« On grandit dans un monde où les violeurs sont cautionnés » : à Lyon, la colère s’élève contre le remaniement ministériel

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Ce vendredi, plus de 500 militant-es se sont rassemblé-es à Lyon pour protester contre les récentes nominations de Gérald Darmanin et Éric Dupond-Moretti aux ministères de l’Intérieur et de la Justice. Un rassemblement national initié par le collectif féministe Nous Toutes marqué par la colère et la sidération.

18h30. Quelques groupes patientent, pancartes à la mains, place de l’Opéra à Lyon. Le ciel orageux et les averses annoncées n’arrêtent pas les quelques centaines de militant-es venu-es manifester contre le nouveau gouvernement dirigé par Jean Castex annoncé le 6 juillet dernier. Un remaniement ministériel qui fait beaucoup de bruit au sein des mouvements féministes et sur les réseaux sociaux. En effet, le ministre promu à l’Intérieur Gérard Darmanin s’est vu accusé de viol en 2017 par une certaine Sophie Patterson-Spatz mais cela ne semble pas inquiéter le nouveau premier ministre qui assumait totalement sa nomination mercredi matin sur RMC. S’ajoute à cela les positions très critiques du ministre à la Justice Eric Dupond-Moretti fortement opposé au mouvement #MeToo qui proclamait en 2015 à propos de l’affaire DSK : «  Il n’en reste pas moins qu’il s’agit d’une affaire de copains qui s’offrent du bon temps. »

Sur les pancartes, on peut lire des slogans coups de poings «  Ras le bol des représentants illégitimes », «  Ministre violeur assassin », «  Ministre violeur, Macron menteur » ou encore «  La culture du viol est en marche. » Derrière les masques, des femmes majoritairement, mais aussi quelques hommes alliés venus soutenir le mouvement, des jeunes et des moins jeunes marchant ensemble jusqu’à la place Bellecour où le collectif des colleur-euses lyonnais-es placarde des pancartes sur les grillages autour de la statue de Louis XIV.

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Culture du viol en avant, droits des femmes en arrière

Une décision gouvernementale qui inquiète les militantes sur l’avenir de la condition des femmes en France et sur l’hypocrisie politique ambiante «  Au lieu d’aller de l’avant, on fait dix pas en arrière » déclare Sarah*, 21 ans, venue élever sa voix auprès des autres manifestant-es avant de rétorquer «  Tous nos droits ne sont pas acquis et pourraient nous être retirés à n’importe quel moment. »

Quelques mois à peine après la polémique Polanski aux Césars et le fameux «  On se lève et on se barre », dictée par Virginie Despentes en soutien à Adèle Haenel , la colère est à son comble et semble renforcer l’idée que la culture du viol déjà bien installée dans le pays. « J’ai pas envie de vivre dans un pays qui “soi disant” est un pays des droits de l’homme et de la liberté mais où l’on met des violeurs et des complices au gouvernement » s’exclame Marie*, 15 ans, jeune étudiante qui assiste ce jour là à sa première manifestation féministe. Un ras le bol général qui se hisse chez ces militant-es qui n’en peuvent plus de voir «  un gouvernement illégitime qui ne nous ressemble pas » selon les mots de Marie.

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«  Macron menteur, Ministre violeur »

Un gouvernement qui a pourtant fait de l’égalité homme – femme son cheval de bataille dès l’élection d’Emmanuel Macron en 2017 avec, notamment, la nomination de Marlène Schiappa en tant que secrétaire d’État en charge de l’égalité femmes – hommes. Des paroles et des promesses bancales quand on regarde ce qui a été fait depuis. Trois ans après, «  la Grande cause du quinquennat » comme le chef de l’état se plaît à la nommer, semble bien factice à l’annonce du remaniement ministériel constitué d’un homme accusé de viol. Si la présomption d’innocence ne cesse d’être invoquée par les représentant-es politiques pour la défense de Gérard Darmanin, il n’en reste pas moins que cette nomination devient un symbole qui pose problème et va à contre-courant des promesses gouvernementales. Pour l’heure, l’argument de la lutte contre les violences et les inégalités faites aux femmes semblent détenir plus de paroles que d’actes et de décisions concrètes.

Soutien sans failles

Ce deuxième rassemblement succède à une petite manifestation qui s’était déroulée le lendemain de l’annonce des ministres, notamment devant le Ministère de l’Intérieur à Paris mais aussi à Lyon. Ce vendredi, c’est une foule dense qui foule les trottoirs de la ville et scande des slogans symboliques dont le traditionnel «  Nous sommes fort-es, nous sommes fier-es, et féministes et radicales et en colère. »

Chez tous.tes les militant-es, la même impulsion et l’urgence à se mobiliser pour protester contre ce nouveau gouvernement qui ne respecte pas les victimes comme le soulignent les mots d’Alice*, 22 ans « On a besoin de se faire entendre, pour montrer qu’on est là et qu’il y a pleins de gens qui sont pas d’accord avec ça et soutenir toutes les victimes qui face à ce remaniement subissent déjà de l’invalidation et de la remise en question par rapport à leur vécu. » Une manifestation qui s’inscrit dans la droite lignée de la lutte contre les violences faites aux femmes avec l’apparition récente du hashtag #IWas sur Twitter avec lequel des victimes témoignent de viols et agressions ou harcèlement en précisant l’âge qu’elles-ils avaient au moment des faits ou encore la vague de dénonciations qui déferle sur les réseaux (Je Te Crois).

En attendant une réaction du gouvernement face aux récentes mobilisations, un certain scepticisme flotte au dessus des manifestant-es sur un quelconque changement politique immédiat. Mais subsiste tout de même un espoir en la nouvelle génération et la jeunesse qui portera le monde d’après à travers les mots de Marie* “J’ai espoir quand je vois des manifestations comme ça, quand il y a des gens de mon âge et même un peu plus vieux qui se rassemblent qui sont pleins de colère et d’espoir, les gens se rendent de plus en plus comptent sur les réseaux sociaux, partout. »

*pour préserver l’anonymat, le prénom des manifestant-es ont été modifiés.

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Pauline Pitrou

Lyon / Paris

Fervente prêtresse de la pop française et de tout ce qui s'écoute avec le coeur.

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