LUNDI SÉRIE – « Little Fires Everywhere », orgueils et préjugés

© Hulu / Amazon Prime Video

Deux fois par mois, la rédaction se dédie entièrement au « petit écran » et revient sur une série pour la partager avec vous. Toutes époques et toutes nationalités confondues, ce format vous permettra de retrouver vos séries fétiches… ou de découvrir des pépites. Ce lundi, place à Little Fires Everywhere, production de Hulu disponible en France sur Amazon Prime Video. Adaptée du roman éponyme de Celeste Ng, cette mini-série explore les liens complexes entre maternité, racisme, sexisme et inégalités sociales dans les États-Unis des années 1990.

Bienvenue à Shaker Heights, banlieue chic de Cleveland en plein cœur de l’Ohio. Au milieu d’un décor impeccable, deux femmes que tout oppose se rencontrent. D’un côté, Elena Richardson (Reese Witherspoon), journaliste à mi-temps et mère de quatre ados, connue pour son sens aiguisé de l’organisation et son implication dans la vie locale. De l’autre, Mia Warren (Kerry Washington), mère célibataire, artiste mystérieuse et peu sociable fraîchement arrivée en ville. La première, propriétaire, loue un appartement et offre un emploi à la seconde. Commence alors une escalade de tensions entre les deux protagonistes sur fond de méfiance mutuelle, de déterminisme social et de racisme.

La première scène de la série donne le ton : on y découvre Elena en train de regarder sa maison brûler. La découverte de l’identité de la personne à l’origine de l’incendie devient alors le fil rouge de la série. Le mystère se lève peu à peu au fil des huit épisodes et le calme apparent de ce quartier aisé se fissure à mesure que les non-dits et rancœurs s’accumulent.

Mères imparfaites

Si Little Fires Everywhere se présente avant tout comme un thriller haletant, c’est bien la relation électrique entre ses deux premiers rôles féminins qui tient le plus en haleine et captive. Dès le départ, Mia et Elena sont présentées comme deux femmes à l’opposé l’une de l’autre. Au-delà de leurs personnalités, c’est leurs conceptions même de la maternité qui s’affrontent.

Elena semble s’épanouir dans sa routine très convenue où rien ne dépasse et tout se déroule comme elle le prévoit. Cette mère tentaculaire, maîtresse du temps et de l’emploi du temps de l’ensemble de la famille, incarne le concept même de la charge mentale. Au milieu de ce quotidien bien pensé, seule Izzy, la benjamine, échappe au contrôle et au perfectionnisme d’Elena. La petite dernière entend mener sa propre existence, loin des diktats de sa mère.

© Hulu / Amazon Prime Video

Le bonheur simulé de la famille d’Elena est bousculé par l’arrivée de Mia et de sa fille, Pearl. Toutes deux s’installent dans le quartier après une vie sur la route faite de débrouille et de galère. Mia, mère indépendante et protectrice, ne supporte pas le rapprochement progressif de sa fille et de la famille d’Elena. Elle accepte, à contre-cœur, un emploi chez les Richardson afin de gagner un peu plus d’argent mais aussi et surtout de garder un œil sur Pearl. Les convictions de Mia, femme noire et féministe, se heurtent alors au racisme ordinaire ambiant d’Elena et de ses amis mondains, embrasant un peu plus les liens qui unissent les deux femmes.

Persuadée de bien faire, Elena enchaîne les maladresses en témoignant une générosité excessive envers Pearl et Mia et en s’immisçant entre la mère et la fille. Les rapports entre les deux femmes s’enveniment à mesure que les épisodes défilent et que les secrets éclatent. Les performances de Reese Witherspoon et Kerry Washington atteignent leur paroxysme lors des scènes de confrontations entre leurs personnages. Tantôt glaçantes, tantôt agaçantes ou attachantes, Mia et Elena se méprisent autant qu’elles se fascinent.

© Hulu / Amazon Prime Video

Le rythme entraînant et l’atmosphère intrigante de la série font rapidement oublier clichés et facilités scénaristiques. La force de cette adaptation, qui manque parfois de subtilité, réside bien dans la qualité du casting et l’humanité des différents personnages. Adultes comme ados parcourent avec réalisme différentes émotions – amour, jalousie, colère ou encore égoïsme – les rendant tour à tour sympathiques et détestables. Ce large spectre de comportements contribue à équilibrer le récit tout en offrant aux acteurs et actrices la possibilité de (dé)montrer l’entièreté de leur talent.

Bien qu’imparfaite, Little Fires Everywhere prend son temps pour dévoiler les histoires intimes de ces deux familles. Sur fond d’inégalités sociales et de racisme, la série de Hulu soulève de nombreuses questions sur l’essence même de ce qu’être une famille signifie et représente. Des questions complexes auxquelles elle ne prétend pas apporter de réponses.

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