CINÉMA

«  Dans un jardin qu’on dirait éternel » – Une parenthèse enchan(thé)

© Art House

Œuvre d’une délicatesse inouïe, Dans un jardin qu’on dirait éternel est une plongée exaltante dans l’univers sacré des cérémonies du thé au Japon. C’est également le dernier rôle de la grande Kirin Kiki, disparue peu de temps après le tournage.

Qu’est-ce qui fait le charme du cinéma japonais  ? Très certainement sa délicatesse. Car oui, cela relève un peu du lieu commun ou de la formule toute faite mais le septième art, au pays du Soleil Levant, a ce je ne sais quoi de doux. Comme si la brutalité ou la vulgarité étaient soigneusement laissées sur le pas de la porte. Il suffit de regarder les films de Naomi Kawase ou Hirokazu Kore-eda, les deux cinéastes japonais les plus connus en France, pour s’en convaincre. Dans leurs œuvres, le temps s’écoule d’une manière différente. Nous serions tentés de dire que ceci est une particularité du cinéma asiatique par rapport à celui qui se pratique dans les pays occidentaux. Or, le cinéma japonais est bien spécifique et a son originalité par rapport aux longs-métrages venus de Chine, de Corée ou de Thaïlande.

Dans un jardin qu’on dirait éternel est un film éminemment nippon. Dès les premiers plans, on sait où l’on est. Tatsushi Omori, réalisateur révélé avec The Whispering of the Gods et A Crowd of Three, a choisi le milieu du thé pour son film. Autant dire tout un symbole. Car au Japon, le thé est sacré. Les fameuses cérémonies du thé prennent des allures de rituel dont il convient de maitriser les gestes, tous plus rigoureux les uns que les autres. C’est justement à cette discipline que veulent s’initier Noriko et sa cousine Michiko. Dans une maison traditionnelle de Yokohama, elles vont donc parfaire leurs connaissances avec Madame Takeda, une illustre maîtresse de thé, aussi douce qu’exigeante. Prenant cette occupation comme un simple loisir, Noriko va peu à peu se laisser embarquer dans cet univers et laisser de côté sa prometteuse carrière dans le milieu de l’édition. Car grâce au thé, la jeune femme va pouvoir se redécouvrir elle-même et apprécier les charmes de la vie.

Le film de Tatsushi Omori est le récit d’un miracle. Dans un jardin qu’on dirait éternel parvient à nous séduire et ce même s’il ne s’y passe pas grand chose. C’est une œuvre sur l’instant présent, le caractère anecdotique et insignifiant des choses. Et pourtant, l’ennui n’y a pas sa place. Mieux que ça, le spectateur est complètement happé. Tout d’abord par la beauté des images. Le long-métrage de Tatsushi Omori est celui d’un cinéaste esthète. Il n’est pas si fréquent de voir des films où les plans tutoient d’aussi près la perfection, sans que cela ne soit ostentatoire ou souligné. Le spectateur se met dans la peau de Noriko et découvre lui aussi les nombreux secrets et enjeux des cérémonies du thé. Finalement c’est presque un documentaire que nous donne à voir le réalisateur. Beaucoup apprendront ainsi que pour servir le thé dans les règles de l’art, il faut observer un nombre précis de pas. Gare à celui qui ne respecterait pas cette coutume  ! Il risquerait de s’attirer les foudres de Madame Takeda, la maîtresse de thé du film, incarnée par Kirin Kiki. Une grande dame du cinéma japonais que les cinéphiles connaissent bien. Égérie de Hirokazu Kore-eda, elle a joué dans de nombreux films du cinéaste (Une Affaire de famille, Après la tempête, Tel père, tel fils, etc.). On se souvient également d’elle pour son rôle de grande spécialiste des dorayakis dans Les Délices de Tokyo de Naomi Kawase. Avec Dans un jardin qu’on dirait éternel, elle a trouvé son chant du cygne puisqu’elle nous a quitté peu de temps après le tournage, en septembre 2018.

Bouleversant, le long-métrage de Tatsushi Omori donne également à admirer le talent de Haru Kuroki, déjà lauréate d’un Ours d’argent de la meilleure actrice pour son rôle dans La Maison au toit rouge de Yoji Yamada en 2015. Son émotion lorsqu’elle découvre les nombreux secrets du thé provoque le même sentiment chez le spectateur. Dans un jardin qu’on dirait éternel est un film sur le bonheur. Et chez Tatsushi Omori, celui-ci est communicatif.

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