« Nous sommes maintenant nos êtres chers » de Simon Johannin – Portrait de l’artiste au pluriel

© Éditions Allia

Après L’Été des charognes (2016) et Nino dans la nuit (2019), Simon Johannin revient avec Nous sommes maintenant nos êtres chers, son premier recueil de poèmes. Un recueil qui se présente comme des fragments de portraits d’une jeunesse sans le sou, publié aux Éditions Allia.

Le premier roman de Simon Johannin, L’Été des charognes, suivait le narrateur et son ami Jonas dans leur enfance campagnarde peuplée de charognes. On suffoquait à la lecture de ce bestiaire en décomposition, entre surprise, dégoût et rire. Vint ensuite le roman Nino dans la nuit, co-écrit avec Capucine Johannin, qui nous entraînait dès les premières lignes dans les galères de Nino et son extatique descente aux enfers, motivée par les drogues, la fête et son amour pour la belle Lale.

Dans le recueil de poèmes Nous sommes maintenant nos êtres chers, nous retrouvons l’univers des précédents romans de Simon Johannin. La jeunesse y est précaire mais combative, se défonce, vit la nuit et poétise. On suit par bribes le trajet d’un « je » poétique en bas des immeubles, dans des chambres aux draps froissés, dans des commissariats vides ou faisant les poubelles.

« Les grands moments sont rares / Dans les ruelles confuses / Mais certains / Sur le rebord du risque / Chuchotent aux crans qui s’ouvrent / Le long de la cambrure »

Simon Johannin, Nous sommes maintenant nos êtres chers, Éditions Allia

C’est avec concision que le poète donne à voir le monde de la nuit et ses habitués. Les vers sont libres, courts, sans ponctuation ou presque et taillés pour surprendre. Les retours à la ligne donnent le rythme. On retrouverait presque parfois la précision singulière du haïku avec son rythme ternaire et sa chute inattendue.

« Les verres couleur amande / Tintent quand elle raconte / Son petit corps de quinze ans. »

Simon Johannin, Nous sommes maintenant nos êtres chers, Éditions Allia

Le poète devient ces êtres chers et en dresse les portraits par touches. Parmi eux se trouvent Paul, Shayna, Aymé et d’autres relations plus fugaces qui ne sont pas nommées. L’auteur emploie également le « tu » direct et familier, déjà présent dans Nino dans la nuit. Un contraste étonnant se fait entre le poétique et le trash souvent évoqués sur un ton laconique  : « La chienne a mangé ses chiots, / Et moi je suis parti ». L’ensemble est parfois grave et mélancolique.

« Le cauchemar que c’est, la vie qui passe / Ce soleil qui s’éteint dans l’eau froide »

Simon Johannin, Nous Sommes maintenant nos êtres chers, Éditions Allia

Sorte de continuité poétique aux romans L’Été des charognes et Nino dans la nuit, le recueil Nous sommes maintenant nos êtres chers donne à voir une jeunesse précaire mais débrouillarde et indocile. On regrette souvent à la lecture, l’ironie mordante et le labyrinthe d’histoires qui nous secouaient à la lecture des romans. Moins percutants donc, les poèmes plairont cependant à celles et ceux qui aiment une poésie sobre et passionnée à la fois.

Nous sommes maintenant nos êtres chers – Simon Johannin, Éditions Allia, 9€

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