« Boca a Boca » – Transe contagieuse

© Netflix

Netflix réserve parfois son lot de belles et intrigantes surprises, c’est le cas avec la série originale Boca a Boca (Kissing Game en anglais) réalisée par Esmir Filho. Une production originale conjuguant teen série et film politique.

Après une soirée à l’extérieur de la ville de Progresso située dans une région rurale du Brésil, Fran se réveille et découvre sa meilleure amie Bel dans un état second. Envoyée à l’hôpital, celle-ci développe une tâche noire sur le bord de ses lèvres, et sa peau au niveau du cou laisse entrevoir des vaisseaux roses phosphorescents. Les parents et la directrice du lycée notamment réagissent rapidement, croyant d’abord à un bad trip. Fran et ses deux amis Alex et Chico cherchent alors à tracer l’itinéraire de cette soirée, où une orgie de baisers entre les jeunes a eu lieu, et serait surement à l’origine de cette mystérieuse maladie qui ne tarde pas à gagner la majorité des étudiant.e.s.

De prime abord il s’agit d’une teen série ne manquant pas de faire écho à Euphoria, ou au récent film Knives and Skin ; un concentré esthétique légèrement trash fait de couleurs pop et de tours habiles de mise en scène — à base d’écrans de téléphones et de séances d’ASMR notamment. Néanmoins Boca a Boca se veut être un manifeste plus global sur la situation du Brésil et sur une société aux abois aussi bien humainement qu’écologiquement. La manière dont les jeunes parviennent à être guéris coïncide avec une compréhension de la nature voulue par la « secte » – ce village à l’origine des fêtes – qui se trouve en marge de la ville de Progresso, là où les habitant.e.s de la fazenda (ferme) cherchent à dominer cette nature, à la corrompre et à la modifier — nous ne pouvons que voir une référence à Okja, dans la manière d’aborder la question de l’élevage intensif dans la seconde partie de la série.

Les habitant.e.s et notamment les jeunes héritent de cette détresse émotionnelle que leur a conféré leur environnement, mais aussi leur entourage et leurs parents noyés dans le conservatisme et dans une peur radicale de l’autre. Boca a Boca fait ainsi état de bons nombres de problèmes inhérents au Brésil et à ses mœurs ; l’héritage colonial, les rapports de classes, la difficile acceptation des personnes LGBTQIA+, le capitalisme à outrance des grands propriétaires terriens. La série parvient à livrer un condensé amer de toutes ces problématiques, qui elles dépassent cette jeune génération ultra-connectée, tournée vers un avenir alternatif et vers la résilience. Une résilience qui passe par cette maladie et par l’affrontement des traumatismes qui les nourrissent. La mort de sa soeur jumelle pour Fran, le carcan familial oppressant et le manque d’amour pour Alex.

Pour servir cette série relativement dense de six épisodes un casting des plus attractifs : Thomas Aquino (Bacurau), Michel Joelsas (Une Seconde Mère), Grace Passô (Au Coeur du Monde) et révèle au passage les talents de Caio Horowicz et Iza Morerira. Boca a Boca amorce au passage un potentiel renouveau pour le cinéma brésilien, connaissant actuellement une crise culturelle évidente. Netflix semble être une alternative possible pour porter la voix des combats politiques — la mise en valeur des personnes LGBTQIA+, des personnes racisées, mais aussi la cause environnementale — que le gouvernement cherche progressivement à mettre à mal dans les productions nationales.

Caroline Fauvel

LILLE

Du cinéma et de la musique - Master Métiers de la Culture

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