Portland, symbole de l’opposition à Donald Trump

© Camille Paillaud

Portland (Oregon, Etats-Unis) est le théâtre de manifestations contre le racisme et les violences policières, depuis la mort de Georges Floyd fin mai. Ces manifestations non-violentes se sont transformées en protestations anti-gouvernementales suite à l’arrivée des agents fédéraux envoyés par Donald Trump.

Entre montagnes, océan et désert se trouve la ville de Portland dans l’état de l’Oregon. Une ville réputée étrange et qui le revendique avec son slogan «  Keep Portland Weird  ». Depuis de nombreuses années, Portland s’est construite une réputation basée sur des contestations, très souvent en lien avec l’extrême gauche. Après l’élection de Donald Trump à la présidentielle en 2016, la ville est devenue le symbole de l’opposition à ce nouveau gouvernement.

Le 25 mai, à Minneapolis dans le Minnesota, la mort de George Floyd est le point de départ d’importantes manifestations dans de nombreuses villes des États-Unis et dans le monde. Portland n’échappe pas à ces contestations contre le racisme et les violences policières, au contraire. Depuis fin mai et jusqu’à fin août, des appels à manifester se poursuivent chaque soir. Des marches calmes et des discours pacifistes s’organisent plusieurs fois par semaine dans les rues. Pourtant, en raison de son passif et de ses revendications politiques, Portland est dans le viseur du gouvernement et du président.


Arrivée des agents fédéraux : augmentation de la violence

Depuis fin mai, alors que les manifestations étaient pacifistes et que le mouvement semblait s’apaiser début juillet, la réaction de Donald Trump a changé la donne. Pour renforcer la police locale, jugée incompétente selon le président américain, des agents fédéraux ont été envoyés à Portland. Cette décision est vivement critiquée par les manifestants et la gouverneure de l’État, Kate Brown, qualifiant ces agents de «  soldats de Trump  ». La colère des manifestants face à cette répression policière a ravivé le mouvement qui semblait s’essouffler.

« Presque tout le monde que je connais, y compris moi, étions choqués et furieux parce que ces actions et cette décision correspondent à celles qu’un dictateur pourrait faire.  »

Lucia Donovan, étudiante américaine

Si cette décision choque, c’est parce qu’elle est disproportionnée face à la situation. Aux États-Unis, il existe différentes « polices » : celle des municipalités ou comtés, représentée souvent par le shérif, celle de l’État et enfin au niveau national, la police fédérale. Les agents fédéraux dépendent du gouvernement fédéral des États-Unis et plus précisément, du ministère de la justice. Après les attentats du 11 septembre 2001, le pouvoir du service de la police fédérale a pris plus d’importance par la création du « département de la Sécurité intérieure des Etats-Unis ».

La police fédérale, symbolisée par le FBI (Federal Bureau of Investigation), est la police du gouvernement, donc elle est en lien direct avec Donald Trump et ses décisions jugées irrationnelles. L’état de l’Oregon, et en particulier la ville de Portland, revendique sa prise de position anti-Trump depuis le début du mandat. La violence marquée par l’arrivée des agents est un cri de colère envers le gouvernement qui tente d’imposer sa force. Le 30 juillet, alors que la gouverneure de l’Oregon demandait le retrait des agents fédéraux, Donald Trump a menacé d’envoyer la Garde Nationale, c’est-à-dire, l’armée des États-Unis, envoyée seulement en cas d’urgence.

Si les agents et policiers dénoncent une violence des manifestants à leur égard – lancés de pierres et des bâtiments saccagés – des vidéos montrent également la réponse de ces agents de l’ordre  : gaz lacrymogènes, grenades assourdissantes et balles en caoutchouc tirées dans la foule. De plus, les manifestants dénoncent des interpellations parfois aléatoires par ces forces fédérales.

