CINÉMA

« Mignonnes » – Se perdre dans les modèles féminins

© BIEN OU BIEN PRODUCTIONS 2018

Avec son premier long-métrage, la réalisatrice et scénariste franco-sénégalaise Maïmouna Doucouré signe une histoire très touchante sur l’enjeu du passage de petite fille à femme.

Pour la nouvelle édition du Festival du film francophone d’Angoulême, Mignonnes a été présenté comme un film coup de cœur des deux organisateurs. Et l’on comprend vite pourquoi. Aussi bien touchant que choquant sur certains aspects, le premier film de Maïmouna Doucouré est une franche réussite. Il se place dans la continuité de son court-métrage Maman(s), sorti en 2015 et récompensé par une quarantaine de prix à l’international.

Le fantasme de la femme-enfant

Dans une ville de banlieue, la jeune Aminata, surnommée Amy, vit avec sa mère et ses deux petits frères dont elle s’occupe beaucoup pour une enfant de onze ans. Un jour, elle rencontre dans son immeuble une jeune fille de son âge qui adore danser, comme dans les clips sur Internet ou à la télé. Amy qui n’a jamais rien vu de tel, va se rapprocher d’elle et tenter d’intégrer le groupe de danse des “Mignonnes“. Elle se plonge alors corps et âme dans ce nouvel hobby pour tenter d’oublier sa situation familiale : son père s’est marié de nouveau au Sénégal et va revenir vivre en France avec sa nouvelle femme.

Il existe beaucoup de films sur le passage de l’enfance à l’adolescence ou de l’adolescence à l’âge adulte. Bien souvent, cela fonctionne lorsque l’héroïne va se découvrir une nouvelle passion, interdite de ses parents. Mais ces derniers doivent bien réaliser que cette passion lui fait du bien. L’un des premiers exemples qui vient en tête est souvent le mythique Dirty Dancing. Mais le film n’a de mignon que le titre. Car là ou Jennifer Grey apprenait les danses langoureuses latines, Amy va apprendre à twerker, à se déhancher de façon provocante pour se faire remarquer. Lorsqu’elle vole un téléphone, elle ne s’en sert pas pour discuter avec les amies de son groupe mais pour regarder d’autres groupes de danseuses en tenues très légères et s’en inspirer. Même en pleine séance de prière.

© Jean-Michel Papazian

Une hypersexualisation banale

Impossible pour elle de se sentir encore « petite ». Ce qu’elle veut c’est être populaire, être remarquée des autres. En tous cas, lorsqu’elle sort de chez elle. Car à la maison, c’est la jeune fille modèle que l’on retrouve, celle qui veille sur ses frères du mieux qu’elle peut. Elle est torturée entre l’image des femmes qu’elle voit sur Internet et ce que sa mère et sa tante lui enseigne : être obéissante à son père et son mari, apprendre à cuisiner, se marier jeune, etc. Deux opposés.

Mais Amy est loin d’être stupide. Elle comprend vite que ce qu’elle voit sur Internet va fonctionner beaucoup plus vite pour devenir populaire que ce que lui enseigne sa mère. Elle ne voit donc pas le danger de mettre des photos et des vidéos d’elle sur Instagram. Même des photos nues. Elle se sert de ce nouveau pouvoir qu’elle croit avoir pour pouvoir corrompre plusieurs hommes. Si l’un la repousse, l’autre semble intéressé. C’est ce que est très fort dans le film de la réalisatrice. Lorsque les Mignonnes se mettent à danser, impossible de quitter l’écran des yeux alors que l’on sait que ces enfants sont bien trop jeunes pour danser de cette manière, pour être habillées et maquillées comme elles le sont. Le groupe de jeunes actrices sont toutes époustouflantes, notamment Fathia Youssouf Abdillahi, qui joue le rôle d’Amy.

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