Rencontre avec Michel – « Je suis le plus sincère possible »

© Charlotte Steppé

A l’occasion du Printemps des Inouïs qui se déroulait en septembre dernier à Bourges, on a conversé avec un artiste qui affole la sphère musicale. Vulnérabilité, sincérité et rap russe : rencontre enjouée avec Michel, le vrai.

Survêtement rayonnant et lunettes d’ovni, voilà longtemps qu’on n’avait pas croisé sur notre route musicale un Michel aussi atypique. A chaque époque, son Michel : le notre se faisait remarquer l’année dernière avec son titre Michel et ses kheys accompagné du rappeur Sneazzy. Des punchlines en rafales, de la dérision à foison et une grande sensibilité, l’artiste originaire de Valenciennes conjugue à merveille rap et deep-house et dévoilait le 4 septembre dernier son deuxième EP Le Vrai Michel 2. Derrière les verres teintés, c’est un garçon sensible armé d’un humour contagieux que nous retrouvons à Bourges quelques heures avant son live aux Inouïs. Malgré une guêpe coriace et quelques avions bruyants, c’est une discussion sincère et (presque) sérieuse sous le ciel de septembre qui nous ouvre une porte sur l’univers de Michel.

Bonjour Michel, à quel Michel j’ai affaire aujourd’hui ? 

J’ai envie de te dire, c’est le vrai, enfin pas vraiment car j’ai pas mes lunettes mais je vais les mettre. Le Michel le plus sincère, dans toute sa personne, en chair et en os.

Justement, je me demandais, à travers tes chansons, on discerne plusieurs traits de ta personnalité, d’ailleurs tes mixtape s’appellent «  le vrai michel  », pourtant parfois on a l’impression que tu joues un personnage, tu veux brouiller les pistes ?

Y’a forcément du vrai et du fictif parce que moi dans la musique je m’amuse. Je dis beaucoup de choses vraies mais il y a aussi beaucoup d’égo-trip et de posture. Après je choisis d’accentuer certains traits de ma personnalité et de cacher ceux que je ne veux pas montrer. Je suis le plus sincère possible mais je ne peux pas aller au delà de ce que j’arrive à dévoiler.

Je trouve ça intéressant de poser cette question aux rappeurs qui sont de grands  adeptes de l’égo-trip. Qu’est-ce qui te rends vulnérable toi ? 

Tellement de choses. Ne serait-ce que les punaises de lit (rires). Non, déjà l’amour ça me rend vulnérable comme 98 % des gens. J’étais très timide quand j’étais adolescent et je me bats contre ça, je sens que ça va mieux depuis peu de temps mais tu vois le jugement ça me rend vulnérable aussi.

Malgré la grande dose de dérision que tu places dans ta musique, je trouve qu’il y a aussi beaucoup de mélancolie dans ton univers (Michel s’élève, AirMax, Je m’en Balleck), c’est important pour toi de varier les ambiances musicales ? 

C’est deux facettes de ma personnalité dans la vie. J’ai ce truc où je m’en ballek de tout et d’un autre côté je suis très sensible.

Dans tes deux EP tu as collaboré avec beaucoup d’artistes (Sneazzy, Vladimir Cauchemar, Moussa). Qu’est-ce qui te guide dans tes choix de feat ?

C’est vraiment au feeling. Sneazzy m’a écrit sur Insta pour me dire qu’il kiffait ce que je faisais et qu’il était chaud qu’on se capte. Hatik est sur mon label et on a toujours voulu travailler ensemble, on a profité du confinement pour le faire.

C’est quoi ton “feat de rêve”, possible ou impossible ? 

Orelsan, Hamza… Shay c’est mon goal de featuring.

J’ai vu que tu participais à la production de beaucoup de tes morceaux, qu’est-ce tu recherches quand tu composes un titre ? 

Je les produis à 80 % on va dire. Moi je veux avoir une mélodie de refrain, une topline, un refrain catchy et ensuite je construis mon morceau autour de ça, les textes viennent plus tard. En ce moment, j’essaye de bosser avec des beatmaker, au début c’était compliqué parce que je ne recevais pas des prod’ qui ressemblaient à ce que je voulais. Mais maintenant, j’ai sorti pas mal de trucs, les gens ont capté mon univers.

Ça t’offre une grande liberté de produire la plupart de tes titres.

Oui et non. Parce que parfois j’ai l’impression de tourner en boucle et de faire la même chose, d’utiliser les mêmes sons. C’est pour ça que j’ai envie de rencontrer des producteur.trice.s.

Ça te plairait de produire pour d’autres ?

Pas vraiment pour l’instant. C’est difficile de capter le délire de quelqu’un et de correspondre à ses attentes. Ou alors il faudrait une liberté totale.

Ce duo rap/électronique est très peu exploité en France. Qu’est-ce qui t’as plu dans le mélange ? 

On a de plus en plus de rappeurs qui commencent à utiliser l’électronique, Heuss L’Enfoiré par exemple. Mais c’est pas tout à fait la même couleur que moi. Il y avait quelque chose à exploiter. Sinon, moi je kiffe la fête, les clubs, je veux faire de la musique pour faire danser et pas pour faire s’asseoir avec des masques. (rires)

J’ai lu que tu avais une grande inspiration du rap russe, quels artistes tu conseillerais à un novice ? 

Je conseillerai FEDUK bien sûr, Sayonara Boy, Matrang, Antho MC.

Tu es originaire de Valenciennes dans le Nord-Pas-De-Calais, et tu n’en parles pas vraiment dans tes morceaux alors que c’est quelque chose qu’on retrouve beaucoup dans le rap, cette nécessité de rappeler d’où l’on vient, ce marquage territoriale assez fort. Mais est-ce que Valenciennes a une influence sur ta musique ?

J’ai vécu là-bas depuis toujours. Déjà quand tu es dans le Nord tu n’écoutes pas les mêmes choses qu’à Paris. J’ai une culture musicale qui est très populaire, j’écoutais beaucoup de pop radio. Après je me suis construit tout seul musicalement en écoutant moi-même du rap. Pour ce qui est de la revendication de ma patrie (rires), j’ai pas la sensation de représenter ma région. Plus le temps passe, plus j’ai envie de caler des petites références ou des noms de lieux. D’ailleurs dans un de mes sons, je mentionne quand même le Nord, je dis “J’suis trop à l’Ouest depuis que j’ai quitté le Nord”.

Aujourd’hui, tu es sélectionné aux Inouïs du Printemps de Bourges, c’est une date souvent considérée comme importante pour les jeunes artistes, qu’est-ce ça pourrait t’apporter de faire partie de la sélection finale ? 

Je t’avoue que je ne porte pas attention à la compétition, je le prends juste comme un moyen de rencontre des pros, des boomers pour faire des concerts. Je le vois comme une opportunité.

Pauline Pitrou

Lyon / Paris

Fervente prêtresse de la pop française et de tout ce qui s'écoute avec le coeur.

Pas encore de commentaires

Laissez un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée.