« La Forêt de mon père  » – Folie douce

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La Forêt de mon père de Vero Cratzborn aborde sous un angle inédit la folie au cinéma. Un premier film délicat et atypique, que vient sublimer la jeune Léonie Souchaud.

Un premier film doit-il être autobiographique  ? La question peut se poser et donner lieu à de multiples débats et interrogations. Vero Cratzborn, elle, a choisi de répondre par l’affirmative. La Forêt de mon père, son premier long-métrage, est tiré de sa propre histoire. De son enfance passée auprès d’un père fantasque, ayant petit à petit sombré dans la démence. De cette période, la cinéaste belge en a donc tiré un film pudique, délicat et remarquablement interprété par un beau trio de comédiens que domine la révélation Léonie Souchaud.

La jeune actrice incarne Gina, sorte de projection de la réalisatrice. Dans le film, l’adolescente a quinze ans et vit avec les siens dans un appartement en lisière d’une forêt. Malgré les aléas de la vie et la précarité menaçante, la famille coule des jours heureux. Gina admire plus que tout son père, Jimmy. Imprévisible, ce dernier se moque du qu’en-dira-t-on et vit au jour le jour, comme bon lui chante. Son insouciance se mue petit à petit en folie douce et sa fille assiste, impuissante, à la chute de celui qu’elle idolâtrait jusqu’à présent. Mais refusant de l’abandonner, elle va tenter le tout pour le tout pour l’aider et le sortir de cette mauvaise passe.

Héroïne des temps modernes

On a souvent présenté la folie au cinéma sur le modèle de l’hystérie. Des cris, des larmes, le plus souvent par des femmes. Avec La Forêt de mon père, Vero Cratzborn tord le cou aux idées reçues. Ici, la démence ne s’expose pas au grand jour. Elle avance, sournoise, et aura des conséquences terribles. Tout le film est raconté du point de vue de Gina, qui ne demande qu’à vivre sa vie d’adolescente. Mais la jeune fille ne peut pas prétendre à l’oisiveté. Le jour où son père se met à voler dans les magasins, à jeter un poste de télévision par la fenêtre ou à se promener nu sur le parking d’un supermarché, elle comprend qu’il y a urgence. Car c’est le début d’un cataclysme qui aura des répercussions sur sa relation avec son père mais aussi sur toute la cellule familiale. Surtout, Gina en ressortira changée. Par l’épreuve à laquelle elle se retrouve confrontée, celle qui était à peine une adolescente est subitement sommée de devenir une femme avant l’heure.

La Forêt de mon père pourrait être l’équivalent cinématographique d’un roman d’apprentissage. Vero Cratzborn filme l’incroyable Léonie Souchaud comme une héroïne. C’est elle qui prend les décisions, se démène face aux institutions. Face à elle, sa mère (interprétée par l’excellente Ludivine Sagnier) semble assez passive, presque résignée face à la situation. Gina, elle, ne lâchera rien. Bien sûr, on pourra reprocher au film une certaine naïveté dans certaines scènes. Des moments de flottement également qui font partiellement retomber l’intensité que l’on peut déceler ici et là. Mais La Forêt de mon père, séduisant premier long-métrage, permet surtout de révéler le talent d’une réalisatrice, ancienne disciple de Leos Carax, que l’on ne manquera pas de surveiller à l’avenir.

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