« The Climb » – La pire descente

© Topic Studios

Un premier long-métrage écrit, réalisé et interprété par Michael Angelo Covino qui à l’image de cette triple casquette épuise non pas pour son dispositif devenu ringard, mais pour son histoire prétexte à un humour pâle et épris de lui-même.

The Climb commence par une ascension. Deux amis en vélo galérant sur les pentes de la Côte d’Azur, comme l’on galère à se dire la vérité. Vous avez pigé. Quand Mike, avec quelques longueurs d’avance sur la route pour ne pas être rattrapé, avoue à Kyle qu’il couche avec sa femme – avec qui ce dernier s’apprête pourtant à se marier d’un instant à l’autre –, c’est une amitié qui se brise. Plus la discussion s’allonge plus les muscles et l’ironie semblent s’étirer pour mieux faire réimpulser la machine de la mise en scène  : tournée en un plan-séquence très mouvant, la séquence passe d’un personnage à l’autre, d’une valeur de plan à une autre, gagnant parfois en vitesse ou en lenteur. C’est ainsi tout le dispositif du film qui se déroule sous nos yeux  : faire du plan unique aux mouvements et humeurs variables une traduction des relations qui se tourmentent à l’idée qu’elles puissent changer, s’écarter, revenir dans l’espoir de se conclure sur une bonne ou mauvaise note (le suspense du plan-séquence est là).

Les femmes sont bonne à marier dans The Climb © Topic Studios

Un film de fesses ?

On ne reprochera pas au film sa certaine virtuosité  : il est vrai que filmer des chamailleries douces-amères entre ces deux personnages tout en évoquant une certaine condition de vie ultra-moderne – Mike sombre dans la dépression et Kyle cherche à se remarier – a ceci d’authentique qu’elle nous en dit beaucoup sur les faux-semblants de notre époque. Après tout, le plan-séquence nous permet d’épier chaque faits et gestes, comme une étude sociologique. Mais nous le dirons jamais assez, si le plan-séquence raconte un dispositif, on se demande à quel moment dans ce film il est réellement question d’une amitié toxique, qui se brise malgré elle – cherchant à se retrouver vers la moitié du film, les deux potes s’engueulent de nouveau puisque Mike finit une nouvelle fois par coucher avec la nouvelle copine de Kyle  ; on ne saurait expliquer pareille redondance. Le film fait germer cette idée d’une routine dans la trahison et la toxicité de la relation, mais s’en sert d’un prétexte à sa mise en scène. Ainsi, au détriment de regarder et écouter une histoire, on nous sermonne de blagues pas drôles sur la masculinité, non pas du point de vue féminin – les femmes sont invraisemblables, traitées comme des objets -, mais parce qu’il est finalement question de deux bourgeois miséreux pour lesquels une déprime qui se la joue facile (faire la gueule, boire) est compensée par une irrémédiable envie de niquer (s’il fallait raconter quelque chose, ce serait l’histoire de gros obsédé.e.s du cul).

Alors quand le film nous vend une ascension de l’amitié par les obstacles ténébreux et déprimants que l’on serait enclin de vivre, on parlerait plus de descente à grande vitesse, quasi en roue libre, au cours de laquelle le dispositif est épris de lui-même, où l’humour des personnages est finalement celui de la mise en scène – on pense beaucoup à Haneke et Ruben Ostlund, ce qui est donc à ne pas mettre à son crédit. Cette majesté dans la comédie, qui se place au-dessus de son intrigue et des enjeux de celle-ci, n’aura pas pris la bonne échappée.

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