Fin de l’ère Trump : is America great again ?

© Gage Skidmore

Après 4 ans à la tête d’un des pays les plus puissants de la planète, le bilan du mandat du président républicain est contrasté. L’Amérique est plus divisée que jamais tandis que, sur la scène internationale, l’unilatéralisme est devenu monnaie courante.

Si Donald Trump avait échangé avec difficulté la «  Trump Tower  » pour sa résidence à la Maison Blanche il semblerait qu’aujourd’hui il ne veuille plus déménager. Depuis l’annonce de la victoire du candidat démocrate Joe Biden ce samedi 7 novembre, le président dénonce une fraude électorale et exige un recompte des voix pour prolonger son séjour à Washington D.C. Si certains ne souhaitent pas voir sortir Trump du Bureau Oval, d’autres fêtent son futur départ. Les raisons de ces oppositions sont multiples et se cette division nationale se sont renforcées tout au long de la présidence Trump. Le président sortant semble en effet laisser derrière lui un mandat contrasté, et contesté.

En finir avec Obama (ou presque)

Dès son investiture, le président Trump profite d’une conjoncture économique remarquable qui est, pour beaucoup d’experts, essentiellement due aux réformes du gouvernement le précédant. En effet, les effets des politiques du gouvernement Obama se font sentir : les salaires ouvriers progressent pour la première fois depuis longtemps, la croissance annuelle du pays est plus forte que prévue. Cette situation lui permet notamment de créer plus de 1,65 million d’emplois en quatre ans. Seule ombre au tableau  : ces mesures ne profitent pas aux classes populaires mais aux classes moyennes et aisées. En réduisant les impôts pour les sociétés et les particuliers, il renforce, selon certains, les écarts entre les plus riches et les plus pauvres et provoque un déficit important dans les finances de l’Etat, alors difficilement capable d’investir dans d’autres domaines comme l’Obamacare (l’assurance maladie américaine).

Cette instauration d’une assurance maladie à l’américaine, comme toutes les autres réformes et plans mis en place par Barack Obama, est rejetée par le président républicain dès son investiture. Il signe rapidement un décret pour l’abroger en correspondance avec son agenda politique mais surtout afin de marquer fermement la rupture entre son mandat et celui de son prédécesseur. Projet qui échoue, la chambre des représentants résiste et il ne parvient pas à le faire abroger. Il ne peut plus que promettre une abrogation définitive lors de son, potentiel et espéré, deuxième mandat.

Another brick in the wall

Dès le début de sa campagne de 2016, Donald Trump insiste sur un point  : il veut en finir avec l’immigration. Sans surprise, il reprend alors le projet de mur entre son les Etats-Unis et le Mexique. Dès son investiture, il édite un décret sur le contrôle des frontières et l’immigration qui lui permet de renvoyer, illégalement du point de vue du droit international, des demandeurs d’asile à la frontière. Ainsi, les centres de détention légaux et illégaux se multiplient et séparent encore à ce jour, plus de 500 enfants de leurs parents. Nombre de ces individus fuient des violences importantes et des régimes autoritaires notamment au Honduras, Salvador et Guatemala et dans une autre mesure, le Mexique. Cette politique a pour conséquence principale de privilégier les passeurs pour que les migrants atteignent les Etats-Unis illégalement.

Pourtant, malgré de nombreux discours et une grande détermination, 4 ans plus tard, seulement 56 kilomètres du mur ont été construits. Début 2019, le Congrès s’est opposé au déblocage de cinq milliards de dollars pour la construction de celui-ci, mettant à mal le grand projet du président sortant. Il en va de même pour sa promesse de faire payer le Mexique qui a préféré accepter d’assurer le contrôle de la frontière et de la gestion des migrants voulant entrer aux Etats-Unis, notamment les candidats en attente d’asile dont le dossier est examiné par les autorités américaines.

Une Amérique qui étouffe

Tout le monde retiendra de cette année 2020 et du mandat de Trump, la montée en puissance du mouvement Black Lives Matter en réponse aux nombreux incidents de violences policières sur personnes racisées qui ont ponctué ces quatre ans. Des manifestations éclatent dans tout le pays suite aux décès de Breonna Taylor et de George Floyd après des interpellations policières. « I can’t breathe » (trad. je ne peux plus respirer) devient le nouveau slogan du mouvement, reprenant les dernières paroles de ce dernier.

La violence de ces événements ont amené à de fortes mobilisations comme à Minneapolis, devant de réel symbole du mandat de Donald Trump. Cependant, au-delà de cette mobilisation massive, s’est développé une réelle réflexion identifiant Donald Trump et son administration comme potentiel accélérateur des tensions raciales dans le pays. Son soutien renouvelé aux forces de police ainsi que sa proximité avec l’extrême-droite l’ont désigné comme adversaire direct et principal du mouvement Black Lives Matter.

Des tensions qui trouvent leur apogée dans l’envoi par le président de la Garde nationale contre les manifestants à Washington D.C. Les violences policières et l’emploi fait de la police par le gouvernement ont fait émerger l’idée d’une refonte du système policier américain sous l’égide du slogan « demantle the police » (trad. démantelez la police) scandé dans les rues de Minneapolis.

Le mouvement Black Lives Matter, au-delà de sa résonance internationale, a également nourri l’opposition générale au président, finissant de ternir son mandat.

Mort au multilatéralisme

Nombreux sont les évènements qui durant la présidence de Donald Trump ont fait se tourner les caméras du monde entier sur les Etats-Unis. Des mobilisations contre les violences policières aux stratégies internationales imprévisibles, la place des Etats-Unis sur la scène mondiale n’a cessé d’être questionnée.

Si Donald Trump a inauguré son mandat avec un sommet controversé avec la rencontre de Kim Jung-Un, il a pourtant marqué l’histoire en étant l’un des rares présidents américain à négocier avec la Corée du Nord. Cette première décision, signe d’une possible ouverture du pays à la négociation a cependant rapidement été rattrapée par une politique unilatérale stricte devenue caractéristique de la politique internationale de Donald Trump.

Son premier fait d’arme a été notamment de critiquer l’OTAN, en «  mort cérébrale  » et sur-financé par les Etats-Unis, selon lui. Cette méfiance envers les organisations internationales s’est confirmée par la suite avec l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce), que les Etats-Unis bloquent depuis de nombreux mois en refusant de nommer ses juges au sein de l’organisation. La pandémie de coronavirus aura fini d’enfoncer ces institutions de coopération internationale. Au début de l’année 2020, le président sortant se montre de plus en plus virulent vis-à-vis de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) dont il reproche sa proximité avec la Chine. Après avoir suspendu sa participation financière, le pays quitte officiellement l’institution en avril.

Les traités internationaux dans lesquels les Etats-Unis s’étaient engagés n’échappent pas à la stratégie de Donald Trump. Les accords de Paris sur le Climat vont notamment voir les Etats-Unis se retirer du pacte le 5 novembre 2020. Une décision sans grande surprise compte tenu de l’attitude climato-sceptique du président sortant et de son équipe durant ces quatre ans.

En quittant la Maison Blanche, Donald Trump laisse ce que beaucoup appellent une «  Amérique à bout de souffle.  » La crise du coronavirus aura fini d’enterrer son mandat, son incapacité à agir face à la situation le rendant, aux yeux de beaucoup, responsable de plusieurs centaines de milliers de morts et millions d’infectés. Cette non-gestion de la pandémie a pu montrer les limites du système politique américain libéral pensé et défendu par le président sortant. La victoire de Joe Biden fait alors office d’une bouffée d’air frais pour de nombreux citoyens américains.

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