Afin de calmer les tensions entre manifestants et agents, le groupe «  Wall of moms  », traduit par «  Le mur des mamans  » se positionne en barrière humaine entre les forces de l’ordre et le reste de la manifestation. Ces femmes se prennent par les coudes et arborent des tee-shirts dénonçant la violence qui se déroule dans les rues de Portland.

«  Les agents fédéraux ne quitteront pas Portland  »

Le maire de la ville, Ted Wheeler et la gouverneure, Kate Brown souhaitent le retrait progressif des forces fédérales. Alors qu’un compromis semblait avoir été réalisé, mercredi 29 juillet, Donald Trump déclare dans un tweet le vendredi qui suit, que les agents resteront à Portland. Combien de temps et pourquoi  ? Jusqu’à ce que la ville soit débarrassée de ses «  anarchistes et agitateurs  ».

©Twitter

C’est une fausse victoire pour le maire et la gouverneure de l’Oregon qui ont constaté que la situation avait empiré depuis l’arrivée des agents fédéraux. Les mois d’été ont laissé place à la violence entre une partie des manifestants et les forces de l’ordre. Violence dénoncée au travers de vidéos d’amateurs et de médias qui semble surpasser le message initial du mouvement Black Lives Matter.

Black Lives Matter toujours dans les esprits des manifestants  ?

Pour de nombreux citoyens de Portland, l’arrivée des agents fédéraux a marqué un tournant dans le mouvement.

« Après l’annonce de Trump, c’est devenu de plus en plus violent et le message actuel des Black Lives Matter semble moins entendu.  »

Lucia Donovan

L’une des explications du refus du retrait des agents fédéraux par Donald Trump se trouve peut-être dans le discours de son ministre de la Justice, Bill Barr. Lors d’une commission judiciaire de la Chambre des représentants fin juillet, il annonce  :

« Des émeutiers violents et des anarchistes ont détourné des manifestations légitimes pour semer le ravage et la destruction. […] Ce qui se passe chaque nuit autour du tribunal [à Portland], ne peut pas être appelé une manifestation, c’est à tout égard une attaque contre le gouvernement des États-Unis.  »

© 20 minutes

Ces « émeutiers violents et anarchistes » qu’évoque le ministre de la Justice sont apparus depuis l’arrivée des agents fédéraux à Portland et chaque soir, la place du tribunal est le lieu de confrontation entre ces deux extrêmes. Cependant, est-ce possible d’affirmer que ces émeutiers et anarchistes proviennent uniquement des manifestants du mouvement Black lives Matter  ? Le 17 août de cette année à Portland, des manifestants du mouvement Pro-Trump de droite alternative, les « Proud Boys   » se sont confrontés aux manifestants du mouvement Black Lives Matter lors de leur 80ème manifestation avec des sprays au poivre et des pistolets de paintball à balles de plomb. Ce groupe d’extrême droite contestait les violences policières que dénonçait les manifestants. Selon le Washington Post, la fin de la confrontation s’est terminée par deux coups de feu.  

Si le mouvement Black lives Matter reste présent dans les rues de Portland, de nombreux évènements desservent les manifestations. Lors de la 85ème nuit, le 21 août, environs 100 personnes manifestaient dans les rues, mais cette organisation composée d’un discours et d’un rassemblement jusqu’à 22h est restée discrète. La raison  ? Un groupe d’individus a battu un homme près la manifestation. Cet incident est évoqué dans les journaux locaux le lendemain et associé à la manifestation  :

«  Un homme battu et laissé inconscient dans les rues près d’une manifestation Black Lives Matter dans le centre-ville de Portland a choqué la conscience de nombreuses personnes à travers le pays.  »

OregonLive.com

En raison de ces diverses violences en marge du mouvement antiracisme et anti violences policières, les revendications primaires de Black Lives Matter semblent s’affaiblir au profit d’une violence policière sans égale. Et pourtant, selon Donald Trump, les «  anarchistes et agitateurs  » proviennent de ce mouvement pacifiste. Portland semble incarner l’expression « deux poids, deux mesures », une manière de penser partagée par le gouvernement américain à en juger par ces derniers évènements.

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