SOCIÉTÉ

Détresse étudiante : la solidarité dans la tourmente

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Les étudiants n’ont pas vu leurs professeurs et leurs salles de classe depuis des mois. Leurs espoirs de retrouver les cours en présentiel avant la fin de ce semestre sont minces et les témoignages de détresse psychologique se multiplient. Face à la difficulté, ils développent des initiatives de soutien et d’écoute.

Depuis le début de la pandémie, les quelques 2,7 millions d’étudiants français ont vu leurs liens sociaux, leur situation financière mais aussi leur accès au savoir se dégrader considérablement. Si certains ont eu la chance de rencontrer leurs enseignants et de profiter de quelques semaines de cours «  en présentiel  » en septembre, beaucoup se contentent de vidéoconférences depuis mars dernier.

En décembre, des foules se sont amassées dans les magasins pour que Noël survive et les rassemblements religieux ont été de nouveau autorisés. Alors qu’une grande partie de la population a pu reprendre son activité socio-professionnelle en respectant des mesures strictes, les étudiants, eux, sont restés chez eux. Aujourd’hui ils se sentent «  étudiants fantômes »[1], grands oubliés des annonces gouvernementales. Dans des lettres ouvertes, sur des comptes Instagram, dans des interviews, ils tirent la sonnette d’alarme.

Une aide souvent difficile à trouver

Dès le premier confinement, les indicateurs de la santé mentale des étudiants étaient inquiétants. Selon une enquête menée en avril 2020 par le Centre National de Ressources et de Résilience, 11,4 % d’entre eux avaient eu des pensées suicidaires. Plus d’un tiers présentait des troubles psychologiques, mais très peu ont rencontré un professionnel de santé.

Et pour cause, se faire aider relève souvent d’un véritable parcours du combattant. Si certains psychologues libéraux, dont la consultation coûte cher, sont saturés, la situation est pire encore dans les services de santé universitaires.

En novembre dernier, l’association Nightline, qui œuvre pour déstigmatiser les questions de santé mentale et pour faire de la prévention dans l’enseignement supérieur, publiait une note qui révélait un manque important de psychologues. En France, il n’y aurait en moyenne qu’un psychologue à temps plein pour 30 000 étudiants. Ceux qui prennent la décision pas si évidente de demander de l’aide en subissent les conséquences. Les délais sont très longs et souvent décourageants.

Les étudiants mobilisés

Parce qu’il est plus facile de libérer la parole entre les jeunes, les centres médico-psychologiques des universités emploient des «  étudiants relais  ». Ceux-ci sont formés à l’écoute et font de la prévention. A Strasbourg, par exemple, ils constituent le réseau RESCUE et peuvent être contactés par toute personne rencontrant des difficultés psychologiques, familiales ou encore médicales.

Les premiers concernés se mobilisent également. A l’Université Rennes 2, six étudiants en master de psychologie animent un groupe Facebook de «  Soutien aux étudiants dans la crise Covid 19  ». Appuyés par leur responsable de formation, Wendy, Théo, Marine, Cécile, Camille et Solène sont là pour écouter ceux qui en ressentent le besoin. Ils ont mis en place des permanences d’écoute en ligne, quatre fois par semaine, à heure fixe. «  On est mieux armés du fait de nos études  » témoigne Théo.

Créé en novembre dernier, cet espace permet aussi de faire de la prévention et maintenir l’échange en ligne. «  C’est vraiment le confinement qui a motivé, mais aussi le fait que les cours soient entièrement en distanciel depuis la rentrée. Ça a créé un isolement massif  » ajoute l’étudiant. Les nouveaux arrivants sur les campus ont à peine eu le temps de faire des rencontres. «  C’est très anxiogène de se retrouver seul  » ajoute Marine. Pour elle, l’entraide renvoie aussi du positif  : «  Un des aspects de cette crise, c’est aussi que les étudiants sont solidaires et ça crée de beaux mouvements  ».

L’importance du soutien par les pairs

A Grenoble, les associations étudiantes, témoin de situations difficiles, ont mis en place une ligne d’écoute téléphonique. Créée en décembre dernier, Alpaline s’appuie sur trois valeurs  : la gratuité, l’anonymat et la confidentialité. Elle fonctionne grâce à des étudiants bénévoles qui ont suivi des formations et savent réagir, notamment en cas de risque suicidaire.

«  On a vu qu’il fallait agir concrètement.  »

Alexis, président d’Interasso Grenoble Alpes, à l’origine du projet, souligne la mobilisation rapide de ses camarades  : «  En deux jours, on a eu plus de 60 propositions  ». Pour lui, la force du dispositif réside dans le fait qu’il soit porté par les étudiants  : «  C’est l’approche pair à pair qui était importante pour qu’il n’y ait pas de jugement. Ça permet de délier la parole et d’être plus décontracté.  ».

Les écoutants sont entourés par des professionnels de santé qui ont accepté de donner de leur temps et peuvent proposer un accompagnement personnalisé si nécessaire. La ligne Alpaline répond à un besoin en termes de santé mentale, mais d’autres dispositifs permettent par exemple de lutter contre la précarité étudiante. Alexis tient à le rappeler  : «  Les étudiants ne doivent pas hésiter à contacter leur fédération, parce qu’il y a des solutions qui existent  »

Le groupe Facebook de soutien des étudiants de l’Université Rennes 2 est accessible ici.

La ligne d’écoute Alpaline de l’Université Grenoble Alpes est accessible au 04.65.84.44.24 les lundi, vendredi, samedi et dimanche soirs de 20h à 23h.

L’association Nightline propose également un service d’écoute pour les étudiants parisiens, lillois et lyonnais.


[1] Du nom d’un mouvement qui rassemble des témoignages d’étudiants et visibilise, sur Instagram notamment, leurs grandes difficultés dans le contexte actuel.

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