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Dans la playlist de… Thérèse

© Marilyn Mugot

#44 – Pour mieux connaître les horizons musicaux des artistes qu’on aime et que l’on supporte, quoi de mieux qu’une playlist    ? Au tour de la chanteuse Thérèse de nous dévoiler les morceaux qui l’accompagnent entre « badasserie » et poésie.

M.I.A – Bad Girls (2012)

« J’en parle à absolument chaque interview mais je ne m’en lasse pas. Réussir à donner un tournant «  pop  » à de la bass-music-world-expé-UK est un tour de maître. M.I.A. se permet en plus d’adopter une posture politique forte doublée d’une féminité sexy ET badass en s’inscrivant dans l’air du temps sans y être enchaînée. Et des petites, elle en a fait : Princess Nokia, Dope Saint Jude, Shygirl, etc. que j’adore toutes. Avec Patreon, elle déjoue en plus les codes de cette industrie en créant un lien direct avec son public. Bref, cette meuf a tout compris. »

Nicolas Jaar – Mi Mujer (2010)

« J’ai découvert cet immense artiste avec Mi Mujer. Je ne sais pas expliquer pourquoi, mais cette track m’emmène à tous les coups. Avant lui, je ne savais pas qu’on pouvait faire de la musique électronique aussi chaude et humaine. Ses sons sont indémodables, ses mixs sont de la dentelle, c’est chialant de beauté. Comme s’il savait draguer tes cerveaux gauche et droit en même temps, avec élégance et humilité. »

Rihanna – Bitch Better Have My Money (2015)

« La badasserie à l’état pur est concentrée dans cette chanson. Sa façon de scander ses gimmicks me rendent ouf. Cette nana est d’une insolence exemplaire en plus d’être une incroyable interprète. Une femme d’affaires qui joue avec les codes du capitalisme pour tenter d’en tirer ce qu’elle tout ce qu’elle peut : des sous et de la notoriété certes, mais aussi une bataille pour la représentativité et la fierté des différences physiques qui souvent dérangent.  »

Missy Elliott – Work it (2002)

« Cette chanson, tout comme Missy, n’a pas pris une putain de ride. Avec Lauryn Hill, c’est probablement l’artiste qui m’influence depuis mon adolescence. Qui m’a montré depuis toute jeune à quel point les femmes étaient capables de faire un rap féministe, d’avoir une grande gueule et un flow qui tue, avoir des moves trop chauds et un sens aigu de la mode. Bref, d’imposer le respect.  »

Radiohead – All I Need (2007)

« J’ai mis All I Need, comme j’aurais pu en mettre 1000 autres. Radiohead est probablement le groupe que j’ai le plus écouté de toute ma vie. La voix de Thom Yorke chatouille mon âme de façon indécente. Sa sensibilité, ses textes, sa vision de l’être humain (cf. Anima) me bouleversent. J’ai eu la chance de le voir (projet solo) à la Philharmonie de Paris l’an dernier et je ne suis pas prête d’oublier l’empreinte que son aura a déposé sur moi. Si j’étais croyante, je dirais que cet être pourrait être Dieu. (rires) »

Portishead – Roads (1994)

« Parmi les références qui ne m’ont jamais quittées, il y a celles du sud de l’Angleterre apparues dans les années 90. Pas facile de choisir entre Radiohead, Massive Attack et Portishead. Beth Gibbons, une voix des plus pures, fortes et cristallines qu’il soit. Le live de Roseland (New York) où figure cette chanson est un des albums que j’ai le plus poncé de ma life. Revoir le live est d’ailleurs une grosse leçon de charisme. Pas d’artifice sur cette femme qui chante en fermant les yeux, le dos courbé, dans une tenue digne d’un dimanche devant la télé, mais qui nous atomise au simple frottement de ses cordes vocales.  »

Sevdaliza – Oh My God (2020)

« C’est drôle parce qu’à mes oreilles, Sevdaliza est un peu un bébé de cette vibe de Bristol croisée au R&B et à la musique iranienne. Dans cette chanson en particulier, j’aime le jeu des effets de voix. Ils font écho à son personnage à la fois profondément humain et profondément cyborg du turfu. Un peu comme FKA Twigs, Banks ou Yolandi de Die Antwoord qui m’inspirent aussi énormément. Ces femmes font de leur fragilité et vulnérabilité leur force et inventent une nouvelle sensualité. Celle où la bizarrerie s’installe tel un grain de beauté.  »

Serge Gainsbourg – L’Anamour (1968)

« Écouter cette chanson c’est feuilleter un vieil album de photos de vacances prises au Kodak jetable. Chaque mot est un grain de sable encore chaud qui roule sur la peau. Globalement, je ne me sens absolument pas originale de dire que Serge Gainsbourg est la plus belle plume de la chanson française. Il a l’intelligence d’être aussi direct que sournois, sulfureux que gracieux. J’aime la poésie qu’il met dans le vulgaire et le banal pour les rendre sexys. »

Woodkid – Iron (2013)

« Ce timbre, cette instru grandiose qui m’évoque les paysages sonores des symphonies classiques (j’adore la musique classique), je boufferais encore et encore. Woodkid est un de ces artistes français qui ose faire une pop extrêmement ambitieuse et internationale. Une musique visuelle, olfactive, texturée qui ravit la synesthète que je suis !  »

Lana del Rey – Ride (2012)

« Ride est une ode à la liberté, aussi controversée qu’elle soit. « I got a war in my mind / I just ride », cette phrase me tue. Sa voix est un anxiolytique des plus puissants. Personne ne me calme autant qu’elle. Lana del Rey est un personnage fascinant dans le paysage féministe mainstream d’aujourd’hui, je crois que je l’admire beaucoup pour ça. Oser prôner des valeurs totalement à contre-courant, nous rappelant que le féminisme se définit et se vit de façon personnelle, chapeau ! »



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Auteur·rice

J'entretiens une relation de polygamie culturelle avec le cinéma, le théâtre et la littérature classique.

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