Elections présidentielles en Pologne : le nationalisme au cœur des programmes

© Krzysztof Pacholak / Greenpeace Polska / Flickr

Le 28 juin dernier se tenait le premier tour des élections présidentielles en Pologne. Le président nationaliste sortant, Andrzej Duda, possède une large avance sur ses concurrents, après avoir usé de réformes économiques et sociales traditionalistes dissimulant l’instauration d’un Etat aux prérogatives démesurées.

Au soir où en France, le Rassemblement National se félicitait de la conquête de Perpignan, première ville de plus de 100 000 habitants, de l’autre côté de l’Europe, le vote nationaliste connaissait également un regain de popularité. En Pologne, on se réjouissait de l’arrivée en tête du candidat national-conservateur Andrzej Duda, avec 43 % des suffrages. Déjà au pouvoir depuis les dernières présidentielles de 2015, sa notoriété s’explique surtout par le maintien d’une croissance élevée, et d’un taux de chômage parmi les plus bas d’Europe.

Même s’il caracolait en tête des sondages, les intentions de vote le concernant avaient baissé de près de 20 points, après que celui-ci se soit décidé à maintenir les élections en mai malgré l’épidémie de coronavirus. Le maire de Varsovie, Rafal Trzaskowski, avait alors sauté sur l’occasion en annonçant le 15 mai sa candidature, permettant à son parti Plateforme Civique, de centre-droit, d’accéder au second tour, avec 30 % des suffrages. Sa candidature avait alors été perçue par de nombreux Polonais comme un signe d’espoir pour échapper aux griffes de l’extrême-droite.

Un conservatisme social avéré

Le succès de PiS s’explique tout d’abord par l’adhésion à une vision traditionnelle de la société, soutenue par l’Eglise catholique. Ainsi, Duda promet l’élaboration d’une «  Charte de famille  », avec dans le viseur les personnes LGBTQI+, et l’interdiction de ce qu’il appelle la «  propagande LGBT. » Dans ce cadre, il souhaite responsabiliser les parents quant à l’éducation sexuelle de leurs enfants et à l’influence qu’ils peuvent avoir sur leurs activités extrascolaires.

Cette homophobie grandissante en Pologne fait nécessairement écho aux événements de l’année dernière, avec l’apparition de violents groupes d’extrême-droite lors de la Marche des Fiertés. Dans certaines villes de l’est du pays, comme à Lublin ou Bialystok, des militants ultranationalistes et hooligans néonazis avaient fait irruption lors de la Pride, avant de scander des propos homophobes ou de jeter des pierres et bouteilles sur les manifestants. Dès lors, près d’une centaine de comtés se sont peu à peu déclarés «  libres de toute idéologie LGBT  », autrement dit devant s’abstenir de toute action qui pourrait être une preuve de tolérance à l’égard des personnes LGBTQI+.

Sur cette question, le libéral-conservateur Trzaskowski prend le pas inverse de son rival et veut mettre en place des cours d’éducation sexuelle comme définis par l’OMS et soutenir les élèves victimes de harcèlement. Pour autant, il ne s’estime pas favorable au mariage homosexuel, mais préfère la mise en place d’une union civile pour les couples de même sexe. Il est par ailleurs opposé à une législation plus sévère en ce qui concerne l’avortement, suite à une proposition de loi datant de 2 mois destinée à durcir les conditions de l’IVG, en l’interdisant en cas de malformation du fœtus. Cette décision a été finalement rejetée mais renvoyée en Commission, Andrzej Duda ayant déclaré qu’il n’hésiterait pas à signer la loi.

Krzysztof Bozak, arrivé quatrième à l’issue du premier tour avec près de 7 % des voix, dont son parti, Coalition civique, se classe à droite du parti PiS, soutient aussi des idées plus que conservatrices. Le report de votes pour le second tour pourrait jouer dans la balance, d’autant plus que selon un sondage Ipsos réalisé à la suite des élections législatives d’octobre dernier, plus de 20 % des 18-29 ans ont accordé leur vote à ce mouvement.

La promotion d’un modèle méfiant de l’Union européenne

Depuis cinq ans, le parti PiS se refuse d’appliquer toute mesure concernant les quotas d’immigration de l’Union européenne, et n’a dans ce cadre accueilli aucun réfugié. Cette méfiance vis-à-vis de décisions communautaires s’explique aussi par la réticence du président sortant à coopérer dans le cadre de l’UE, considérant que cette dernière profite principalement à la France et à l’Allemagne. Bozak est quant à lui plus radical, et veut faire sortir la Pologne de l’Union Européenne.

Tout le contraire de la position de Plateforme Civique, dont un ancien premier ministre était président du Conseil européen de 2014 à 2019, Donald Tusk  ; le candidat en lice, Rafal Trzaskowski, souhaite renforcer la coopération européenne, de même qu’avec les membres de l’OTAN. Szymon Holownia, journaliste, et candidat indépendant, arrivé en troisième position avec 13 % des suffrages, se place aussi favorablement pour une meilleure intégration européenne.  

Même si Duda reste sceptique sur un quelconque projet de défense au niveau de l’UE, il se montre plutôt tendre avec les Etats-Unis, et en a même profité pour rendre une petite visite à Donald Trump la semaine dernière, à quatre jours du scrutin tant attendu. L’occasion pour ce dernier de déclarer que «  Le président Duda travaille très bien en Pologne. Il fait un travail formidable (…) Je ne pense pas qu’il ait besoin de mon aide.  »

La Pologne, un Etat démocratique ?

Au cours de la précédente mandature, le parti Droit et Justice a mené certaines réformes houleuses, à commencer par la réforme de la justice, ayant pour objectif, selon le gouvernement, de mettre fin aux dernières traces de l’époque communiste. Ainsi, l’abaissement de l’âge de la retraite a été voté pour certains magistrats, entrés en fonction avant 1989, ainsi qu’une sanction pour les juges qui s’opposeraient aux réformes judiciaires. La Cour de Justice de l’Union Européenne a dénoncé ce vote par la Chambre basse, en raison de la mise en péril de l’Etat de droit.

Ce serait sans compter sur la réforme des médias nationaux, visant à imposer une totale impartialité. Elle s’est traduite par une nomination par le pouvoir des dirigeants de grands médias, amenant en conséquence une censure sur toute expression d’opposition.

De son côté, le maire de Varsovie a promis que s’il était élu, il n’autoriserait pas «  les tentatives de violation de la Constitution ou de l’état de droit  », en réponse aux nombreux désaveux de l’Union européenne sur ces questions.  

Le résultat du scrutin du 12 juillet prochain s’annonce très incertain, en sachant qu’il y aurait au moins 10 % d’indécis, et que l’abstention n’a jamais été aussi faible. Le président sortant reste critiqué pour sa gestion de la crise sanitaire, et le report de votes du candidat indépendant et de ceux ne partageant pas majoritairement les idées de PiS pourrait avoir un impact non négligeable. Les libéraux brillent surtout auprès d’un électorat diplômé, urbain ; la participation dans les petites communes du sud et l’est du pays sera donc déterminante.

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