(Re)Voir – « Le Poirier sauvage » : Verbiage visuel

© Memento Films Distribution

Le Poirier sauvage est le dernier film de la compétition a avoir été projeté, et pas des moindres. D’abord par ses 3h10 qui étaient prêtes à achever les derniers festivaliers résistants, et ensuite par le statut de son réalisateur Nuri Bilge Ceylan. En effet, il a déjà gagné la Palme d’or en 2014 avec Winter Sleep et le Grand prix en 1964 avec Il était une fois en Anatolie.

Après la fin de ses études, Sinan retourne chez ses parents en Anatolie pour tenter de publier son livre. Mais ce retour le confronte au village de son enfance avec ses anciens amis et son père endetté.

Dès les premières images le film frappe par la beauté de sa photographie. Les couleurs ocres magnifient les paysages de l’Anatolie automnale. Allié à cela une utilisation ingénieuse du scop qui permet au réalisateur d’intégrer les personnages dans les décors. Cette pureté visuelle trouve son aboutissement dans l’onirisme de certains plans, dont un bébé suspendu couvert de fourmis.

Force est de constater que Nuri Bilge Ceylan fait preuve d’une maîtrise solide de la mise en scène en mêlant les plans fixes, les mouvements, les changements de focale et un découpage précis. Ainsi cette caméra qui déambule avec les personnages dans le village, passant de l’intérieur à l’extérieur, rend son existence palpable.

Avec ce savoir faire, le réalisateur nous fait comprendre la complexité des personnages et des liens qui les unis. Il décrit ainsi des individus enfermés par leur contexte social et les traditions. Tous sont conscients de ce poids et tentent à leur manière de s’en échapper ou d’y succomber. Il faut d’ailleurs reconnaître la direction d’acteur qui rend authentique chacun d’eux.

Cependant, non content de rester concentré sur l’histoire de ses personnages, Le Poirier sauvage s’aventure sur des terrains philosophiques. Il faut subir des tunnels de dialogues qui n’ont d’autre enjeu que de disserter sur la religion ou le statut d’écrivain. Le film se transforme alors régulièrement en pensum bourratif qui compile les réflexions sans se rendre compte de leur banalité.

Sans ses velléités auteurisantes, Le Poirier sauvage aurait pu être un film touchant sur les aspérités d’un artiste et sa famille.

 

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