Gisèle Halimi, pour la cause des femmes

© Marie-Lan Nguyen

Gisèle Halimi est morte le mardi 28 juillet 2020. Avocate, députée et écrivaine, grande féministe, elle s’est battue pour le droit à l’avortement, la criminalisation du viol ou encore la dépénalisation de l’homosexualité. De son temps, Gisèle Halimi était pourtant perçue comme la féministe qui allait « trop loin. »

Une enfance marquée par le système patriarcal

Née le 27 juillet 1927 dans un quartier populaire de Tunis, Gisèle Halimi est, dès l’enfance, marquée par les injustices du système patriarcal. Son père met plusieurs semaines à avouer sa naissance. Elle expliquera «  On me montra la malédiction d’être une fille. » De cette malédiction elle en fait une force : grâce à une grève de la faim de 3 jours, et à seulement 12 ans, elle obtient de ses parents de ne plus être au service de ses frères. Elle écrit dans son journal intime ce jour-là : « Aujourd’hui j’ai gagné mon premier petit bout de liberté. »

« On me montra la malédiction d’être une fille. »

Gisèle Halimi à propos de son enfance

À 15 ans elle refuse un mariage arrangé avec un marchand d’huile de 35 ans, et obtient l’autorisation d’aller faire ses études en France. Licenciée de droit et de philosophie, elle est aussi étudiante à Sciences Po Paris. En 1949, elle devient avocate au barreau de Tunis avant de revenir exercer en France en 1956.

La grande bataille pour l’avortement

Marie-Claire, 16 ans, devant un juge pour avoir avorté à la suite d’un viol : scène banale en 1972. Et pourtant, ce qu’on appelle désormais le procès de Bobigny marque un tournant pour les droits des femmes. Alors avocate de l’accusée, Gisèle Halimi se bat pour sa cliente, qui, même si elle a avoué les faits et dit ne pas les regretter, ne sera pas condamnée dans une France où l’IVG est illégal. Une première à l’époque. L’avocate ira encore plus loin puisqu’elle permettra à la mère et aux deux amies de l’accusée, qui l’avaient aidé, de ne pas être condamnées non plus. Cette affaire, qui fait alors jurisprudence, préfigurera la loi Veil sur l’IVG votée en décembre 1974 et promulguée en janvier 1975.

Elle signe le manifeste des 343 en 1971, la fameuse pétition où des centaines de femmes avouent avoir avorté, s’exposant à des poursuites pénales. Elle explique : «  J’ai avorté à des moments de ma vie où j’avais absolument senti qu’il ne m’était pas possible d’assumer une naissance (…) car assumer une naissance c’est assumer une vie et ça il faut être capable de le faire. Quand je n’ai pas été capable de le faire j’ai avorté et personne au monde n’aurait pu m’en empêcher. » La même année, elle fonde avec Simone de Beauvoir le mouvement Choisir la cause des femmes, qui participera à la lutte féministe et organisera la défense de nombreuses femmes maltraitées.

Avocate et députée engagée

Avocate, elle milite aussi pour la décolonisation de la Tunisie et de l’Algérie. Elle défend d’anciens membres du Front de Libération Algérien (FLN), dénonçant la torture pratiquée par les soldats français en Algérie. Elle est notamment l’avocate de Djamila Boupacha, militante du FLN, torturée et violée par des soldats français en détention.

Elle participe à la criminalisation du viol en défendant en 1978, dans un procès très médiatisé, celui d’Anne Tonglet et d’Araceli Castellano, deux jeunes femmes victimes d’un viol collectif. Cela contribuera à l’adoption d’une loi en 1980 définissant le viol et l’atteinte à la pudeur comme des crimes, alors qu’ils n’étaient considérés que comme des délits.

Engagée en politique, Gisèle Halimi est députée de 1981 à 1984 pour le groupe socialiste. Porte-parole des quotas par sexes sur les listes électorales, elle milite aussi contre la peine de mort et pour la dépénalisation de l’homosexualité. Mais face à certains de ses projets qui n’avancent pas, elle évoquera un « bastion de la misogynie.  »

La détermination d’aller plus loin

Elle qui aimait se surnommer l’avocate « irrespectueuse » avait un caractère bien trempé. En témoigne un échange avec le président De Gaulle : « Dois-je vous appeler Madame ou Mademoiselle ? » « Appelez-moi Maître, monsieur le Président ». Au caractère il fallait rajouter le courage de défendre ses convictions même critiquée, voire injuriée. Cette féministe, qui bousculait les lois bien volontiers, citait René Char : «  ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards ni patience.  » Accusée d’aller trop loin, c’est pourtant grâce à sa détermination que de nombreuses lois qui semblent acquises aujourd’hui ont pu voir le jour à une époque où elles n’étaient pas évidentes.

Gisèle Halimi est l’une des femmes qui a prouvé par sa vie et par ses combats que le féminisme demande de repousser les limites de la société patriarcale, qu’il va bien plus loin que l’« humanisme  » qu’aime évoquer le président Macron. Laurence Rossignol, présidente de l’Assemblée de Femmes, sénatrice socialiste et ancienne ministre des droits des femmes rappelle : « A l’heure où disparaît Gisèle Halimi, le féminisme est sous le feu des critiques. Ses excès ont pourtant été autant de victoires pour la cause des femmes. »

2 commentaires
    1. Bonjour,
      Nous sommes désolés pour cette erreur. Nous portons une grande attention aux droits d’auteur mais parfois certaines photos échappent à notre vigilance. Par conséquent, la photo a été supprimée de notre site.
      Avec toutes nos excuses.
      Agathe Kupfer, rédactrice en chef de la rubrique Société

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