CINÉMA

ACID 2020 – « Walden » : A la recherche du lac perdu

© ACID / Sedna Films

Du 25 au 29 septembre dernier, le mythique cinéma du Louxor accueillait l’édition 2020 de l’ACID, Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion du Festival de Cannes, constituée de 9 longs-métrages. Parmi eux, Walden, une chronique sociale franco-lituanienne sur le passage à l’âge adulte lors d’une période charnière, juste avant la chute du régime soviétique.

En référence au pamphlet Walden ou la Vie dans les Bois de Thoreau (1854), ce Walden-ci évoque bien un lac, pourtant pas dans le Massachussetts, mais en Lituanie, et c’est d’ailleurs à peu près tout ce que l’on sait de sa localisation. En laissant planer le doute sur l’endroit précis de ce lac, la réalisatrice tchèque Bojena Horackova nous immerge dans la thématique des souvenirs, où l’héroïne principale, Jana, exerce un devoir de mémoire pour retrouver le lieu d’une idylle passée hors du temps, avant qu’elle ne s’exile à Paris.

Programmé prochainement dans le cadre de l’ACID à Lyon, Marseille et Porto-Vecchio, Walden fait un parallèle constant entre deux périodes, avec d’un côté celle de l’année 1989, où un «  changement  » quelconque est évoqué mais toujours pas acté, car la scission du bloc communiste n’a pas encore eu lieu, et trente ans plus tard, avec la volonté pour Jana, incarnée plus âgée par Fabienne Babe, de remettre les pieds là où elle grandit. L’atmosphère poétique du film dépasse alors la simple fable politique et critique du système soviétique, où certes la soif de liberté se fait sentir, mais est comprise dans un sens large, au-delà de la bipolarité Est-Ouest.

Le film se caractérise notamment par de nombreux renvois à la temporalité. La fin des eighties correspond pour les jeunes protagonistes à la fois aux derniers instants de la Lituanie dans l’URSS, mais aussi à une étape-clé de la vie, l’entrée à l’université ou dans le monde du travail. Cette dualité provoque alors dans les esprits une forte incertitude,  entre peur de l’inconnu et vision rêvée de l’avenir.  Plus tard, lorsque Jana entreprend le voyage sur ses terres d’antan, on perçoit une intention chez elle de chercher un espoir en son passé. «  Je voulais que ce passé soit filmé comme un présent  », insiste à ce propos la réalisatrice Bojena Horackova.

© ACID / Sedna Films

Tourné pendant deux saisons bien marquées, l’été et l’hiver, le drame sentimental détient des accents rohmériens qui nous rappellent inévitablement Les Contes des quatre saisons. Il exprime avec brio la relation succincte entre Jana, lycéenne première de la classe et Paulius, qui vit du marché noir pour échapper à un avenir qu’il estime inexistant dans son pays. En cela, le film combine la dimension romantique de l’histoire à un récit engagé, en exprimant maintes fois l’emprise de l’Etat sur sa jeunesse et la volonté grandissante de trouver des subterfuges pour plus de liberté.  

L’insertion de nombreux plans-séquences donne un rythme très ordonné au long-métrage, et les flashbacks constants entre les deux époques amènent vers une profondeur qui plonge véritablement le spectateur dans la vie quotidienne des jeunes lituaniens. Que ce soit en raison de la fragilité du personnage principal ou de la délicatesse dans la narration, Walden fait partie de ces réalisations que l’on aimerait voir plus souvent sur grand écran.

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