LITTÉRATURE

« L’Autre Moitié de soi » – Brit Bennett : franchir la ligne de couleur

© Tammy Clarke

© Tammy Clarke

Brit Bennett, jeune auteure américaine du Cœur battant de nos mères, qui a remporté le prix Lire du meilleur premier roman en 2017, revient avec L’Autre Moitié de Soi, un roman sur la quête identitaire.

Brit Bennett est, à trente ans, l’auteure de deux romans qui ont fait partie de la liste des best-sellers du New York Times et d’un essai, Je ne sais pas quoi faire des gentils Blancs (2014). Elle confie au Los Angeles Times que L’Autre Moitié de Soi est en partie inspirée par sa mère. Publié en France le 19 août chez Autrement, le roman se pose déjà en incontournable de la rentrée littéraire.

« On peut s’échapper d’une ville, mais on ne peut pas échapper au sang. D’une certaine manière, les jumelle Vigne se croyaient capables des deux. »

Brit Bennett, L’Autre Moitié de Soi

Mallard, en Louisiane, est une ville fictive et fantôme, fondée en 1848 par Alphonse Decuir et peuplée par des générations de Noirs-Américains «  chacune plus claire que la précédente  ». Une ville pour des gens qui ne seront jamais blancs mais qui ne veulent plus être noirs. En 1938 naissent dans cette ville des jumelles, Stella et Desiree Vigne. Tirées à seize ans de l’école par leur mère pour faire le ménage chez de riches familles blanches, elles fuguent ensemble pour la Nouvelle-Orléans, où leurs chemins se séparent. Des années plus tard, Desiree revient à Mallard avec une petite fille à la peau très sombre. Stella, elle, a disparu depuis des années, de l’autre côté de la «  ligne de couleur  ».

Qui suis-je ?

Le roman s’inscrit dans l’héritage de la catégorie de la littérature américaine dite de «  passing  ». Elle explore cette action du passage de la ligne de couleur effectué par les Noirs-Américains dont la teinte de peau plus claire leur permet de passer pour blancs. Le genre explore les questions identitaires mais aussi l’aliénation et la dangerosité potentielle de cette action pour les passeurs, dans des sociétés qui séparent durement les Noirs des Blancs. On peut citer Nella Larsen et son Clair-obscur (1929) comme œuvre majeure.

Dans L’Autre Moitié de Soi, c’est Stella qui fait cette expérience en prenant un poste de secrétaire dans une entreprise qui la considère blanche, avant de grimper les échelons de la société en se mariant à un Blanc fortuné. Lorsque l’on retrouve ce personnage plus tard dans le roman, c’est d’abord sa solitude qui est marquante, sa peur constante d’être démasquée, de tout perdre, qui la pousse à couper tout contact avec sa famille et à entretenir une méfiance parfois virulente, envers les Noirs. Ce sont par les deux filles qu’ont eu les deux sœurs que sont résolus les non-dits. Les concepts de la famille et de la filiation prennent graduellement une importance capitale dans le roman, à travers des rencontres fortuites et des secrets forcés au grand jour.

Le roman explore avec brio la quête identitaire : qui somme-nous, comment les choix de vie – professionnelle, amoureuse, amicale – mettent en lumière les aspirations profondes des personnages, d’abord les mères, puis les filles. L’Autre Moitié de Soi est aussi un roman d’amour, un roman où les personnages font les choix de vie qu’ils pensent mériter. Parfois à tort. Le roman est sorti le 2 juin 2020 aux États-Unis et est devenu, en quelques semaines, le numéro 1 des best-sellers du New York Times. HBO a déjà fait une offre « à sept chiffres » à l’auteure pour transformer son roman en série. Cependant, le casting soulève beaucoup d’interrogations de la part des lecteur.ice.s américains.

Auteur·rice

Étudiante en journalisme culturel à Paris 3

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