« Un virus souverain » – Révéler les maux de la société

© Editions La Fabrique

Le nouvel ouvrage de Donatella Di Cesare nous confronte aux grandes problématiques que le coronavirus soulève  : le fossé, toujours plus dense, des inégalités, l’effondrement du capitalisme et la réflexion à mener sur une nouvelle façon d’exister ensemble.

Un virus souverain nous expose les grands enjeux qui se dressent devant nous  : les inégalités sociales, le néo-libéralisme toujours plus présent et pesant, notre nouveau rapport à l’autre, le lien ténu entre science et politique, ainsi que la question de la démocratie à réinterroger en ces temps troublés.

«  En apparence, nous sommes libres et souverains  ».

Un Virus souverain, Donatella Di Cesare

La grande question qui traverse cet ouvrage est bien celle de notre aliénation au capitalisme. L’auteure nous mène à une réflexion autour de la recherche de la productivité, du temps que nous « donnons  » pour produire, toujours plus, toujours plus loin, sans se soucier des limites sociales et environnementales. Un virus souverain nous met face au fait accompli  : «  il fallait être aveugles pour ne pas voir la catastrophe à nos portes  ».

Mais que nous apprend encore aujourd’hui cette pandémie  ? Que ce virus est bien souverain. Il n’a fait qu’exacerber le mal existant  : des inégalités masquées mais toujours plus marquées, des libertés toujours plus entravées, un productivisme toujours plus fort, une conscience holistique de notre environnement toujours amoindrie. Nous ne sommes plus libres et souverains, depuis bien longtemps. L’épidémie est là pour nous le rappeler.

«  L’inclusion est un mirage flagrant, l’égalité une parole vide.  »

Un Virus souverain, Donatella Di Cesare

L’auteure nous renvoie également à la problématique de l’égalité  : non, nous ne sommes pas égaux face au virus. Le confinement l’a bien illustré. Les personnes contaminées également. La pandémie a révélé l’échec cuisant des tentatives de politiques d’inclusion et de démonstration des valeurs de la République  : Liberté, Egalité, Fraternité. La fraternité a peut-être été l’une des seules sauvées. Et aussi vite oubliée.

«  Il fallait qu’arrive un virus malin pour imposer une pause  »

Un Virus souverain, Donatella Di Cesare

L’auteure nous y plonge directement : c’est une maladie de vie, de rapport à l’air et surtout à l’autre. Elle touche l’essence même de l’être : la respiration et le social. Le coronavirus met à l’épreuve nos relations et nos modes de vie. Il nous a imposé un temps suspendu, bénéfique pour certains, terrible pour d’autres. Il était peut-être nécessaire de s’arrêter un temps. Un temps plein de promesses et de rêves. Qui semble malheureusement déjà loin.

Un virus souverain offre une analyse – exemples étayés à l’appui – de ce que la pandémie révèle de jour en jour : des relations sociales toujours plus distantes et distanciées, une peur de l’autre exacerbée, une démocratie malade, une surveillance et une méfiance toujours plus accrues. Malgré les propos menés de front dans ce livre, ils nous renvoient à notre réalité. Ces enjeux, nous allons devoir vivre avec, et ce, de façon démultipliée. Nous nous devons dès à présent de repenser le monde d’après, s’il est encore possible.

Un virus souverain, Donatella Di Cesare, Editions La Fabrique, 13 euros.

Pas encore de commentaires

Laissez un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée.