Nicole McLaughlin et l’upcycling

© Highsnobiety / Spencer Blake

La collaboration entre la marque de chaussures en plastique Crocs et l’artiste designer Nicole McLaughlin était la bonne opportunité pour  se pencher sur le travail de l’artiste new-yorkaise et de mettre en valeur sa démarche éthique. 

En français, le surcyclage (upcycling) dans la mode définit l’action de récupérer des matériaux ou anciens vêtements pour les transformer en un vêtement de qualité supérieure.

L’avènement de cette démarche prend progressivement de l’ampleur dans la mode même si celle-ci ne vient pas juste de voir le jour. Apparue sur un podium biscornu, dans un pauvre jardin abandonné de Paris, lors de la collection printemps/été 1990 d’un certain Martin Margiela. Elle est introduite dans l’industrie de manière nullement intentionnelle par le créateur belge, considéré comme le pionnier de cette démarche. Il donnera naissance à une ligne spécialement constituée de matières excédentaires, Maison Margiela Artisanal. Malgré tout, l’upcycling tente de jouer des coudes avec la fast fashion, et ce encore de nos jours. Même si certaines marques tentent de contribuer à cette démarche éthique, Adidas récemment avec sa gamme eco-friendly « Clean Classics » ou encore la talentueuse créatrice Marine Serre, la fast fashion fait les gros bras à en voir les files d’attentes postées devant les magasins Zara.

De nombreux acteurs tentent de sensibiliser à la mode éthique à travers des activités ludiques, ou des simples discussions sur le sujet. Marine Serre réalisait en avril dernier la série de vidéos « Regenerated  » qui se focalisait sur son propre processus de création, du recyclage à la transformation. Plus récemment c’est Yard qui a lancé son talk participatif «  En Y – La mode éthique  » mettant en valeur l’idée de la mode éthique au travers de différents sujets comme : consommer de manière consciencieuse. Le média pousse aussi son ambition de démocratiser le sujet de manière pratique à travers un workshop dans leurs locaux dédié à l’upcycling.

Le rapport entre Nicole McLaughlin et l’upcycling

Si une personne occupe un poste d’envergure au sein de cette démarche éthique, c’est bien l’artiste designer Nicole McLaughlin qui a fait de l’upcycling, le coeur de son travail aujourd’hui. 

Ses premières idées créatives surgissent durant son temps libre quand elle occupait le poste de graphiste chez Reebok. Nicole McLaughlin ne pensait pas baser toute sa recherche créative sur le surcyclage mais un amour pour cette démarche est née. Son approche du design durable et sa créativité débordante la mène à la Brooklyn Creative Farm de la marque aux trois bandes, où elle y suit un programme de conception de paires de chaussures enseigné par Jean Khalifé alias John Kaiser Khnight, designer de sneakers chez Adidas. Les créations, qui donneront de l’élan à son travail, apparaissent sur son Instagram (@nicolemclaughlin). Elles sont la recette d’un travail minimaliste et attractif avec une certaine touche d’ironie qui attire et forme rapidement une communauté autour de l’artiste. 

Aujourd’hui Nicole McLaughlin chine dans les friperies new-yorkaises pour y trouver les prochaines pièces qui feront l’objet de sa création suivante. Elle explique qu’elle se trouve à l’endroit idéal pour récupérer la mode rapide des années 90’-00’ qui tombe actuellement dans les bacs de secondes mains des friperies de la ville. Une fois l’objet même de la création sélectionné, elle opère un travail de précision pour donner à sa pièce la forme voulue. Tel un sculpteur qui façonnerai son argile. Tout ce que touche Nicole McLaughlin s’élève à un rang esthétique sans négliger la notion fonctionnelle de sa création. C’est la raison pour laquelle le vêtement utilitaire occupe la quasi majeure partie des créations de l’artiste. Son flux Instagram abonde de marques issues de l’outerwear ou du workwear connus pour leurs matières de qualité. On retrouve ainsi le centenaire de l’outdoor LL.Bean,  le vêtement de travail de chez Carhartt ou encore la polaire californienne de Patagonia. 

Plus récemment, la créatrice a fait son entrée dans la grande industrie de la mode en témoigne sa collaboration avec la marque française Jacquemus. Elle s’initie à cette industrie en y retravaillant la pièce iconique de la marque, le chiquito (mini) sous forme de soutien-gorge. Mais son objectif ne réside pas dans l’envie d’intégrer cette industrie, ce qui reste le plus intéressant et gratifiant pour la créatrice c’est d’éveiller les consciences des personnes sur une mode bienveillante et réfléchie. L’influence engrangée par son travail l’amène à une cause bien plus cohérente.  L’artiste met en relation des marques et des écoles pour permettre aux surplus de matériaux et anciens vêtements d’être réemployer par de jeunes créateurs qui s’armeront d’échantillons de matières parfois bien trop couteuses. Ainsi, c’est une nouvelle et jeune génération qui sera sensibilisée assez tôt. Rien ne se perd tout se transforme – Nicole McLaughlin l’a bien compris et elle veut amplifier ce message. 

La collaboration

L’ambition de l’artiste de ne pas pousser à la consommation reste essentielle. Cependant l’oeuvre de Nicole McLaughlin reste éphémère et immatérielle. Ce que crée la designer se volatilise et ne vit pas une fois photographié, si ce n’est à travers son flux Instagram. Malgré cela, vous aurez l’occasion unique de vous procurer les pièces limitées de l’artiste new-yorkaise. Le géant de la distribution Foot Locker a réuni la designer et la fameuse marque américaine ésotérique Crocs autour d’un projet. Foot Locker lançait il y a peu la nouvelle plateforme Greenhouse pour mettre en lumière des créateurs, fabricants et designers. C’est à cette occasion que Nicole McLaughlin et Crocs s’unissent.

En collaborant avec ce dernier, le choix de la créatrice reste très cohérent avec son travail. La paire signature de chez Crocs a été complètement remaniée. Nicole McLaughlin laisse paraitre le coté utilitaire de son art que l’on connait. La collaboration porte sur le thème du camping et comporte un kit de survie. On retrouve sur le modèle une chaussette intérieure imperméable munie de sa poche intérieure, une mini coupole une autre poche sur le devant, une lampe et une corde. Il est certain que la paire ne sera pas au goût de tous, surtout lorsque l’on connait les antécédents de la marque, citée comme l’une des 50 pires innovations par le magazine Times en 2010. En tout cas, Nicole McLaughlin ne perd pas son humour et son approche ironique de la mode avec cette union. Ce qui est sûr c’est que la paire se démarque par son originalité, on ne peut le nier. 

Sortie exclusivement sur l’application Greenhouse le 27 octobre, le travail collaboratif de l’artiste sera disponible sur le site de Crocs et chez quelques détaillants français, le 5 novembre.


À écouter pour aller plus loin : “En Y – La mode éthique” sur Rinse Podcast (YARD)

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