« Tiempo Después » – Chacun sa place

© Tamasa Distribution

Le 22 juillet dernier sortait en salle le dernier film du réalisateur espagnol José Luis Cuerda Martinez, Tiempo Despuès, fable futuriste sur une lutte des classes sans fin et sans âge.

José Luis Cuerda a tiré sa révérence en février dernier à l’âge de 72 ans après une vie créative fantasque et plurielle au sein du cinéma hispanique, à qui il a offert le culte, Amanece, que no es poco en 1989. Tiempo Después, qu’il écrit peu après, se déroule entre désert et forêt, pauvreté sans âge et confort amadouant. Dans cette hypothétique société de l’an 9177, les nantis vivent dans des cellules climatisées où ils exercent une libre concurrence rationnée avec trois travailleurs par corps de métier autorisés. Des barbiers, un tenancier de bar, une maison close, une bande de jeunes qui perdent leurs élans rebels dans des tirades philosophiques indécises, un berger, un curé libidineux, une démocratie représentative et une monarchie avec à sa tête un roi fou et capricieux au bel accent anglais. Dans cette tour de métal érigée comme le dernier bastion d’une société évanouie, les rescapés du monde entier cohabitent de manière millimétrée. A quelques kilomètres, les chômeurs vivent quant à eux, la tête et les pieds nus sous les étoiles, assemblés en Internationale populaire, condamnés au chômage et à la pauvreté pour des questions de quotas. Garder un taux de chômage exact pour baisser le coût de la main d’oeuvre et maintenir une société aussi stable et inchangée que le sourire millénaire et complice de la Mona Lisa. 

L’histoire c’est celle d’un chômeur qui fait de la citronnade et qui, comme tout le monde, aimerait avoir le droit de la vendre. Une guerre commence, une révolution capitaliste, dans ce monde d’après, où les libertés individuelles et le socialisme se sont taris dans le désert environnant. Chaque chose et chacun à sa place. Les apparences doivent être sauves, les femmes pomponnées, les gens bons, l’ordre établi. C’est dans ce cadre utopique à la croisée des univers de Wes Anderson et de Terry Gilliam, que le réalisateur s’est amusé à dresser le portrait de notre société et de ses incohérences, au milieu d’hommes volants, de citronnade bien fraîche et d’hommes bavards qui ne savent plus ce qu’il est bon de faire. 

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