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LUNDI SÉRIE – « Girls » : Chronique des femmes d’aujourd’hui

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Deux fois par mois, la rédaction se dédie entièrement au « petit écran » et revient sur une série pour la partager avec vous. Toutes époques et toutes nationalités confondues, ce format vous permettra de retrouver vos séries fétiches… ou de découvrir des pépites. Production HBO, Girls commence sa diffusion en avril 2012 et se termine en 2017, avec six saisons et soixante-deux épisodes d’une vingtaine de minutes.

Produite par Judd Apatow, roi de la comédie américaine, et Jenni Konner, la série est écrite par Lena Dunham, artiste, réalisatrice, et scénariste américaine aux multiples casquettes. Chronique new-yorkaise de quatre jeunes vingtenaires en quête de sens, Girls est un bijou d’humour bienveillant, retranscrivant avec justesse les enjeux actuels de la jeunesse de ces femmes.

Shoshana (Zosia Mamet), Marnie (Allison Williams), Jessa (Jemima Kirke) et Hannah (Lena Dunham) sont amies, habitent à New-York et cherchent toutes à leur façon un moyen de rentrer dans l’âge adulte avec sens et sans trop de compromis regrettables. L’intelligence de la série est de construire ses personnages des considérations du monde moderne, pour les traiter sous différents angles et avec plus de justesse. La richesse des portraits permettrait aisément une saison entière sur chacun des personnages, chaque aparté apportant à l’histoire. Shoshana est ingénue et naïve, encore vierge à la vingtaine, elle veut être ambitieuse, s’entourer d’ambitieux et réussir financièrement. Jessa se débat avec ses dépendances et ses extrémismes, et cherche ce qui l’anime vraiment pour atteindre la stabilité. Marnie, raisonnée et carrée, découvre sa passion pour le chant une fois licenciée et se débat avec les barrières sociales. Hannah, assoiffée de vivre pour pouvoir écrire, veut percer dans l’écriture quand ses parents l’abandonnent financièrement et que l’un d’eux se découvre une homosexualité tardive après des années de mariage. Autour de ces quatre protagonistes et de leurs problèmes amoureux, professionnels et familiaux, Adam (Adam Driver), Ray (Alex Karpovski), Elijah (Andrew Rannels) et bien d’autres, alimentent une histoire riche, drôlatique et crue.

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Journal de bord

Les dialogues sont justes et nous font hocher la tête d’un sourire entendu. Il est facile de se laisser glisser dans cet univers plein de doutes et d’absurdités. Ils sont tout aussi décalés et hauts en couleur qu’ils sont clairvoyants et naturels, ce qui participe au charme du show américain auquel on s’attache rapidement. Le débit verbal compulsif du personnage d’Hannah correspond parfaitement avec ses punchlines amusantes. Hannah Horvath représente la fille détestable qu’il y a un peu en chacun. Une personne qui s’agite trop, réfléchit trop, doute, beaucoup, dit tout haut ce que certains pensent et ressentent honteusement tout bas et ne voit le monde qu’à travers le prisme de ses propres émotions. Pourtant, rapidement, le personnage apparait attachant. Jeune écrivaine en quête de sagesse qu’elle souhaite atteindre grâce à une expérimentation compulsive, elle tâtonne. D’une saison à l’autre, on suit le parcours et l’évolution de ces femmes en devenir à travers les épreuves et les joies de leur vie, ouvrant la porte aux identifications. Lena Dunham emploie la comparaison et la correspondance pour exprimer sa manière de voir le monde, une manière rafraîchissante, amusante et crue. C’est une série véritablement personnelle, qui milite pour un monde où tout le monde devrait pouvoir s’assumer et se présenter à l’autre tel qu’il est. Le curseur est positionné sur une jeunesse blanche, new-yorkaise, sans réelle difficulté, ce que plusieurs critiques regrettent, mais n’en fait pas un énième Sex and the city. Girls est plutôt un carnet de bord personnel, une vision du monde partagé avec beaucoup d’honnêteté et de fantaisie.

Dans le personnage d’Hannah on entend évidemment la voix de Lena Dunham. Engagée pour la libération des corps, la reconstruction de la confiance féminine et la fin des carcans corporels étouffants (son Instagram parle de lui-même : @lenadunham), la réalisatrice filme ses acteurs ainsi qu’elle-même, sans filtre embellissant. Les corps et les émotions ne sont ni lissés, ni gommés mais présentés tels quels dans leur nudité crue et leur côté pathétique et risible. On aime ou on n’aime pas, on peut être agacé par le manque de retenue et les caprices des personnages, la série en reste humaine, efficace, et porte la voix d’une nouvelle génération de femmes qu’il était urgent d’entendre et de voir à l’écran, à la place des portraits aseptisés et girly qui ne ressemblent, dans les faits, à personne.

Auteur·rice

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