« Longue vie » de Stanislas Moussé – Suivre son chemin de petit bonhomme

© Le Tripode

Si vous n’aimez pas vous perdre dans le dédale d’une planche de bande dessinée, passez votre chemin  ! Car pour suivre la modeste épopée de ce berger devenu roi, il faut savoir s’égarer dans les ornements du décor et le fourmillement des personnages.

Alors qu’il fait paisiblement paître ses moutons à flanc de montagne, un berger voit au loin ses voisins se faire tuer par des bandits. N’écoutant que son courage, il part promptement à leur secours. Commence alors un long voyage étonnant à travers un royaume peuplé de créatures et de crapules.

Après Chaos, un premier album publié en 2018 par Superloto Éditions, Stanislas Moussé revient avec Longue vie aux éditions Le Tripode. On peut voir cette BD comme un album ludique de type Où est Charlie ? transposé dans un univers médiéval fantastique. Des créatures, à mi-chemin entre le cyclope et le mollusque, côtoient poneys et oiseaux dans la forêt et le lecteur s’amuse à suivre les petites saynètes éparpillées sur une planche. Quand la violence fait irruption dans ce petit monde, l’univers bascule brusquement du côté de Game of Thrones.

© Le Tripode

L’art du détail

La pierre angulaire de Longue vie, ce sont ses détails. Dans cette BD, aucune bulle, aucun cartouche ne viennent bousculer les dessins. Chaque planche, composée à chaque fois d’une seule case, est une gravure ciselée. Stanislas Moussé s’amuse à reproduire minutieusement un monde miniature qui prend toute son ampleur dans les scènes de bataille. La confusion de la mêlée et la profusion des détails rappelle souvent les représentations de batailles des tapisseries médiévales. D’autre fois, c’est la sobriété qui l’emporte, toujours avec humour.

Violence sans paroles

Longue vie est un savant dosage d’humour noir très espiègle. C’est la violence qui surgit d’où on ne l’attend pas. C’est la naïveté des dessins qui devient brutale. C’est l’humour qui contraste avec l’horreur. C’est le mignon qui devient cruel. Loin de rendre la bande dessinée austère l’absence de texte est pour beaucoup dans l’ironie  : toujours solennels ces petits bonshommes qui se battent à tour de bras sont constamment tournés en dérision. Des bandits de grands chemins, à la bataille rangée en passant par les vikings, tout arrive à ce petit berger qui se trouve toujours au mauvais endroit au mauvais moment mais poursuit vaillamment son ascension.

Projet singulier et audacieux, cette chanson de geste imagée fascine par le détail et amuse par son ton. Une expérience à prolonger puisque la suite de Longue vie est prévue pour l’automne.

Longue vie – Stanislas Moussé, Le Tripode, 20€ – Sortie le 28 mai 2020

Pas encore de commentaires

Laissez un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée.