« The Perfect Candidate » – Une femme de fer

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Après plusieurs expériences anglo-saxonnes, Haifaa Al-Mansour revient en Arabie Saoudite avec une œuvre féministe d’une incroyable intensité, portée par la révélation Mila Alzahrani. 

Haifaa Al Mansour est rentrée dans l’histoire. C’est en effet la première femme réalisatrice en Arabie Saoudite. Une distinction qui lui a valu la curiosité d’un certain nombre de festivals internationaux. En 2013, elle marquait les esprits avec Wajda, premier long-métrage tourné entièrement dans son pays d’origine. Le film, où les questions du féminisme et de l’éducation étaient déjà battues en brèche, se penchait sur le quotidien d’une adolescente dans la banlieue de Riyad. Véritable triomphe critique et public, Wajda a remporté de nombreux prix, notamment à Rotterdam, Dubaï ainsi que Venise (Prix du Meilleur film Art et Essai). Par la suite, Haifaa Al Mansour s’est laissée tenter par des expériences à l’international. Tout d’abord avec Mary Shelley, biopic gothique sur la célèbre romancière à l’origine du mythe de Frankenstein, incarnée par Elle Fanning. Puis avec la production Netflix Une femme de tête, sortie sur la plateforme en 2018. Dans les trois films, situés à des époques et dans des contrées différentes, on décelait un point commun  : l’importance accordée aux personnages féminins. Chez Haifaa Al Mansour, les femmes sont fortes et font bouger les lignes. Envers et contre tous.

The Perfect Candidate, son nouveau film, se situe dans la continuité de ses précédentes réalisations. Pour l’occasion, la cinéaste est retournée en Arabie Saoudite, ce pays à la fois moderne sur un grand nombre de domaines (la technologie, le tourisme, etc.) mais également si archaïque par rapport à d’autres paramètres (la parité, le poids des traditions, etc.). C’est dans ce contexte qu’évolue Maryam. Jeune médecin dans une petite ville, elle aspire à une grande carrière. Et elle le sait, ce n’est pas en restant dans sa bourgade que son avenir professionnel sera très épanouissant. Alors elle décide de prendre l’avion pour candidater à un poste dans un grand hôpital. Problème, puisqu’elle est célibataire, il lui faut l’autorisation signée d’un homme pour voyager. Et son père, qui est malheureusement absent, ne peut lui procurer ce précieux sésame. Maryam doit donc renoncer à ses ambitions et remettre son plan de carrière à plus tard. Révoltée par la situation et par la manière dont les femmes sont ainsi traitées, elle entreprend de se présenter aux élections municipales de sa ville. Mais le chemin en politique est semé d’embuches et cette «  candidate parfaite  » en fera l’amère expérience.

The Perfect Candidate est un film fort. C’est indéniable. Et il est d’autant plus intense en raison de la grande sobriété de la réalisation de Haifaa Al Mansour. Ici, point de grands discours et de scènes emphatiques. Les situations décrites, toutes plus édifiantes les unes que les autres, se suffisent à elles-mêmes. Ce qui frappe, au premier abord, c’est la résignation de ces femmes. Lorsque le film commence, Maryam comprend qu’elle n’a pas son mot à dire sur un certain nombre de sujets. En tant que femme, elle doit éviter de soigner des hommes. Au mieux, elle doit s’estimer heureuse d’exercer en tant que médecin. La route pour mener à l’hôpital est en piteux état et a des conséquences sur les urgences et l’accueil des patients  ? Qu’importe, il conviendra à la jeune femme d’accepter et de se taire. Jusqu’au jour où le silence n’est justement plus possible. Car lorsque les interdits confèrent à l’humiliation, s’engager n’est plus un droit. Cela devient un devoir.

Plus qu’une œuvre politique, The Perfect Candidate est un film de guerre. Ici, les armes sont remplacées par les mots. Pour espérer que sa situation et celles de ses amies et sœurs soient meilleures, Maryam va devoir affûter son discours. Et pour interpréter cette guerrière d’un nouveau genre, Haifaa Al Mansour a trouvé l’actrice idéale en la personne de Mila Alzahrani. Les femmes de fer, cette dernière a l’habitude d’en incarner. Après la championne de boxe de la série Boxing Girls, la voilà donc de nouveau dans le rôle d’une femme qui a l’habitude de prendre des coups et d’en rendre. Gare à ceux qui se tiendront sur son chemin. En Arabie Saoudite, les femmes prennent le pouvoir. Et ce n’est que le début.

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