En Russie, démocratie en péril et retour du tsarisme après le scrutin

© Presidential Press and Information Office du Kremlin

Alors que le Covid-19 sévit encore en Russie, Vladimir Poutine oeuvre, à grands coups de réforme constitutionnelle, pour se maintenir à la tête du pays. Approuvé le 1er juillet à presque 78 % des voix, le texte lui permet de rester président jusqu’en 2036, même si le caractère démocratique du scrutin est mis en doute.

Vladimir Poutine, un président tenace

Vladimir Poutine est arrivé au pouvoir en 2000. En 2008, après deux mandats, il est contraint de laisser sa place à Dimitri Medvedev. En effet, la constitution russe interdisait à un président de cumuler plus de deux mandats d’affilés. Entre 2008 et 2012 il a été président du gouvernement, équivalent de premier ministre, et n’a donc pas réellement perdu le contrôle du pays. Puis de nouveau élu chef d’état, il le reste jusqu’en 2018 puisqu’entre temps, le mandat présidentiel passe de 4 à 6 ans. Réélu en 2018, il devait rester président jusqu’en 2024 avant de devoir à nouveau céder sa place. Mais le 15 janvier 2020, Vladimir Poutine annonçait vouloir engager une réforme constitutionnelle, au nom du «  changement » qu’aurait réclamé le peuple russe.

Cette dernière prévoit la possibilité pour le président de « repartir de zéro », donc d’effacer symboliquement l’effet de ses deux derniers mandats sur son éligibilité pour 2024. Ainsi il pourrait cumuler deux mandats supplémentaires. Nous serions en 2036, il aurait 83 ans et serait à la tête du pays depuis plus de 35 ans.

Mais après 20 ans au pouvoir, Poutine est soupçonné de trafiquer les élections, notamment les élections présidentielles. En 2018 par exemple, l’opposant Alexeï Navalny n’a pas été autorisé à se présenter aux élections. Selon un sondage de la TASS, principale agence de presse russe, publié à quelques jours du scrutin de 2018, plus de la moitié de la population n’était pas capable de citer plus de 4 candidats à l’élection.

Ce scrutin non plus n’a pas échappé aux soupçons. En raison de la crise sanitaire qui frappe encore le pays, le «  vote populaire » prévu le 22 avril a été repoussé et étalé entre le 25 juin et le 1er juillet. Le peuple a approuvé cette réforme à presque 78 %. Face à un score aussi élevé les doutes subsistent sur le caractère réellement démocratique du vote. Pour d’autres ce n’est pas une surprise puisque Vladimir Poutine bénéficie d’une grande popularité auprès de sa population. Cette dernière ressentirait le besoin d’une certaine stabilité que Poutine leur apporterait, alors pourquoi changer de président ? Mais si Poutine empêche l’opposition de se faire une place, personne ne peut rivaliser avec lui aux yeux des russes. Finalement, ce vote prend plus la forme d’un plébiscite que d’un scrutin démocratique.

Un scrutin à la façade démocratique

Ce « vote populaire » laisse certains perplexes. Par exemple, même si le mécanisme du referendum est prévu par la constitution russe, il est très encadré (règles de financement, présence d’observateurs indépendants, sanctions en cas de violations, etc). Pour ne pas s’embarrasser de telles contraintes, le gouvernement russe n’a pas voulu utiliser la formule de « referendum », et a préféré le champ lexical de la consultation. Pourtant, dans les faits, il s’agissait bien d’un referendum.

Le scrutin a d’ailleurs pris des allures de farce : certains bureaux de vote se tenaient en pleine rue ou proposaient une loterie avec des cadeaux pour les participants au vote. Des fonctionnaires ont subi des pressions visant à les faire voter. En somme, ni la surveillance effective du scrutin ni les valeurs démocratiques de liberté n’ont été assurées. C’est pour cette raison que Alexeï Navalny qualifiait ce vote «  d’énorme mensonge. »

La scène internationale a réagi aux résultats : Peter Stano, porte-parole du chef de la diplomatie de l’Union européenne a regretté l’absence de campagne électorale « ce qui a privé les électeurs de l’accès à une information équilibrée et à un débat approprié pour apporter des changements aussi importants. »

Notons aussi que si l’enjeu principal de cette réforme est la place de Vladimir Poutine à la tête de la Russie, elle cache d’autres mesures. Parmi ces dernières on retrouve la consécration du mariage comme une institution purement hétérosexuelle, la foi en Dieu, la supériorité de la constitution russe sur le droit international, ou encore l’enseignement patriotique. Autant de projets qui semblent être les instruments d’un repli de la Russie sur elle-même, et un rejet des influences de la société occidentale moderne.

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