Re(Voir) – « Quelle joie de vivre » : plein soleil sur Rome

©  Francinex – DR – T.C.D – Tempo film – Cinematografica

Ce mercredi 5 août, Les Films du Camélia ont ressorti en salles Quelle joie de vivre de René Clément, en version restaurée. Sélectionné au Festival de Cannes en 1961, les retrouvailles Delon/ Clément après Plein Soleil sont une ode à la liberté tandis que fascistes et anarchistes se battent pour le pouvoir à Rome.

Rome, 1921. Le jeune Ulisse (Alain Delon) et son ami Turiddu (Giampiero Littera), jeunes orphelins séminaristes s’en vont faire leur service militaire. Ils en sortent avec l’idée de rester dans la capitale italienne afin d’y trouver un travail. Les premiers à payer sont les fascistes, Les Chemises noires des Mussolini pour lesquels ils doivent dénicher les anarchistes. Dans une imprimerie, le candide jeune homme, attiré par les jambes de la fille de l’imprimeur Franca Fossati (Barbara Lass) et la sympathie de toute la famille Fossati se retrouve embauché comme apprenti chez ces anarchistes rêveurs. Pour conquérir la jeune femme, il devra s’inventer une nouvelle identité d’espion terroriste pour être érigé au rang de héros malgré lui. 

Un an après la sortie de Plein Soleil (1960), René Clément offre à Alain Delon une comédie italienne et un rôle pas si éloigné de Ripley. Comme ce dernier, Ulisse adopte rapidement des codes qui ne sont pas les siens. Dans Quelle joie de vivre, le personnage arrive vierge de toutes convictions et idéologies politiques et tel un caméléon parvient à changer d’identité tout au long du métrage. L’acteur apparait ici gai et malicieux comme rarement il l’a été, escaladant sans doubleur les toits pour y accrocher un drapeau ou complotant avec le grand-père caché au grenier.

Pour cela, le cinéaste parvient à reconstituer l’ambiance visuelle et sociale de l’après-guerre à Rome et y insère des ressorts comiques absurdes, ingénieux et une flopée de personnages éminemment sympathiques qui sourient peu importe les situations, interprétés par de grands acteurs italiens : Gino Cervi, Rina Morelli, Carlo Pisacane, Ugo Tognazzi, etc. L’humour et la légèreté du film permettent à René Clément d’exploiter cette période particulière de l’histoire italienne où tous les extrêmes et les dogmes sont ridiculisés à travers les aventures du protagoniste principal.

Quand Ulisse parvient à s’échapper de la prison de la ville – où les anarchistes sont enfermés pour éviter un attentat – par un trou dans le confessionnal, la comédie frôle le drame. Il lui faudra choisir. Symboliquement, sa décision est prise, ce trou comme pour s’échapper vers la liberté, la vraie avec la naïveté que ça implique. 

Par sa construction narrative intelligente, Quelle joie de vivre a toutes les qualités d’un bon divertissement qui nous amuse et nous fait réfléchir. Un film légèrement oublié malgré une sélection cannoise en 1961, qu’il est bon de revoir en salles grâce aux Films du Camélia !

Diane Lestage

J'entretiens une relation de polygamie culturelle avec le cinéma, le théâtre et la littérature classique.

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