#MusicTooFrance : un compte Instagram brise le silence des violences sexuelles dans l’industrie musicale

© Noémie Coissac

Depuis le samedi 18 juillet et jusqu’au 30 septembre, le compte Instagram #MusicTooFrance recueille les témoignages de violences sexistes et sexuelles dans le monde de la musique. Une initiative à visée libératrice lancée par un collectif anonyme de personnes issu-es du secteur.

Samedi dernier, un hashtag poignant et nécessaire a émergé sur la planète Instagram. Calqué sur le modèle du mouvement #MeToo rendu célèbre en 2017 avec l’affaire Weinstein, le compte #MusicTooFrance met à disposition un questionnaire anonyme pour permettre aux victimes de témoigner. Déjà relayé par plusieurs artistes du milieu parmi lesquelles les chanteuses Pomme, Camélia Jordana ou encore Mélissa Laveaux, le compte cumule à ce jour près de 1600 abonné-es en moins de quatre jours.

De #MeToo à #MusicTooFrance

«  1 femme artiste sur 3 a été agressée ou harcelée sexuellement dans l’industrie musicale en France » c’est ce que nous montre l’enquête dévoilée par CURA Collectif et la GAM au MaMA Convention en octobre dernier. Un constat frappant qui en dit long sur l’omerta qui plane sur l’industrie musicale. Si de multiples tentatives ont été à ce jour observées, comme le précise le collectif dans son manifeste, le #MeToo dédié à la musique n’est pas encore gagné. C’est en écho au courageux témoignage de Emily Gonneau, directrice de Nüangency, que naît le projet du collectif qui explique dans son manifeste “Nous reprenons aujourd’hui le hashtag #MusicToo, utilisé notamment par Emily, pour donner un nouveau souffle à la libération de la parole dans l’industrie musicale. »

Accueillir les paroles des victimes

A l’aide d’un questionnaire en ligne, #MusicTooFrance offre un espace de paroles aux personnes qui voudraient témoigner. Basé sur le principe de l’anonymat, -afin de protéger les victimes de toute procédure de diffamation qui s’avèrent courantes lorsqu’ils s’agit de plaintes pour agressions sexuelles- , #MusicTooFrance souhaite “associer des agressions et violences entre elles, commencer à dessiner des profils et rassembler des plaintes. » Dans leur manifeste, les fondateurices précisent qu’iels se sont associé-es avec des avocates et des associations pour assurer un suivi psychologique et juridique auprès des victimes. Le formulaire reste accessible jusqu’au 30 septembre sur la plateforme.

Vers la fin du silence ?

Le compte #MusicTooFrance arrive en pleine vague d’un mouvement de libération des paroles dans l’industrie musicale qui prenait doucement son élan l’année dernière dans la sphère médiatique. En effet, en avril 2019 Télérama publiait le reportage “choc » Sexisme dans la musique : changez de disque, les machos, une longue enquête menée par la journaliste Valérie Lehoux qui marquait une première prise de conscience de l’atmosphère misogyne observée dans le secteur musical. S’en suit la publication du manifeste de la création du collectif F.E.M.M : Femmes Engagées des Métiers de la Musique, signé aujourd’hui par près de 2 000 professionnelles du secteur. 

En novembre 2019, Emily Gonneau, directrice de l’agence de communication Nüangency publiait sur son blog personnel un long témoignage sur son agression sexuelle subie par un homme puissant de l’industrie. Elle reste à ce jour, la seule femme du secteur musical à avoir témoigner à visage découvert. En février 2020, c’était au tour de Camille et Julie Berthollet de briser le silence pour Loopsider sur les multiples harcèlements et agressions qui sévissent dans le monde de la musique classique. Récemment, la création du compte Instagram d.i.v.a.infos initiée par la journaliste Lola Levent, propose une base de ressources sur le sexisme et les violences sexuelles dans l’industrie de la musique.

Des prises de paroles et initiatives fortes qui soulèvent un nouvel espoir pour une industrie musicale plus juste et la fin de l’impunité pour les agresseurs-euses. Avec l’action #MusicTooFrance, un nouveau chapitre s’ouvre et laisse entrevoir les prémices d’un mouvement de libération de la parole dans un secteur jusqu’à présent noyé dans le silence, le comble pour un milieu qui se veut si mélodieux !

Pauline Pitrou

Lyon / Paris

Fervente prêtresse de la pop française et de tout ce qui s'écoute avec le coeur.

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