CINÉMA

« Les Apparences » – Profond mais inachevé

© SND

Dans Les Apparences, Marc Fitoussi jongle avec les genres sans jamais se perdre et signe une belle direction d’acteurs, sublimée par Karin Viard.

Quand Eve apprend que son mari la trompe, son monde s’effondre. Son monde  ? Le petit microcosme de la bourgeoisie française expatriée à Vienne, aux apparences ouvertes mais dont les mœurs sont en réalité conservatrices et les schémas sociétaux patriarcaux.

Un drame aux accents de thriller

Contrairement à ce que le titre nous laisse penser, Les Apparences n’est pas seulement l’histoire d’une femme qui tente de les sauver, mais avant tout la trajectoire d’un personnage qui s’attache sincèrement à un amour qu’elle tente par-dessus tout de conserver.

Dans la satire de ces précieuses ridicules dont le capital culturel sonne creux et dont les conversations mondaines sont à mourir d’ennui, les couches de peinture et les faux-semblants se fissurent peu à peu pour laisser entrevoir la fragilité et l’incertitude des personnages qui ne savent pas où ils vont et ne savent plus qui ils sont.

Car c’est bien un drame qui se déroule, bien que déguisé en une comédie grinçante, qui se moque avec humanité de la bourgeoisie et de son hypocrisie. Alternant sans cesse entre moquerie et empathie pour ses personnages, Marc Fitoussi joue un rôle d’équilibriste  : se maintenir au bord de la caricature sans jamais y sombrer, jouer avec les clichés sur le fil du rasoir sans jamais vraiment exagérer. Pas trop loin pour que l’on puisse y croire, mais assez pour que l’on rie de cette classe supérieure perdue dans des discussions vides de sens, engoncée dans ses postures faussement intellectuelles et libres.

La vérité explose

Dans ce drame à l’humour jouissif qui donne tantôt envie de gifler ses personnages, tantôt envie de les réconforter, le cinéaste maintient la bonne distance avec ses acteurs, empreints de mystère sur leurs intentions réelles, et emmène petit à petit le film vers une noirceur qui frôle le thriller.

©  SND

A travers un jeu d’actrices toutes plus agaçantes mais ambigües les unes que les autres, à commencer par Karin Viard, il met en scène des personnages à la profondeur inattendue, comme ce jeune homme qui se blottit sur les genoux d’Eve après une soirée arrosée. Au milieu des apparences, ces petites pépites où la vérité de chaque personnage explose à l’écran, où la sincérité refait surface, donnent au film son épaisseur.

La superficialité bourgeoise ou profondeur du désespoir de personnages

Au-delà d’une critique de la bourgeoisie ultra sexuée, c’est le portrait d’une femme qui se bat avec toute la sincérité du monde pour sauver ce qui lui est cher.

Au-delà de la superficialité apparente d’une clique de femmes, c’est la lâcheté d’un homme qui se révèle au court du récit. Le mari d’Eve (joué par Benjamin Biolay, dont le jeu fade et sans lumière se prête malgré tout plutôt bien au personnage), apparemment le plus sensé et le plus critique sur son milieu social, utilise les apparences même qu’il reproche à ce petit monde pour se dédouaner et se déresponsabiliser de ces actions, faisant ainsi preuve d’une lâcheté sans nom.

Un scénario qui laisse un goût d’inachevé

Malgré un jeu d’actrice sublime, une mise en scène classique mais efficace et une intrigue aux accents chabroliens prometteuse, Les Apparences est alourdi par un scénario à la fois simpliste et enchevêtré. Il aurait été de bon ton de l’élaguer encore un peu afin de s’épargner des twists trop classiques et des intrigues qui se multiplient artificiellement pour tenter de donner corps à la complexité d’un personnage principal que le réalisateur n’a pas su assez creuser pour elle-même.

Le retournement principal du scénario se base sur le cliché vu et revu au cinéma de l’homme trompé, heurté dans son ego qui va revenir vers sa femme par fierté. Pas très original, et pas très novateur pour un film qui se veut le portrait d’une femme et la critique d’un milieu ultra genré.

Incohérence après incohérence, le scénario devient lourd et dessert le propos et les personnages, tout comme l’épilogue qui se borne à nous répéter ce qu’on a déjà compris.

Les Apparences est une belle tentative : le portrait jouissif, mais inachevé, d’un microcosme.

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