« White Riot » – Histoire précise, lutte globale

Credit : Syd Shelton – Les Bookmakers

Référence équivoque au titre White Riot (1977) des Clash, ce documentaire musical sorti le 5 août dernier ne manque pas d’agiter les esprits. Et pour cause, en s’intéressant au mouvement Rock Against Racism, celui-ci fait écho à une dynamique plus que jamais d’actualité.

Ce film documentaire réalisé par la cinéaste Rubika Shah revient sur l’histoire et la fondation de l’association Rock Against Racism en 1976. Un mouvement créé en réponse à l’ascension fulgurante du National Front dans les années 70, et aux propos ouvertement racistes d’artistes de la scène rock comme Eric Clapton – qui ne manqua pas d’afficher son soutien au conservateur Enoch Powell – ou David Bowie. Un mouvement qui prendra de la consistance via la création du fanzine Temporary Hoarding, l’organisation de concerts et la formation progressive d’antennes relais actives dans l’ensemble de la Grande-Bretagne.

Développé lui-même visuellement comme un fanzine animé, l’ensemble du documentaire se veut très riche en termes d’archives et fait intervenir les principales et principaux intéressés.e.s : Red Saunders, Rogger Huddle ou encore Jo Wreford ; ainsi que les membres des groupes qui ont participé de manière active au mouvement : Steel Pulse, The Selecters, Tom Robinson ou The Clash. La force de White Riot ici c’est de contextualiser de manière simple et imagée la situation : la détresse économique du pays – aisément explicitée par les paroles des musiques des Clash ou de Sham 69 – , la fracture dans le milieu punk, l’appropriation culturelle, la marginalisation active des communautés noires ou indiennes, l’histoire sensible de la colonialisation, et la peur évidente d’un “autre” attisée par les groupements fascistes. Le résultat se veut très accessible et concis sur ce sujet pourtant vaste et assez peu abordé dans les médias mainstream.

Concert organisé à Victoria Park en 1978 – Les Bookmakers

Au-delà de ce sujet, ce film vient questionner les anciennes sociabilités et les moyens de rassemblement du mouvement rock et punk, ainsi que la capacité de celui-ci à former un militantisme construit sur l’éducation culturelle et un engagement politique structuré – à l’image des reportages et des interviews réalisés dans Temporary Hoarding qui ne s’intéressaient pas uniquement à la musique, et prônaient un croisement nécessaire des luttes. Ici la réalisatrice parcourt l’itinéraire et la croissance fulgurante de ce rassemblement sur le territoire britannique, fonctionnant avec peu de moyens, une visibilité compliquée sur ses événements – comme en témoigne la dernière partie du film centrée sur le Carnaval Against Racism (co-organisé avec l’Anti-Nazi League en 1978) qui accueillit près de 100 000 personnes à Victoria Park, là où les organisateurs en attendaient quelques milliers seulement – et une hostilité des autorités.

Développé depuis 2015, White Riot ne manque pas, en sortant cette année, de faire écho à une actualité brûlante, au mouvement Black Lives Matter ainsi qu’à la croissance préoccupante des violences policières. Ce long-métrage nous rappelle que la lutte contre l’oppression raciste nous concerne tou.te.s, et que les artistes ont un rôle éminemment significatif à jouer dans ces rapports d’influence.

Caroline Fauvel

LILLE

Du cinéma et de la musique - Master Métiers de la Culture

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