 15 janvier 2021 et jusqu’au 2 février 2021, un espace de dialogue par son enregistrement en public. Ce moment de partage et d’écoute autour de ces thématiques si particulières s’organisent ainsi autour d’un échange, avec des professionnels tels que des représentants d’association, des chercheurs mais aussi des journalistes et auteurs.

Si le premier podcast, animé par la journaliste Camille Diao, concerne les différences corporelles, tant le handicap que les représentations normatives du corps, les suivant abordent la question des accents, la folie, la vieillesse, la vie rurale, la rue et les positions politiques radicales. Ce programme riche entend faire le tour de ce qui forment aujourd’hui des voix peu entendues dans les espaces de communication traditionnels, et même amoindries par un effet de société plus global.

Échange avec les fondateurs du projet

Une rencontre avec Anna Tardivel, chargée de programmation à la Gaité Lyrique, Nina Cohen et Thibaut de Saint Maurice, fondateurs du Paris Podcast Festival, nous a permis d’en apprendre plus sur la source de cette initiative.

Camille Tassain : Comment s’est construit ce projet ?

Nina Cohen : Depuis 2018, la Gaîté Lyrique accueille le Paris Podcast Festival, qui fut d’abord l’occasion pour nous, collectivement, de découvrir le podcast natif et de célébrer les meilleures créations de l’année. En octobre dernier, le Paris Podcast Festival déployait sa troisième édition : l’occasion de réaffirmer l’accompagnement de cette pratique vers sa structuration, dans un écosystème en plein essor.

Au printemps, la Gaîté Lyrique inaugurera un nouvel espace dédié aux pratiques sonores et immersives avec notamment un studio d’enregistrement dédié au podcast. Le cycle “Il était des voix” s’inscrit en toute logique dans cette envie commune de la Gaîté Lyrique et du Paris Podcast Festival d’accompagner l’émergence de cette nouvelle manière de raconter le monde, en proposant au public des contenus en exclusivité. 

C.T  : Comment est née cette envie, ce besoin, d’aborder ces sujets ?

Thibault de Saint-Maurice : “Il était des voix” est le résultat d’une discussion approfondie entre La Gaîté Lyrique et le Paris Podcast Festival, dans le souci de poursuivre le débat autour du podcast tout au long de l’année, en dehors du temps fort du festival. Ce nouveau moment de rencontres constitue un outil d’exploration supplémentaire pour découvrir autrement toute la richesse du podcast.

Proposer ces débats avec des auteur·ice·s, des expert·e·s, en public et en podcast, participe résolument à faire entrer cette pratique dans la conversation publique et donc dans la culture commune. Ces récits de la marge qui font entendre la multiplicité de nos identités éveillent les sensibilités, en écho au vécu de chacun·e. 

C.T : La vie rurale, le handicap, la folie : les thèmes sont riches, qu’ont-ils en commun ?

N.C : Les sept dates abordent effectivement des thématiques bien différentes, qui ont en commun de faire entendre “les invisibles”, les voix de celles et ceux qui n’arrivent pas toujours à nos oreilles. Nous partirons chaque mois à la rencontre des podcasteuses et podcasteurs qui libèrent ainsi la parole pour la rendre plus inclusive. Nous aborderons les représentations plurielles du soi, du corps en révolte marqué par le handicap, et des esprits indociles qui les habitent, mais nous ferons aussi entendre les voix de celles et ceux qui expérimentent volontairement, ou par défaut, des trajectoires de vie alternatives.

Nous partirons à travers champs, nous écouterons les voix de la rue, et nous nous intéresserons aux voix des extrêmes. En explorant ce large spectre de thématiques, nous ferons entendre des communautés mais toujours dans le but de créer une conversation plus large et d’accompagner le public dans la découverte de ces thématiques singulières et des podcasts qui les portent. 

C.T : La question du devoir de représentation dans les médias est revenue dans les débats au cours des derniers mois, est-ce que pour vous le podcast est un moyen de pallier cette invisibilisation de ces récits dits « hors-normes » dans les médias traditionnels ?

T. S-M : Avec sa liberté de ton et son côté touche-à-tout, le podcast est sans cesse en quête de sujets peu relayés, voire quasi inexistants dans les médias traditionnels. Il contribue ainsi à cet engouement collectif qui participe au surgissement de questionnements alternatifs, d’imaginaires multiples, de communautés singulières… C’est finalement l’essence même du podcast : offrir un espace de parole à celui ou celle qui souhaite s’en saisir. 

C.T : Quelle est, selon vous, la valeur ajoutée du podcast comme medium ?

T. S-M : Le podcast s’est révélé être le média du récit de soi qui fait entendre les témoignages d’anonymes et donne une grande place au «  je  ». Quand le podcast parle de nos altérités, il ouvre le débat. Quand il évoque les différences, il nous fait accepter d’autres réalités. C’est un média qui prend parti et qui s’engage.

La force de l’audio est aussi d’atteindre de manière plus intime les auditeur.ice.s, en proposant une temporalité d’écoute différente. À contre-courant de l’omniprésence de l’image, le podcast est un support que l’on choisit d’écouter quand on veut où l’on veut. Face à l’offre toujours plus foisonnante, Il était des voix propose un contenu de curation et de réflexion, pour accompagner le public dans sa découverte.

C.T : Vous proposez un podcast enregistré en public, à quoi correspond cette démarche ?

N. C : Les enregistrements en public sont des moments conviviaux qui permettent au public de mettre des visages sur des voix. Nous avons l’habitude d’écouter les podcasts en solitaire dans notre casque, et ce temps de rencontre fera découvrir les coulisses de la fabrication d’un podcast en direct. Les conditions sanitaires ne nous permettent pas d’accueillir le public comme nous le souhaitions sur les premières dates, mais en attendant de se rendre à la Gaîté Lyrique, il.elle.s peuvent s’abonner au flux Il était des voix sur leur application de podcast préféré, et écouter tous les mois un nouveau podcast. 

C.T : Que peut-on vous souhaiter pour le lancement de ce nouveau podcast ?

N. C : Pour ce tout premier podcast de la Gaîté Lyrique nous sommes accompagnés par le studio Sonique, et la journaliste Camille Diao sera l’hôte du podcast durant toute cette saison. Nous espérons que Il était des voix sera pour le public comme une fenêtre ouverte sur toute la diversité des podcasts existants, un moment de débat et de rencontre qui puisse emmener vers d’autres horizons.

Le premier épisode “Il était des voix #1 Les corps en révolte” sera enregistré de 19h à 20h le 15 janvier 2021 à l’Auditorium de la Gaité Lyrique en présence du public, et pourra être (ré)-écouté par la suite en format podcast.

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