« Une Histoire d’amour » – Même si l’amour s’en va…

© La Scala Paris

En 2020, Alexis Michalik revient avec une nouvelle création, intitulée Une Histoire d’amour, montée aujourd’hui au théâtre La Scala de Paris jusqu’au 15 novembre 2020. Une pièce qui fait rire, pleurer, réfléchir, et qui donne envie d’y croire.

Tout commence simplement par un plateau épuré. Il n’y a pas de rideau. On devine dans le fond un semblant de décor, quelques meubles, une cuvette de toilettes, le tout éclairé par une lumière tamisée. Et puis ils arrivent : elles sont quatre plus un, chacun derrière un micro, alors que la mélodie Aznavourienne de Et pourtant envahit la salle. Tout commence par une chanson qui parle d’amour, d’amour perdu et pourtant d’amour qui continue, d’amour que l’on quitte car il le faut bien parfois, et puis d’autres fois, on ne nous demande pas notre avis. Et pourtant.

Katia et Justine vivent une histoire d’amour. Une histoire qui a commencé de manière plus que normale, que l’on peut même qualifier de comique, teintée de rires gênés et de mains maladroites. Mais elle a commencé et elle dure depuis des années. Pour Katia, la vie est compliquée, elle l’a toujours été, que ce soit au niveau familial, relationnel, médical. Pour Justine, c’est une première expérience avec une femme. Pourtant le temps passe, et l’amour semble plus fort que tout : elles veulent un enfant, enfin, Justine veut un enfant, et Katia aime Justine.

© La Scala Paris

Après leur insémination artificielle commune, c’est Katia qui tombe enceinte. Et Justine qui la quitte. Un amour s’en va, alors qu’un nouveau apparaît, sous les traits de Jeanne, la fille de Katia et, un peu, de Justine. Douze ans plus tard, Katia va mourir : c’est comme ça, on n’y peut rien. Elle doit alors confier Jeanne à un tuteur, Justine n’ayant aucun droit sur l’enfant. Il ne reste que William, le frère écrivain de Katia : abîmé par la vie, rendu cynique par le temps qui passe, il se retrouve face à une nouvelle responsabilité, sous les traits d’une soeur mourante et d’une gamine à peine adolescente.

Comment, dans ce méli-mélo de galères qu’est la vie, retrouver l’amour quand celui-ci ne fait que nous échapper, s’enfuir, ou bien tout simplement disparaître ? C’est la question que pose Alexis Michalik dans sa nouvelle pièce. L’idée lui est venue par une chanson, It takes time to be a man, de The Rapture, et avec cette chanson s’est créée une scène, qui est devenue la scène de fin de la pièce. La création de cette dernière, il l’explique lui-même, part d’une sensation :

“J’imaginais une pièce sur l’amour, la fin de l’amour, le deuil. L’été dernier, finalement, suite à une rupture un peu douloureuse, je me suis dit est-ce que ce n’est pas le moment d’écrire cette pièce qui parle justement de ça, puisque je suis dans le ton juste.”

A. Michalik pour Maze.fr

Cette pièce sur l’amour, il lui a donné le titre le plus simple, et pourtant le plus vague qui soit. Une histoire d’amour : laquelle ? Entre qui ? Depuis quand ? Un titre choisi après nombre de recherches et qui représente, comme le dit Alexis Michalik, la vie qui arrive, les drames qui commencent, les personnages qui se débattent avec ces drames. La vraie vie quoi.

© La Scala Paris

Un titre volontairement épuré, tout comme la mise en scène et le décor. Ainsi, tout est très minimaliste, on se concentre sur un élément en particulier pour rappeler l’atmosphère d’une pièce entière. Une manière d’enchaîner le tout le plus vite et le plus efficacement possible. Le son et la vidéo sont également mis à contribution, notamment grâce au grand écran en fond de scène, qui permet de projeter des paysages ou bien des informations sur les diverses ellipses présentes dans la pièce. Cette thématique épurée, selon le metteur en scène, ne peut que bénéficier à l’histoire :

J’ai toujours des décors très simples, car c’est toujours au service de l’histoire. C’est une manière de simplifier au maximum les transitions et de ne pas s’encombrer d’éléments superflus.

A. Michalik pour Maze.fr

En salle depuis janvier 2020, bien qu’interrompue pendant plusieurs mois du fait du contexte sanitaire actuel, la pièce rencontre dès sa première un succès d’une force rare pour une composition si récente. En parallèle, elle reçoit quatre nominations aux Molières 2020 : du théâtre privé, de la révélation féminine pour Marie-Camille Soyer, de l’auteur francophone vivant et du metteur en scène. Face à ces récompenses, Alexis Michalik ne reste pas de marbre, bien au contraire. “J’ai rarement vu ça, explique-t-il, même avec tous ces spectacles qui ont eu beaucoup de succès ces dernières années, ce sont des moments précieux, que l’on n’a pas souvent l’occasion d’expérimenter au cours d’une vie.” 

Un franc succès donc — bien que la pièce aborde des sujets aussi sérieux et douloureux que la mort, le deuil, la séparation — car on en ressort avec cette impression d’être plus vivant qu’en entrant. Au son de la musique, quasiment omniprésente, au gré des années qui passent au sein même de la pièce, Alexis Michalik livre un spectacle émouvant juste comme il faut, attachant et familier, une scène de vie comme chacun expérimente quotidiennement qui commence, et se termine, par une histoire d’amour.

Une histoire d’amour, d’Alexis Michalik. Du mardi au dimanche à La Scala de Paris jusqu’au 15 novembre 2020. 13 Boulevard de Strasbourg, 75010 Paris. Informations et billetterie.

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