Décès d’Olivia de Havilland, dernière témoin de toute une époque

 Olivia de Havilland et Arthur J. Dodd à Kodiak, Alaska, (1944)

Dimanche 26 juillet, Olivia de Havilland s’est éteinte dans son domicile parisien à 104 ans. Hollywood perd sa plus ancienne étoile qui brillait depuis la moitié des années trente.

Les films de Olivia de Havilland sont assez méconnus du grand public pour plusieurs raisons. D’abord, les films sont relativement anciens mais surtout le Hollywood de cette époque est à la fois connu pour la qualité de ses réalisateurs, de ses acteurs que pour l’aspect industriel de son cinéma. En effet, il est très courant que les réalisateurs les plus respectés comme Hawks, Ford ou encore Walsh soient régulièrement au générique de deux films par ans. Michael Curtiz, réalisateur qui a porté Olivia à ses premières nues, a réalisé de nombreux films mémorables comme le légendaire Capitaine Blood ou Les Aventures de Robin des Bois, tous les deux avec le tandem mythique Flynn/Havilland. Toutefois, un seul film, Casablanca, semble trôner comme un géant au sein d’une filmographie de plus d’une centaine d’œuvres.

Le Casablanca de Havilland est un des plus grands succès commerciaux aux États-Unis, Autant en Emporte le Vent dans lequel, à tout juste 23 ans, Oliva se fait remarquer dans un registre plus dramatique, et ce, malgré une distribution prestigieuse avec notamment le couple Gable/Leigh très important pour la mythologie américaine. Donc non seulement les apparitions d‘Havilland sont très fréquentes dans une période éloignée mais en plus elle est à jamais attachée au rôle de Mélanie qui a plané au-dessus d’elle pour le reste de sa carrière. Pourtant comme Curtiz, la filmographie de Havilland est parsemée de perles qui ne demandent qu’à être vues ou redécouvertes.

William Lundigan, Henry O’Neill, Olivia de Havilland & Errol Flynn dans La Piste de Santa Fe (1940) de Michael Curtiz

Tout comme sa sœur, Joan Fontaine, avec laquelle Olivia entretenait une très célèbre discorde, Olivia a reçu l’Oscar de la meilleure actrice. Une première fois en 1947 pour À Chacun son Destin et en 1950 pour un rôle très important, celui de Catherine Sloper, héritière qui prends peu à peu conscience que son amour pour ses proches n’est comblé que par une fausse réciprocité intéressée dans L’Héritière de Wyler. Ce genre de film assez mélodramatique s’inscrit dans une mouvance d’après guerre, d’héroïnes assez fortes et indépendantes comme Cluny Brown ou Mildred Pierce. On retiendra aussi sa présence dans le baroque Chut… chut, chère Charlotte de Robert Aldrich aux côtés de Joseph Cotten et de son amie Bette Davis.

L’opinion judiciaire «  De Havilland »

Au début des années quarante, les acteurs étaient encore plus considérés comme du bétail, signant des contrats particulièrement léonins, que l’acteur soit rentable ou non. Par exemple, un acteur pouvait prendre un engagement d’une durée de plusieurs années mais il était sous-entendu alors, que cette durée ne prenait en compte que la durée de travail effectif donc un contrat de cinq ans pouvait se repartir en décennies. Plusieurs grandes divas hollywoodiennes comme Bette Davis, se sont insurgées sans succès contre cette injustice qui était considérée comme tout à fait normale alors, et faisait partie intégrante de la domination du studio system. Suite à des différents artistiques avec la Warner incarné par le plus tenace des frères Warner, Jack  ; Havilland voulut partir travailler pour un autre studio mais était pieds et poings liés à cause de son contrat. Olivia de Havilland gagna son procès et la durée des contrats coïncide depuis, avec la durée du calendrier.

Olivia de Havilland était peut-être moins connue que les grands monstres sacrés de son époque comme Greta Garbo, Katharine Hepburn ou Liz Taylor, pourtant son héritage est clairsemé de films assez formidables source infinie de plaisir et d’émotions pour tout spectateur averti.

Pierre-Théo Guernalec

Caen, France

Étudiant en santé

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