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LE FILM CULTE – « Little Miss Sunshine » : Famille, je vous aime !

© Twentieth Century Fox France

Chaque mois, la rédaction revient sur un classique du cinéma. Le mois dernier, nous rendions hommage à Ghost in the Shell de Mamoru Oshii. Ce mois-ci, place à Little Miss Sunshine, road movie familial des Américains Jonathan Dayton et Valerie Faris sorti en 2006.

Voilà quatorze ans que Little Miss Sunshine, fresque familiale drôle et tendre, est sortie sur grand écran. Il s’agit du premier long-métrage du duo Dayton-Faris, davantage habitué à mettre en images des clips musicaux. Les deux réalisateurs livrent ici un petit bijou de cinéma qui a, contre toute attente, rencontré un joli succès au box-office et cela grâce à une recette simple. Celle d’un road movie émouvant porté par des acteurs de talent.

À bord de son combi jaune, la famille Hoover entreprend de traverser une partie des États-Unis afin qu’Olive, la benjamine, participe à un concours de beauté pour fillettes. Ce qui devait être un simple voyage devient alors une véritable épopée initiatique pour cette famille dysfonctionnelle dont chaque membre semble être à un moment charnière de son existence.

Il y a d’abord le père, Richard Hoover (Greg Kinnear), obnubilé par la gagne et la parution parait-il imminente de son roman. Le fils, Dwayne (Paul Dano), a promis de ne plus prononcer un mot tant qu’il se serait pas admis à l’école d’aviation. Olive (Abigail Breslin), la fille cadette donc, rêve d’être couronnée reine de beauté. Pour cela, elle est épaulée et entraînée par son grand-père (Alan Arkin), davantage porté sur l’héroïne et la pornographie. Enfin, l’oncle, Frank (Steve Carell), à peine sorti de l’hôpital après une tentative de suicide, est accueilli par son beau-frère Richard et sa sœur Sheryl. Cette dernière, pilier de la famille, tente de faire tenir à bout de bras ce joyeux ensemble et de concilier les humeurs des uns et des autres. Filmé comme un quasi huis-clos, ces six personnages gravitent autour du mini-van qui devient le terrain de la découverte de soi et des autres mais aussi l’objet d’une fugue collective insolite.

© Twentieth Century Fox France

Face à un tel tableau, l’échec semble quasi inévitable. Et pourtant, les kilomètres défilent et la bonne humeur de la jeune Olive semble l’emporter sur les premières disputes et mésententes. Le voyage permet à tous ces individus qui râlent sans jamais s’écouter de se rapprocher et d’apprendre à communiquer. Mais très vite, les véritables embûches arrivent. Le van tombe en panne, Richard apprend que son roman ne sera pas publié, Frank croise son ex au détour des allées d’une station-service, Dwayne découvre qu’il est daltonien et qu’il ne pourra jamais devenir pilote, Edwin, le grand-père, fait une overdose.

Au milieu de ce chaos apparent, l’ambition de la cadette est toujours aussi grande. Le sourire d’Olive, comme contagieux, décide le reste de la famille à reprendre la route. Et comme dans un dernier élan d’espoir, tout est mis en œuvre pour amener la fillette jusqu’en Californie où le concours a lieu. Le passage sur scène d’Olive, coachée par feu son grand-père, détonne de celui des autres participantes. La suggestivité de ses mouvements de danse un peu gauches choque pour son jeune âge. Les regards désapprobateurs et moqueurs du public se multiplient face à sa prestation mais l’entrain d’Olive atteint rapidement l’ensemble de la famille qui n’hésite pas à monter sur le parquet verni pour venir s’y déhancher. Une scène libératrice qui permet à la famille de s’unir de nouveau.

© Twentieth Century Fox France

Ce mélange tragi-comique est servi par des acteurs qui jouent leurs partitions à merveille, notamment la jeune Abigail Breslin, épatante de spontanéité, et Steve Carrel, excellent dans ce rôle d’amoureux éconduit et suicidaire. Les spécificités et failles des personnages sont révélées avec finesse à travers une réalisation sobre et à la photographie lumineuse.

Au-delà du burlesque, Little Miss Sunshine arbore volontiers la forme d’une satire sociale, critiquant ici et là concours de miss pour enfants et course effrénée vers la réussite. Les dialogues mordants et l’humour décalé laissent place à des problématiques intimes et profondes (l’échec, la rupture, la mort) abordées sans détour ni prétention. Les questions qui traversent les protagonistes, parfois laissées en suspens, résonnent chez le spectateur qui s’émeut facilement devant une scène comique et rit devant une autre plus tragique. Le destin de cette famille parfaitement banale prend progressivement la forme d’un message universel sur l’acceptation de soi et des siens.

Sans donner une grande leçon de cinéma, Little Miss Sunshine est une pépite du cinéma indépendant américain. Tantôt tendre, tantôt plus amer, mais toujours juste.

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