« Benni » – Une jeunesse en péril

Helena Zengel (Benni) © Ad Vitam

Bernadette a neuf ans. Délaissée par sa mère, elle est contrainte de déménager de foyers en centres d’accueil, dont elle finit chaque fois par s’échapper. A la recherche de l’affection qui lui manque tant, elle est sujette à des crises de colères quotidiennes, qui chaque fois, l’envoient en cellule isolée droguée aux calmants.

Elle crie, elle frappe, elle vole, elle se fâche, et pourtant, aides-soignants, éducateurs et accueillants s’attachent. Désireux de lui offrir l’amour qu’elle mérite, ils se démènent pour lui trouver une place dans les centres sociaux qui deviennent de plus en plus rares à vouloir l’accueillir. Dans la scène d’exposition, il faut «  de nouveau  » placer Benni. D’emblée dans une position vulnérable, où l’on ne sait qui défendre intérieurement, une interrogation se pose  : doit-on pardonner son comportement à l’enfant, ou plaindre plutôt les soignants ? Dans quel camp faut-il ranger son empathie ?

Étrangement calme, voire même indifférente, une parole suffit à ce que Benni se montre odieuse. Ses mots (infects), son regard (indiscernable), son doudou (attendrissant), tout déstabilise. Chez elle les vulgarités fusent, l’insolence grandit, tandis qu’en nous les questions se multiplient. Il s’agit de comprendre ce qui a pu l’atteindre si durement.

Grâce à une construction truffée de flashs, on est amené à vivre – le temps de brefs instants, la réalité dont souffre Benni. Les rares moments de bonheur, se mêlent aux nombreuses déceptions, révélant la force de son traumatisme sur le rapport au monde.

Lisa Hagmeister (Bianca Klaas), Helena Zengel (Benni) ©Ad Vitam

Le sujet est dur, c’est vrai, mais le film l’est davantage encore. Parfois Benni fait peur jusqu’à en faire détourner la tête. Souvent pourtant on se réjouit de ses brèves joies. L’empathie s’installe là, où l’amour chez elle manque. On veut l’aider. Et puis, au tournant, elle nous déçoit. Mais elle n’y est pour rien, ne contrôle encore moins, mais subissant toujours la déception que lui infligent ses crises de violence chroniques. Benni vit, Benni aime, mais Bonni pleure, Benni saigne.

Suivre son quotidien, de foyers en foyers, ne laisse pas indifférent. Micha, son auxiliaire scolaire, aura la volonté ferme de réparer cette enfant sans défense, au péril de sa propre sérénité. Avec lui, elle progresse. Peu à peu, Benni montre un grand cœur, qui s’attendrit lorsqu’il est au service de l’autre, mais qui ne sera jamais digne de la confiance qu’on aimerait lui accorder. Alors on la surveille. Parce qu’on ne sait jamais avec assurance, ce qui pourrait déclencher sa colère. Et lorsque l’on pense que tout est devenu calme, c’est que la tempête se prépare.

Benni est un film empreint de violence, d’amour, de rejet et de bienveillance, sur l’importance de la confiance et la dépendance à l’amour, quel que soit l’âge.Benni a une tête d’ange, un cœur sincère, mais n’aime pas se sentir soumise à quelque force autoritaire. Abimée, elle l’a été. D’ailleurs peut être trop pour parvenir à en guérir un jour.

Un film à voir, une réalité à découvrir.

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