Misandrie : une colère qui dérange

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L’essai de Pauline Harmange, Moi les hommes, je les déteste, a fait parler de lui après qu’un chargé de mission au ministère délégué à l’égalité femmes-hommes l’a menacé de censure sur la base de son titre provocateur. Une expression de la haine envers les hommes qui contrarie mais ouvre la porte à des réflexions importantes.

L’essai de Pauline Harmange est paru le 19 août, tiré d’abord à 450 exemplaires par la maison de micro-édition Monstrograph. Le 31 août, Mediapart publiait un article révélant que Monstrograph avait reçu, le jour de la publication, un email demandant que l’ouvrage soit retiré de la vente sous peine de poursuites au titre que «  la provocation à la haine à raison du sexe est un délit pénal.  » Le ministère délégué à l’égalité femmes-hommes souligne que la menace émane d’une initiative individuelle, celle du chargé de mission Ralph Zurmény. L’affaire, pour l’instant sans suites, a suscité des attaques contre l’autrice sur les réseaux sociaux mais aussi un effet Streisand, attirant l’attention médiatique sur le livre.

Le propos de l’essai dérange, et celle qui le tient en à conscience. Sur son blog «  Un invincible été  », elle écrit  : «  Je veux dire dans mon livre que nos raisons de nous méfier de, voire de détester, les hommes, sont nombreuses, légitimes, et surtout pas enfermantes.  » Dans la section commentaires de ce même blog, des lecteur.rice.s saluent le courage de l’autrice. D’autres internautes lui reprochent au contraire de vouloir la guerre et l’essai se voit même comparé à Mein Kampf. Mais si Pauline Harmange est résolument misandre, c’est à dire qu’elle affirme haïr des hommes, son ton n’est ni vindicatif, ni dangereux.

Misogynie chérie, misandrie haïe

«  On ne peut pas comparer misandrie et misogynie, tout simplement parce que la première n’existe qu’en réaction à la seconde.  » écrit encore l’autrice. Toutes les femmes font l’expérience de la misogynie. Elle est omniprésente, dans les médias comme dans des œuvres artistiques et littéraires qui ne se voient que rarement menacées de censure. La misandrie, elle, se développe contre une oppression. On ne peut donc pas la qualifier de sexisme inversé. Elle n’est pas systémique et contrairement à la misogynie, elle ne tue pas. Elle est le fruit de la colère que provoque la mise en avant du sexisme ordinaire et de la paroles des victimes de harcèlement, d’agressions sexuelles et de viol.

Dans les cercles féministes, c’est surtout l’humour misandre qui rassemble et constitue une arme. Souvent illustré sous la forme de mèmes, il permet de tourner en dérision une catégorie dominante  : les hommes. L’expression «  men are trash  » (en français  : les hommes sont des ordures), très répandue – sous la forme d’un hashtag notamment sur Twitter – est symbolique de cette misandrie plus ou moins légère, parfois ironique mais pas toujours. Mais celles qui l’utilisent sont forcées de répéter encore et toujours que l’expression n’est pas une attaque envers les hommes à l’échelle individuelle. Elle cherche à dénoncer l’injustice des privilèges masculins et le fait que l’existence d’hommes respectables et féministes ne saurait suffire à rendre ceux-ci acceptables.

Non-mixité et sororité

Au-delà de l’humour, certaines femmes jugent désormais légitime voire nécessaire de s’affirmer misandre. Leur misandrie revendiquée est un coup porté aux détracteurs qui se servent d’ordinaire de ce terme pour décrédibiliser les militantes féministes. Elles ne demandent pas de «  supprimer le sexe masculin  » comme préconisé en 1967 par Valerie Solanas dans le drôle et acerbe SCUM Manifesto. Elles choisissent seulement, autant que possible, de faire du féminin leur environnement social pour s’éloigner de la parole et du regard masculins. La non-mixité lors d’événements ponctuels est d’ailleurs une stratégie de lutte de plus en plus utilisée pour favoriser une prise de parole libérée.

Si les hommes ne sont pas les bienvenus dans tous les cercles de discussion, ils sont bien sûr invités à la réflexion. Dans le dernier épisode du podcast Mansplaining (proposé par Slate), consacré à la question de la misandrie, Thomas Messias s’interroge  : « Les hommes méritent-ils qu’on les déteste ?  » Il donne d’ailleurs la parole à Pauline Harmange et rappelle que les hommes peuvent surpasser la vexation, accepter leur nécessaire remise en question et comprendre pourquoi la misandrie existe. Bien que potentiellement déstabilisante, celle-ci est aussi une manière de leur rappeler que les injonctions patriarcales leur nuisent également.

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