« Chili, cinéma obstiné » – Le documentaire chilien s’expose au centre Pompidou

© El Viaje Espacial, Carlos Araya Díaz / María Una Vez

Jusqu’au 18 décembre prochain, la Cinémathèque du documentaire organise un cycle de projections consacré au Chili depuis 1958, constituant la plus grande rétrospective jamais produite sur cette thématique en dehors du Chili. En tout, près d’une cinquantaine de films d’une qualité remarquable sont programmés, témoins d’un passé et d’un présent houleux.

11 septembre 1973, Santiago. Le coup d’Etat renverse le président socialiste Salvador Allende, la junte militaire prend le pouvoir et amène progressivement au régime dictatorial d’Augusto Pinochet. Quarante-sept ans plus tard, jour pour jour, se tenait symboliquement la soirée inaugurale du cycle de projections «  Chili, cinéma obstiné  », en référence au documentaire Chili, la mémoire obstinée de Patricio Guzmán, notable réalisateur chilien et présent pour la soirée d’ouverture, à qui l’on doit entre autres La Bataille du Chili ou La Cordillère des songes.

Le documentaire comme acte de résistance

Cette rétrospective a été inaugurée vendredi dernier avec la diffusion d’un premier court témoignage, réalisé par le collectif Sin justicia no hay paz. On y aperçoit les proches d’une victime pénétrant dans les décombres de l’usine responsable de sa mort. Le collectif porte ici un message foncièrement politique, celui de réclamer justice pour toutes les victimes du gouvernement de Sébastian Piñera qui, à coups de réformes sociales drastiques, a plongé depuis un an le pays dans une crise économique et sociale sans précédent.

Garder en mémoire ces moments de lutte, c’est aussi l’objet du second court-métrage de 22 minutes, Algo está quemando (Quelque chose brûle), où les co-réalisateurs Nicolás Tabilo, Victoria Maréchal et Macarena Astete explorent la perception du conflit récent par deux petits chiliens, sur fond d’un lieu théâtre d’affrontements dans la cinquième ville du pays, Antofagasta. Sous l’œil innocent de l’enfance se dissimule pourtant une certaine clairvoyance qui déroute, en particulier sur leur vision de la manière dont le peuple chilien peut être protégé et les issues possibles à ces manifestations.

L’ouverture de la rétrospective s’est suivie de la première diffusion d’un long-métrage aux notes plus légères, intitulé El Viaje Espacial de Carlos Araya Díaz. En emmenant sa caméra devant des abribus aux quatre coins du Chili, le réalisateur nous livre une description atypique et exhaustive du mode de vie et des sujets de discussion de ses habitants. Une réelle invitation au voyage, dans un pays aux décors uniques et variés.

Un programme riche en perspective

La majeure partie de la programmation se centrera autour de l’œuvre militante de trois grands réalisateurs chiliens que sont Patricio Guzmán, évoqué précédemment, mais aussi Carmen Castillo (La Flaca Alejandra, Rue Santa Fe) et Ignacio Agüero (El Otro Dia, No Olvidar). A noter que les cinéastes présenteront eux-mêmes certaines séances. En dehors de ceux-ci, plus d’une vingtaine de films dévoilant l’éclectisme considérable du cinéma chilien, et trop méconnus pour la plupart, seront présentés.

© Harley Queen, Carolina Adriazola et José Luis Sepúlveda / Mitómana Producciones

Les évenements qui ont jalonné ou jalonneront l’actualité chilienne feront l’objet de séances spéciales pendant le cycle. Ainsi, en hommage à l’écrivain, mais aussi scénariste Luis Sepúlveda, emporté par le Covid-19 en avril dernier, le moyen métrage Le Cinéma du bout du monde de Joël Farges sera projeté le 27 septembre. Inspiré du roman de Sepúlveda Dernières Nouvelles du Sud, il raconte la naissance du cinéma chilien en Patagonie au début du 20e siècle.

Enfin le 25 octobre prochain, les Chiliens sont invités à se prononcer par référendum sur le maintien ou non de la Constitution actuelle, instaurée en 1980 par Augusto Pinochet. Ce scrutin est très attendu, et donnera lieu à une séance spéciale, où de nombreux films de lutte réalisés depuis le début de la crise en octobre dernier seront visibles sur grand écran.

Jusqu’au 18 décembre, Centre Georges Pompidou, programmation complète ici.

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