Running for the Oval #6 – Clinton vs Trump : une drôle d’élection

© Wikimedia commons / Montage : Agathe Kupfer

Au cours de l’été, Maze vous propose une rétrospective de certains épisodes marquants des élections présidentielles américaines. Ils rythmeront les semaines qui nous séparent de l’élection présidentielle du 3 novembre, qui verra s’affronter Donald Trump et Joe Biden.

Le 8 novembre 2016, les Américains doivent élire leur nouveau président ou, dans le cas de cette élection, leur nouvelle présidente. Hillary Clinton du côté démocrate doit faire face au républicain Donald Trump, riche américain, magnat de l’immobilier, bien connu des médias. Une élection sans précédent tant par son déroulement que ses conséquences puisque la victoire de Donald Trump fait émerger une nouvelle forme politique : le trumpisme.

Hillary Clinton : la femme de la situation

Si Barack Obama a installé les démocrates pour deux mandats à la Maison-Blanche, il est temps pour lui de laisser sa place. L’objectif du parti est de maintenir durablement sa place au siège du pouvoir comme cela a souvent été le cas au XX° siècle.

Le 12 avril 2015, Hillary Clinton annonce sa candidature aux primaires démocrates. Première dame de 1993 à 2001 puis sénatrice de l’Etat de New York, elle s’était déjà présentée aux primaires de 2008 où elle avait été devancée par Barack Obama qui est devenu le candidat à la présidentielle. Sa carrière politique ne s’arrête pas là, au contraire, elle est nommée secrétaire d’Etat par ce dernier dès son investiture. Ainsi, après avoir dit en 2009 qu’elle ne se représenterai plus aux présidentielles, elle se présente à nouveau en 2015 et remporte l’investiture face à Bernie Sanders.

Les semaines de campagne pour l’investiture démocrate entre Bernie Sanders et Hillary Clinton sont serrées. Celui qu’on surnomme « Berdie », plus marqué à gauche, se maintient dans les sondages face à celle que beaucoup considèrent comme « ni de gauche, ni de droite ». Elle remporte de justesse les premiers caucus puis en perd plusieurs à la surprise des sondages qui l’avaient donné gagnante comme dans le Michigan. Cependant, la candidate peut compter sur son fief : l’Etat de New York, qui répond présent et lui fait gagner de l’avance sur son concurrent. Le 7 juin, elle remporte le nombre de délégués nécessaires pour devenir la candidate démocrate aux présidentielles, elle devient la première femme démocrate à se présenter aux élections.

La trumpisation du parti républicain

Donald Trump est l’incarnation du riche promoteur immobilier américain, il est propriétaire de plusieurs gratte-ciels à New York, de casinos et autres bâtiments prestigieux. Il est habitué du monde des médias et proche de l’univers du showbiz  : animateur de l’émission de téléréalité The Apprentice, invité de combats de catch, etc.

Malgré les apparences, il fait rapidement son entrée en politique, dès les années 1980, en alternant ses prises de position entre camp républicain et démocrate avant de se fixer du côté du premier en 2012. A la surprise générale, il se présente à l’investiture républicaine en 2015, quelques jours après son annonce il ne rassemble que 5 % des sondages. La tendance s’inverse rapidement, le favori de la première heure Jed Bush se fait distancé, de plus en plus de républicains donnent leur soutien à Donald Trump. Son point fort : il attire l’attention médiatique qui se focalise sur ce nouveau personnage de la sphère politique notamment lors du premier débat entre candidats républicains le 6 août 2015.

«  Make America great again  », le slogan de sa campagne donne le ton  : un conservatisme assumé et la volonté d’un changement de politique immédiat orienté vers l’isolationnisme. Donald Trump a su faire du «  politiquement incorrect  » son crédo, faisant de lui le candidat des Américains conservateurs et ruraux qui se sentent de moins en moins représentés dans l’espace public et médiatique. Son usage des réseaux sociaux attire rapidement l’attention, son compte twitter compile la majorité de ses déclarations «  chocs  » que ce soit sur le réchauffement climatique, les femmes ou les étrangers.

