Clips du moisMUSIQUE

LES CLIPS DU MOIS – Décembre #2

Visuel © Guillaume Lacoste

Deux fois par mois, la rédaction vous offre une sélection de dix clips qui ont fait l’actualité musicale. Pour cette deuxième sélection du mois de décembre : la magie hypnotisante de Pomme et Flavien Berger, un appel à l’éveil artistique signé Molchat Doma, une danse mordorée lascive avec Lala &ce.

Ichon – Elle pleure en hiver par Exotica

C’est une poésie contemporaine que donne à voir Ichon dans le clip d’Elle pleure en hiver. Formant un couple délicat avec Mélodie Adda, Ichon magnifie de sa voix douce les drames, les doutes et les amours. Un piano et une cigarette, des disputes, des séparations, un écran de fumé pour masquer, ou du moins, apaiser la mélancolie. Exotica réalise ici un joli court-métrage sans prétention, l’esthétique se veut feutrée, laissant simplement luire dans l’ombre la tristesse des émotions. La caméra nous immisce dans l’intimité d’un amour fragmenté et humain, confiné entre les quelques murs blancs d’un appartement parisien. Une suite douce amère aux précédents clips de l’album Pour de vrai.

Caroline Fauvel

Homeshake – Sesame par John Andrews

Peter Sagar, ancien compère de Mac Demarco et plus connu sous le nom de Homeshake, revient avec un nouveau morceau envoutant Sesame. Accompagnée d’un clip réalisé et dirigé par John Andrews, l’animation nous emmène sous une nuit étoilée dans un monde habité par des chats humanoïdes. La musique aux accords démembrés et au saxophone ensorcelant nous transporte aux cotés de ce personnage chat en route pour un concert aux multiples vices. Tandis que le Montréalais chante le mantra « Sesame » on est hypnotisé.e par le dessin presque psychédélique de John Andrews. Une soirée pleine de dépravations qui ferait rêver bon nombre d’entre nous, en manque de concerts et d’autres activités culturelles. Venez donc vous perdre dans ce clip envieux où chaque profits fait par la chanson seront reversés à l’association RAINN (Rape, Abuse & Incest National Network).

Thomas Soulet

Oneohtrix Point Never – No Nighmares par Reliquary House production et Rafael Delacruz

Oneohtrix Point Never poursuit le développement esthétique multidimensionnel d’un album – Magic Oneohtrix Point Never – qui n’a pourtant plus rien à prouver. Sur No Nightmares, qui invite les voix en demie teinte de Caroline Polachek et de The Weeknd, Oneohtrix Point Never explore nos rêveries et cauchemars les plus sombres, ceux qui se veulent ambigus et perturbants. Les productions Reliquary House laissent l’image nous happer, dans un mouvement continu, entre faisceaux de lumières, personnages déformés et cieux obscurs. Un environnement visuel digne de David Lynch qui s’accorde sans difficulté avec le travail sonore onirique portant la démarche d’OPN.

Caroline Fauvel

Pomme feat. Flavien Berger – magie bleue par Claire Pommet et Hugo Pillard

Avec son dernier album Les Failles, Pomme a connu un succès conséquent alors que la crise sanitaire bloquait tout artiste. Elle a su utiliser son temps à bon escient en proposant à son public un journal intime et de nombreux aveux musicaux. Magie Bleue, le morceau en feat avec Flavien Berger est l’un des trois bonus de son album. Ce clip de huit minutes habillé par une voix en écho et quelques notes de piano sur des arrangements électroniques, nous plonge dans un voyage mystérieux et nous raconte les souvenirs que Pomme a vécu ces deux dernières années. Sa force est de nous faire rentrer dans son univers et dans ses blessures comme s’il s’agissait des nôtres. On est de suite hypnotisé-e et submergé-e par de fortes émotions de par la voix envoûtante de l’artiste et la mélodie fascinante de Flavien, mais également par les images qui illustrent un monde chaotique. On vit ainsi avec elle sur les rails du manège chaque moment fort de son année.

Manon Vincent

Lala &ce – Show Me Love par &ce Recless et Laura Marciano

Depuis son Colors pour le titre Parapluie, qui a littéralement affolé internet, Lala &ce ne cesse de nous intriguer aussi bien dans son esthétique que dans les mélodies qu’elle revendique. Du bleu et de l’or, un couple, les corps. Elle se réapproprie ici cette image presque classique du lover, si souvent vue et déclinée dans les clips de RnB des années 2000. Collé serré, regards transis et plans rapprochés sur des corps aimantés. Show Me Love est un clip à la sensualité électrique et libératrice, ici l’image magnifie les corps et leur donne du pouvoir. Un avant goût sexy et vibrant de son album Everything Tasteful qui sortira en janvier prochain.

Caroline Fauvel

Molchat Doma – Zvezdy par Doroga Production

Le groupe de Minsk Molchat Doma nous présente leur clip engagé Zvezdy qui signifie « Étoiles » en biélorusse. Dirigé par Doroga production, nous découvrons un agent d’entretien communal qui travaille pour une étrange entreprise appelée « Anti-street Art Center ». Tandis que le groupe chante une déclaration d’amour aux rythme cold wave, la vidéo nous transporte dans le quotidien de cet agent, triste de recouvrir ces fameux graffitis artistiques. Il est fréquent en Biélorussie que les tags, graffitis et autres signes de protestations soient recouverts par une peinture blafarde et maussade. Le héros du clip décide de se révolter et se met lui-même à taguer. Un message appelant à la créativité et à la liberté d’expression qui se retrouvent bien muselées dans ce pays. « Les maisons silencieuses » essayent d’enrôler et de réveiller sa population à l’éveil artistique et anticonformiste à travers ce héros de classe populaire. Un clip rebelle qui fait face à ce gouvernement autoritaire Biélorusse.

Thomas Soulet

Chloe x Halle – Billboard Women in Music (Honda Stage)

L’entrée en matière se fait par les portraits alternatifs des deux sœurs. Dans une sorte d’hommage burlesque, des claquements de doigts accompagnent leurs premières paroles, elles ne chantent pas :  “Beautiful, Elegant, Intelligent, Capable, Loving, Majestic, Powerful” (Magnifique, Élégante, Intelligente, Habile, Aimante, Puissante) . En chœur elles donnent le ton «  Do it for the girls » (Fais-le pour les filles). Une fois de plus le duo affirme un positionnement fort : rendre à la gente féminine sa lumière, en la célébrant comme il se doit. Peu à peu, leurs silhouettes entières se révèlent, le décor prend forme. Majestueuses dans leurs costumes aux accents surnaturels, la caméra est en rotation autour du plateau qui tourne sur lui-même telle une planète qui gravite autour de son astre. Les deux soleils se trouvent au centre. Leurs coiffures parsemées de cristaux rappellent des antennes sublimées, vouées à transmettre un message universel : « do it for the girls, all around the world, full of love » (fais-le pour les filles, tout autour du globe, pleines d’amour). Guitare pour l’une, keybord pour l’autre. Elles trônent, debout, maîtrisant à le perfection leur instrument respectif : guitare électrique pour la première, keyboard pour la seconde. Autour d’elles, la faune resplendissante se confond parfois avec le faux ciel jaunis digne d’une image pelliculaire. D’ailleurs, le léger cadre noir perdurant tout au long de la chanson, contribue à cette esthétique argentique. Cette dernière se trouvant couplée à des tenues éminemment modernes, des chaussures lunaires, et des coiffures des plus créatives, Chloe et Halle mêlent les mondes exposant ainsi une multitude d’horizons temporels.

Leïna Jung

La Chica – La Loba par Marion Castera

L’artiste franco-vénézuélienne La Chica sortait au début du mois La Loba, titre extrait de son dernier EP. Tic-tac, le temps passe, l’heure va bientôt sonner. Seulement accompagnée par quelques notes de piano, chroniques et hypnotisantes, la chanteuse s’exprime de mots vifs, assez abstraits – généralement en espagnol, à quelques exceptions : “I pick up the bones / Lova / Recojo los huesos/” (Je ramasse les os / Louve / Je ramasse les os). Cabaret rouge et sanglant, ce clip coloré est d’une incroyable intensité, avec de vrais lovas (loups) comme invités. Une poésie introspective sur une texture de sons réunissant l’Amérique Latine et Belleville, ses deux pôles importants de vie. L’univers de la chanteuse est abrupt, ensorcelant. La Lova se termine sur cette parole déterminée : “El desperar de las brujas es real” (Le réveil des sorcières est réel).

Leelou Jomain

Sofie & Miss World feat. Peanut Butter Wolf – Melody par Miss World Inc

Vous reprendriez bien un peu d’été et de pop acidulée ? Pour contrer la morosité de cette fin d’année les artistes Sofie et Miss World s’associent au DJ Peanut Butter Wolf sur le titre Melody. Le résultat nous transporte dans une Californie fantasmée, faite de palmiers, de lunettes de soleil aux verres fumés et d’images vintage. Une belle carte postale, édulcorée, dansante à souhait, qui nous laisse l’air rêveur. Miss World superpose les images, les filtres pour créer une totalité vive, accordée aux voix sucrées et désireuses des jeunes femmes. Une ode à la musique et à la culture pop 90’ qui nous fait le plus grand bien.

Caroline Fauvel

Viagra Boys with Amy Taylor – In Spite Of Ourselves par André Jofré

L’effervescence grimpe, plus que quelques jours avant la sortie du prochain Viagra Boys, Welfare Jazz  ! Un album très attendu pour cette belle et grande catégorie «  rock  ». Pour faire grimper l’excitation, rien de mieux qu’une collaboration avec la reine du punk, Amy Taylor d’Amyl and the Sniffers. In Spite of Ourselves, cover du morceau de John Prine datant de 1999, nous entête joyeusement une humeur plus que folk : c’est l’aventure country. Surtout que la chanteuse et le frontman du groupe nous embarquent – entre Hollywood, routes australiennes et hot-dog ketchup – dans ces images de campagnes américaines incrustées au fond vert. Un peu loufoque dit comme ça, n’est pas ? Pourtant croyez le, In Spite Of Ourselves est bien le titre que vous écouterez en boucle !

Leelou Jomain

Du cinéma et de la musique - Master Métiers de la Culture

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