« Les Tentacules » – Rita Indiana : le Cloud Atlas antillais

Crédits : Anderson Labrador / Canal Trece

Crédits : Anderson Labrador / Canal Trece

L’autrice dominicaine Rita Indiana, icône LGBTQIA+ flamboyante, signe une expérience littéraire étonnante où s’entrecroisent science-fiction, histoire de l’art, crise écologique et univers queer. Une fresque mystique et éclectique, à découvrir en librairie le 3 septembre prochain.

En 2027, dans une République Dominicaine ultra technologique dévastée par les désastres climatiques, la débrouillarde Acilde met désespérément tout en œuvre pour se procurer une précieuse drogue qui permet de changer de sexe : la Rainbow Bright. Alors qu’elle ingurgite la fameuse dose décisive, prête à faire enfin cesser son mal être, la jeune femme se retrouve propulsée en 1991.

Dans les années 2000, l’artiste dépravé Argenis a la chance de participer à une résidence artistique organisée par le mécène Giorgio Menicucci dans sa propriété du bord de mer, où lui et sa femme Linda souhaitent créer un sanctuaire marin. Peu à peu, Argenis est pris de visions et doit bientôt cohabiter sans répit entre deux corps et deux temporalités énergivores : artiste contemporain obsédé par Goya et membre de l’équipage d’un navire voguant dans les Antilles au XVIIème siècle.

« Là où d’autres voyaient un paysage, Linda Goldman ne trouvait que désolation. Où d’autres entendaient le silence apaisant des fonds marins, elle saisissait le cri d’un trésor saccagé. »

Les Tentacules, Rita Indiana

Lauréat du prestigieux prix de l’Association des écrivains caribéens, Les Tentacules est une toile labyrinthique où se mêlent destins, genres, chronologies et entités surnaturelles. Ce récit historique autant que futuriste, aborde quantité de problématiques – colonisation, réincarnation, addiction et bien d’autres – dans une atmosphère électrique et suintante où s’interinfluencent voyageurs du futur, divinités des îles et fervents défenseurs de la liberté.

Rita Indiana déploie les tentacules d’un récit onirique et politiquement engagé, en décrivant les inégalités sociales et les rapports de domination entre classes, pour mieux pointer le capitalisme comme responsable de la crise écologique massive en cours et à venir. Le twist final, permettant d’enfin relier ces arcs narratifs, nous éclaire et donne une profondeur réel au récit, nous évoquant facilement le magnifique Cloud Atlas des sœurs Wachowski (2012).

Malgré ces qualités, ce roman, vendu comme à la croisée de Blade Runner (Ridley Scott, 1982) et La Tempête (Shakespeare, 1610) ouvre des intrigues à tiroir où l’on peut finir par se perdre. 190 pages ne sont peut-être pas suffisantes pour faire apprécier la richesse des références sollicitées, sans que celles-ci ne semblent parfois indigestes. Bien que distinguer ces trames narratives soit nécessaire pour l’effet de style, l’abrupt du processus peut casser notre attention et notre intérêt. 

Découvrir cette fiction pop reste malgré tout un plaisir tant le roman est original et stimulant. À savourer sur le merengue énergique et psyché du groupe de l’écrivaine : Rita Indiana y los Misterios.

Crédits : Production Mariana Reyes Angleró / HQ Storytelling

INDIANA Rita, Les Tentacules, Rue de l’Échiquier, septembre 2020, 192 pages, 17 euros.

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