« The Boys in the band » – Liberté chérie

© Copyright Scott Everett White/Netflix

Netflix a mis en ligne fin septembre l’adaptation de The Boys in the band. Plus de 50 ans après sa première représentation, la pièce de Mart Crowley reste bouleversante et aiguisée. Une œuvre incontournable, qui se réinvente dans une adaptation flamboyante. À voir absolument. 

New York, dans les années 60. Dans son bel appartement de l’Upper East Side, Michael, homosexuel désabusé croulant sous les dettes, organise la soirée d’anniversaire de son ami Harold. Un à un, huit amis font leur entrée dans cette soirée enivrée sous le signe de la liberté. Alors qu’Harold se fait attendre, l’arrivée d’un invité inattendu fait resurgir de vieilles rancunes et des secrets bien enfouis. Tandis que la tension atteint son comble, Michael propose un jeu : chacun leur tour, les invités doivent téléphoner à la personne qu’ils ont le plus sincèrement aimée.

© Copyright Scott Everett White/Netflix

Produit par Ryan Murphy (American Horror Story), The Boys in the band est un film rythmé, drôle et émouvant, qui frôle le sans faute grâce à un casting absolument exceptionnel. Réunis en 2018 pour les 50 ans de la pièce à Broadway, neuf excellents acteurs reprennent ici leur rôle à l’écran. On retrouve donc Matt Bomer, Jim Parsons, Zachary Quinto et Andrew Rannells, ainsi que Charlie Carver, Brian Hutchison, Michael Benjamin Washington, Robin de Jesús, et Tuc Watkins. Tous sont d’une profondeur bouleversante, chacun se révélant là où on ne l’attendait pas. 

Avec beaucoup de fluidité et un naturel désarmant, l’ensemble des acteurs donne vie à des dialogues pourtant complexes. En apparence comique, les échanges qui fusent à travers ce salon qui semble prêt à éclater révèlent avec beaucoup de subtilité un enjeu plus profond. Chez chaque acteur, le sentiment de honte, le dégoût de soi, et la peur surtout, prennent un nouveau visage, toujours plus juste et plus touchant. Sensibles et follement talentueux, certains livrent ici des performances mémorables.

L’adaptation de Joe Mantello capture parfaitement l’esprit précurseur de la pièce originale, tout en y ajoutant une perspective totalement moderne. Se rappeler le passé pour mieux comprendre qui nous sommes aujourd’hui. C’était l’ambition de cette nouvelle adaptation, et Mantello réussit le pari haut la main en replaçant la pièce de Crowley devant les yeux d’un public contemporain. Car si le film se suffit à lui-même, c’est en comprenant le contexte qui l’entoure qu’on en mesure toute l’importance.

The Boys in the band est la première pièce à succès à avoir mis sous les projecteurs des personnages homosexuels. Lorsque la pièce est jouée en 1968, elle lève le voile sur un immense tabou. En proposant enfin une représentation de la communauté LGBT dans la pop culture, la pièce devient immédiatement iconique. The Boys in the band est souvent reconnue comme le souffle nécessaire qui entrainera les émeutes de Stonewall, seulement quelques mois après la première de la pièce.

Mart Crowley écrit dans ses dialogues toute la souffrance d’une communauté que l’Amérique a longtemps choisi de réduire au silence. Il crie un mal-être dévorant qui retentit au-delà des époques, grâce à des personnages jamais stéréotypés. Ils sont profondément imparfaits, et c’est là précisément ce qui les rend vrais et poignants.

Amour, liberté, religion, addiction et dépression ou encore discrimination, etc. Les thèmes évoqués par Crowley résonnent aujourd’hui aussi fort qu’il y a 50 ans. Son combat aura été long, mais il l’a remporté haut la main. The Boys in the band est le témoignage d’une époque mais aussi la voix d’une nouvelle génération.

Précurseur et profondément libre, Mart Crowley est décédé en Mars 2020. The Boys in the Band : Something Personal, disponible également sur Netflix, est un documentaire de trente minutes dédié à la genèse de la pièce. Un bonus qui permet d’apprécier encore davantage le film de Mantello. 

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