« Petite Fille » – Affronter la construction du genre

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Après Adolescentes il y a quelques mois, Sébastien Lifshitz revient avec Petite Fille, documentaire bouleversant sur la notion de genre. Diffusé sur le petit écran – Arte -, il a pourtant tout d’un grand film.

Quel fut le film le plus émouvant de 2020  ? Les avis sont subjectifs mais il va sans dire qu’Adolescentes, le documentaire de Sébastien Lifshitz fait figure de favori. Comme bien souvent chez le cinéaste, l’émotion naît à partir de choses anodines. Avec Adolescentes, il suivait le quotidien de deux amies sur plusieurs années. Cela allait du collège à l’obtention du baccalauréat. Puis la vie continuait et les deux jeunes filles voyaient leurs chemins se séparer. Véritable choc cinématographique, le documentaire a enthousiasmé les adeptes de Sébastien Lifshitz mais pas uniquement, si l’on considère le véritable plébiscite critique et public.

Bonne nouvelle pour les fans du réalisateur, le voici de retour avec Petite Fille, un nouveau documentaire. Les plus chanceux avaient déjà pu le découvrir lors de la dernière Berlinale, où il était présenté. Après l’adolescence, il est désormais question d’enfance comme le titre l’indique si bien. Pendant un an, le cinéaste a suivi le quotidien de Sasha, huit ans. À première vue, on dirait justement une petite fille avec ses cheveux longs et ses traits fins. Sauf que ce n’est pas le cas. Sasha est née dans un corps de garçon et c’est son drame. Depuis l’âge de ses trois ans, l’enfant ressent qu’elle n’est pas en adéquation avec le sexe que la nature lui a attribuée. Que faire dans ces cas-là ? Se battre, tout simplement. Sasha bien sûr, mais surtout sa famille qui va l’accompagner.

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Car les obstacles sont nombreux sur la route de la famille. À commencer par le système scolaire qui voit d’un mauvais œil le trouble identitaire de l’enfant. Ses parents vont lui être d’un précieux soutien, en particulier sa mère, Karine. Le film s’appelle Petite Fille car il suit l’histoire de Sasha mais le parcours que l’on suit, c’est également et surtout celui de cette femme. C’est une guerrière, quasiment au sens premier du terme. Sébastien Lifshitz la filme de cette manière, en perpétuel mouvement et en butte contre les institutions qui voudraient cloisonner son enfant. Par moments, Petite Fille fait presque penser à un film de guerre où l’on n’a d’autre choix que d’affronter ses ennemis. Heureusement, comme dans n’importe quelle bataille, on se découvre des alliés. Ici, ce sera une pédopsychiatre dont l’appui et l’assistance seront plus que salvateurs pour Sasha et sa famille.

Petite fille est un grand film de cinéma. D’autant plus impressionnant qu’il semble, en apparence, si minimaliste. C’est justement ce qui fait le lien entre les différents films de Sébastien Lifshitz. Comme c’était le cas dans Adolescentes ainsi que dans ses autres documentaires, on remarque que l’émotion est dosée de manière extrêmement subtile. Certainement parce que la caméra du cinéaste est à bonne distance de ses sujets. Nulle volonté d’être racoleur ici. Les faits se suffisent à eux-mêmes. Il restera des moments bouleversants, pour ne pas dire déchirants. Les confidences de Karine face caméra pour raconter son combat au quotidien ou encore les larmes de Sasha lorsqu’il est question de son harcèlement à l’école. 

Malgré tout, Sébastien Lifshitz ne s’attarde pas sur ces instants. Son film tend vers l’optimisme, l’espoir au travers de la passion de Sasha pour la danse classique. Une discipline qui transcende son corps, son esprit. À la fin du film, l’enfant danse avec des ailes de papillon dans le dos. Un signe. Car Sasha a quitté sa chrysalide et semble avancer de manière apaisée. Inoubliable.

En ligne sur Arte tv du 25/11/2020 au 30/01/2021 / Prochaine diffusion le mercredi 2 décembre à 20h55

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