Idée reçue #2 : La fantasy est un genre pour enfants

Crédits : Dan Dos Santos, Jade de Jay Lake/Eclipse

La littérature fantasy fait appel à des éléments surnaturels, souvent incarnés par l’usage de la magie. On y attache ainsi tout un bestiaire – dragons, fées et autres trolls – et un univers parfois infantilisés à tort.

Lutte des classes, ruptures culturelles, discriminations… sont autant de fléaux dont l’homme s’auto-accable depuis des siècles, et dont la littérature fantasy est truffée. Omniprésents au sein de nos systèmes humains, ils sont des sujets d’étude et de remise en cause privilégiés. Par nos chercheurs, nos politiques, nos sociologues, et autres grands penseurs de notre société. En revanche, ces champs de réflexion sont hors de portée (ou presque) de l’enfant. En effet, loin de se limiter à cette expression du surnaturel, la fantasy explore l’impossible sous toutes ses formes. C’est un genre riche qui, à bien des niveaux s’adresse aussi, voire surtout, aux adultes.  

Les tensions sociales au cœur de l’intrigue

De nombreux ouvrages de fantasy – Le Trône de Fer et Le Seigneur des Anneaux, pour ne citer que deux mastodontes du genre – ont ainsi pour fil conducteur la guerre, les conflits de territoire, la violence entre les peuples. Des occupations de «  grandes personnes  » sans aucun doute.

De façon générale, l’auteur de fantasy adulte s’appuie sur un réalisme travaillé dans l’objectif de déployer un récit crédible qui, bien que surnaturel, se nourrit de notre réalité. Plus la mythologie d’une œuvre est complexe, plus la toile de fond de l’histoire est dense, et plus le récit qui s’ancre en elle est solide.

Qu’il s’agisse d’une courtisane dans Jade de Jay Lake ou d’un apprenti dieu dans Nous les dieux de Bernard Werber, la quête de soi et le conflit intérieur reviennent inlassablement malmener les personnages des récits fantasy. Or, ces problématiques sont intrinsèquement liées à la construction de l’adulte.

Récits en demi-teinte et personnages en zone grise

Si la littérature jeunesse est très portée sur des méchants très méchants et des gentils très gentils, la littérature « adulte » porte la figure de l’antihéros aux nues et cultive des profils de super-vilains, pas si vilains que ça (pas super non plus bien sûr). La fantasy n’échappe pas à la règle.

Le manichéisme s’efface au profit de personnages et de situations ambivalents. Torturé, faillible, pitoyable, médiocre, le personnage principal de la fantasy adulte n’est pas fait uniquement de bonnes intentions, nobles jugements et grandeur d’âme. Non, il nous ressemble. Il se plante, baisse les bras, se plaint, fait preuve de mauvaise foi, de doutes, etc. Il n’a rien d’un héros car les héros sont destinés à ceux qui savent encore les apprécier à leur juste valeur, à ceux qui se bercent encore d’adorables illusions sur le genre humain  : les enfants.

Plus ces caractéristiques sont travaillées, accentuées, plus le récit devient difficile d’accès à un jeune public, non-averti. D’autres genres littéraires, qui s’adressent à un public «  adulte  », se nourrissent d’ailleurs régulièrement de la fantasy pour donner naissance à des œuvres hybrides  : c’est le cas du thriller, qui s’approprie délicieusement les codes de la fantasy pour conférer à ses énigmes une aura insaisissable et d’autant plus inquiétante.  

Pas encore de commentaires

Laissez un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée.