« Né à Jérusalem (et toujours vivant) » – La violence en héritage

© Copyright Shai Goldman

Et si Jérusalem vous était conté… à travers les attentats qui ont marqué ses murs ? C’est le pari de Yossi Atia et David Ofek pour leur premier long métrage, Né à Jérusalem (et toujours vivant). Un film fort sur l’histoire d’une ville où la violence est entrée dans le quotidien.

Ronen Matalon est un jeune israélien qui a grandi dans la rue Jaffa. Cette rue n’est pas comme les autres, puisqu’elle concentre à elle seule le plus grand nombre d’attentats au monde. Mais l’histoire attachée à cette rue se tait peu à peu sous les yeux de Ronen : on dit aux touristes que la violence n’existe plus depuis longtemps, que cette rue est désormais tout à fait banale.

Lorsqu’il rencontre une guide touristique au récit un peu trop édulcoré, Ronen a l’idée de montrer le quartier touristique de Jérusalem à travers les attentats qui y ont eu lieu. « Ne la croyez pas, il y a 15 ans encore ce marché était une zone de guerre ». ces mots éclatent au visage de la guide pour revendiquer un passé qui s’éteint dans l’indifférence générale. Pour sa première visite, il emmène deux étudiants étrangers dans cette longue traversée au coeur de la souffrance et des larmes de sa ville. Très vite, les récits de Ronen attirent des touristes curieux. Son premier baiser, sa première fois, tous les instants forts de sa vie sont liés au souvenir d’un attentat sanglant.

Lors d’une des visites, Ronen rencontre Asian, jeune israélienne partie étudier en Espagne. Une histoire d’amour tendre mais distante va rapidement naître entre eux. Asian représente tout ce que Ronen n’est pas, une femme libre et libéré des traumatismes de son enfance, qui veut aimer cet homme qu’elle n’arrive jamais vraiment à atteindre. 

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Ronen Matalon est un homme prisonnier de l’histoire de son pays, et de cette ville qu’il aime tant. Le souvenir des bombes, des cris, de la peur l’accompagnent chaque nuit dans ses cauchemars. Obsédé par la mémoire de ces attaques, et dévoué corps et âme à son père malade, il en oublie de regarder celle qu’il aime et qui est dans ses bras. Le monde qu’il fuit, celui qui reste, Ronen ne parvient pas à choisir et reste comme enfermé dans des murs invisibles qui l’empêchent de construire sa vie d’homme libre. 

Le film est inspiré de la véritable visite guidée mise en place par Yossi Atia, qui fit parler d’elle jusqu’aux Etats-Unis, où le New York Times relate en 2012 son combat contre l’omerta qui passe sous silence des centaines de vies perdues. 

Jérusalem, symbole de violence et de paix, ouvre grand les portes de son histoire et de ses blessures. Sans jamais être moralisateurs, Atia et Ofek parlent de liberté et de vie plus que de politique. Si le film a quelques lenteurs, il puise une force constante dans des personnages attachants et charismatiques. Lihi Kornowski est lumineuse dans le rôle d’Asian, et irradie une force et une sensibilité tout simplement bouleversantes. Les deux réalisateurs offrent un portrait percutant, tragique et malgré tout drôle d’une ville prise entre un passé étouffé et un futur qui peine à venir. 

Prix du meilleur premier film au Festival International du Film de Jérusalem 2019, Né à Jérusalem (et toujours vivant) est film poignant sur un quotidien teinté de deuil, sur un besoin fort de liberté mais aussi de mémoire. Comment vivre avec la violence au quotidien ? Et quelles sont les conséquences de ces souvenirs pour les générations futures ? C’est le poids d’un conflit sur une population qui a pour seul envie d’être heureuse, d’avancer tout en oubliant jamais. 

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