Pourtant, il obtient l’investiture dès le premier tour lors de la première convention en juillet, ayant rassemblé le nombre de délégués nécessaires. Même s’il remporte les primaires avec une importante majorité de voix, quelques membres importants du parti républicain ne lui donnent pas leur soutien comme Ted Cruz, autre candidat républicain arrivé deuxième. Quelques jours après son investiture, il annonce que Mike Pence sera son colistier, homme blanc conservateur et chrétien, ce qui lui permet de rallier une partie de l’électorat américain.

Révélations en pagaille

Les deux candidats à la présidence des Etats-Unis se livrent un combat sans merci, tous deux confrontés à une opinion publique divisée qui n’a pas une bonne image des candidats. Ils sont jusqu’au bout au coude à coude dans les sondages alternant entre victoire démocrate et victoire républicaine.

Les rebondissements lors de leur campagne se succèdent, des deux côtés les révélations fusent. Hillary Clinton est la première à en faire les frais par la publication du compte rendu du FBI de «  l’affaire des courriels  », une enquête menée depuis 2015 sur l’envoi de mails par la secrétaire d’Etat au travers d’un serveur privé. Le rapport est accablant, le directeur du FBI James Comey accuse la candidate d’imprudence et d’avoir gravement mis en danger les Etats-Unis, des informations ultrasecrètes ayant pu être exploitées par des espions. En octobre, Wikileaks dévoile également des échanges de mail de la candidate révélant ses prises de position contradictoire et les coulisses de sa campagne.

D’autant plus que les spéculations sur la santé d’Hillary Clinton et son état mental se multiplient et permettent au candidat républicain de la discréditer aux yeux de l’opinion publique américaine. De nombreuses vidéos circulent mettant en scène la secrétaire d’Etat ayant des comportements étranges lors de ses discours ou alors tombant dans les pommes comme lors de la commémoration du 11 septembre.

Le Washington Post publie une vidéo, peu de temps avant le deuxième débat en octobre, où le candidat républicain tient des propos misogynes et dégradants pour les femmes. Il est ensuite accusé par plusieurs femmes d’agressions sexuelles. Des révélations qui auraient pu lui faire perdre une partie de l’électorat républicain féminin mais le candidat arrive à se maintenir en présentant des excuses à la télévision.  

Une victoire républicaine inattendue

A quelques semaines du scrutin, tous les sondages donnent Hillary Clinton gagnante de ces nouvelles élections. La candidate fait du Javits Center à New York son QG pour la nuit électorale, un lieu hautement symbolique tout en verre censé évoquer le plafond de verre enfin brisé par la présidente nouvellement élue.

Malgré le fort enthousiasme du parti démocrate, le rêve se transforme rapidement en cauchemar la nuit du 8 novembre 2016. Au fur et à mesure du dépouillement, Donald Trump prend de l’avance, il cumule les grands électeurs et gagne les Etats qui votent traditionnellement démocrate comme le Michigan, la Pennsylvanie et le Wisconsin.

Pour la majorité des Américains ce résultat est inattendu, certains décident spontanément de se réunir devant la Maison-Blanche pour contester cette élection. Pour cause, Hillary Clinton ne gagne pas l’élection mais le vote populaire est en sa faveur : 65 853 514 contre 62 984 828 des suffrages exprimés pour Donald Trump.

Dans ce contexte difficile, les semaines qui suivent la victoire républicaine aux présidentielles sont mouvementées, de nombreuses manifestations s’organisent et les démocrates rêvent d’une procédure d’impeachement. Un rêve qui manque de se réaliser puisqu’une enquête est ouverte contre le nouveau président pour une possible ingérence russe dans l’élection  : c’est le Russiagate mené par Robert Mueller. Seulement, après une enquête de deux ans, le rapport ne parvient pas à prouver une réelle collusion entre l’équipe de Donald Trump et le gouvernement russe.

Après quatre ans à la Maison-Blanche, Donald Trump a fortement bousculé la politique américaine traditionnelle avec de multiples revirements décisionnels tant en politique intérieure qu’extérieure. Une image qui ne s’effacera pas avec le possible non-renouvellement de son mandat le 3 novembre 2020. Le parti républicain devra se réinventer et se détacher du «  trumpisme  » tandis que les partisans du président sortant se mobiliseront pour défendre leurs valeurs conservatrices. Dans une Amérique divisée plus que jamais, la réélection, ou non, de Donald Trump ne fera pas office de réunification.

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