(Re)Voir – « Usual Suspects » : Face-à-face avec le diable

« Usual Suspects ». Source : © Pan-Européenne

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Arte diffuse ce dimanche le long-métrage Usual Suspects, thriller retors et original signé en 1995 par le réalisateur Bryan Singer. Une occasion belle et rare de découvrir une pépite sombre maintes fois récompensée qui a consacré sur grand écran les géants Benicio del Toro et Gabriel Byrne.

Suite à une dénonciation anonyme, cinq petits malfrats se trouvent accusés d’un crime qu’ils n’ont pas commis. Pour se venger des autorités policières, ces coupables si facilement tout désignés allient leurs savoir-faire de ripou (Gabriel Byrne), de braqueurs (Benicio del Toro et Stephen Baldwin), de spécialiste en explosif (Kevin Pollak) et d’escroc (Kevin Spacey) pour monter l’ultime coup du siècle. Sans se douter un seul instant qu’ils vont croiser la route du mythique Keyser Söze, criminel inhumain à l’aura diabolique que tout le monde craint tout en doutant même de son existence.

Peu à peu étouffée dans un étau de plus en plus oppressant, la bande se voit contrainte de travailler pour cet énigmatique génie du crime afin de s’acquitter d’une dette passée. Le deal est convenu : récupérer sur un cargo de la marina de San Pedro une cargaison de cocaïne valant 91 millions de dollars avant de se la partager, à leurs risques et périls. En parallèle de cette intrigue s’ouvre une enquête policière tortueuse autour d’un massacre dont il reste deux survivants, survenu quelques nuits plus tard, sur un bateau amarré dans ce même fameux port de San Pedro.

« Keaton répétait tout le temps : « Je ne crois pas en Dieu, mais j’avoue qu’il me fait peur. » Eh bien, moi je crois en Dieu et la seule chose dont j’ai peur, c’est Keyser Söze. »

Verbal Kint (Kevin Spacey) à propos de Keaton (Gabriel Byrne), « Usual Suspect », 1995. 

La narration audacieuse de Bryan Singer entrecroise habilement les temporalités, nous entraînant à la manière de ces protagonistes dans une spirale de plus en plus infernale, dont on ne parvient pas à déterminer les tenants et les aboutissants. Les manipulations, trahisons et rumeurs prennent le dessus sans être résolus, poussant la tension des personnages jusqu’à l’agonie.

Le réalisateur charge l’atmosphère d’une ambiguïté lourde en privilégiant les plans rapprochés, les espaces étriqués et les sources de lumières artificielles. Oscillant entre éclairage cru d’une salle d’interrogatoire, clair-obscur suintant né des rues grisâtres de New York et aridité aveuglante de la Californie. Cet univers visuel contribue à exprimer l’enferment de nos anti-héros dans un monde de plus en plus nocturne, privé de lueur et de répit.

A l’image de ces truands perdus et à bout de souffle, les interrogations submergent le spectateur, bercé par une B.O. crépusculaire où se fondent flûtes innocentes, cloches grondantes et forêt brumeuse de cordes. La terreur transparaît sur des visages originellement confiants, la fraternité devient progressivement amère et menaçante, jusqu’à ce que la silhouette inquiétante de la dernière pièce du puzzle ne se dessine. Jusqu’à ce qu’un ultime soubresaut fasse finalement coïncider les évènements et révèle une terrible vérité.

Usual Suspects est une ode dantesque qui consacre les genres du film noir et du film de gangsters, des acteurs charismatiques et marque largement plus que la décennie 1990 de son empreinte obscure. Devenant un objet cinématographique unique, mémorable et culte, décidément à voir et revoir. 

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