« Radioactive » – Science et féminisme

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Radioactive, film historique retraçant l’histoire de Pierre et Marie Curie et la découverte du radium et du polonium est disponible sur les différentes plateformes VOD. Il met en évidence la figure de Marie Curie, génie de la science et femme courageuse face à une société de spectacle sexiste.

Radioactive est le nouveau long métrage britannique réalisé par Marjane Satrapi, précédemment nommée aux Oscars pour Persépolis. Il est l’adaptation du roman graphique Radioactive : Marie & Pierre Curie : A Tale of Love and Fallout de Lauren Redniss. Ici, la réalisatrice réinvente l’histoire de Pierre et Marie Curie, respectivement interprétés par Rosamund Pike et Sam Riley. Les deux scientifiques, aidés de Frédéric Jolio (Aneurin Barnard) font une découverte révolutionnaire, celle de la radioactivité. Au fur et à mesure du film, Marie Curie mène un combat seule face à la maladie et les freins que la société parisienne de la fin du 19e siècle lui impose. C’est alors qu’une question importante émerge aussi, celle de savoir si l’humanité tire plus de mal ou de bien des découvertes nouvelles.

La guerre d’égo des Curie

C’est bien Marie Curie qui découvre ce qu’elle nomme la radioactivité, deux nouveaux éléments non stables tels que le radium et le polonium. Elle tente de s’imposer malgré les carcans sociaux de son époque. Elle se veut être une personne à part entière et non la femme de Pierre, qui lui assure que jamais il ne la considèrera comme sienne. Pourtant, des disputes vont éclater entre les deux époux notamment autour des différents prix Nobel dont le premier revient spontanément à Pierre, laissant sa femme, Marie, au second plan.

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Mais la physicienne est consciente de son intelligence et se considère plus talentueuse que son mari et des hommes scientifiques de l’époque. Les deux prix Nobel de physique et de chimie, respectivement reçus en 1903 et 1911 sont symboles de douleur et seront fondus pour une cause que la chercheuse ne considère pas comme superficielle.

La figure de la femme

Marie Curie représente une figure forte du féminisme, elle brille par son savoir et sa confiance tout au long du long métrage. Ses filles, Irène et Ève sont d’abord effacées, au second plan derrière la passion de leurs parents pour la science. On comprend alors que les deux filles, à la fin du film, ont été discrètement éduquées pour devenir des femmes indépendantes, adultes et conscientes de leur valeur. L’actrice Rosamund Pike garde la plupart du temps un visage fermé et sévère, ne laissant personne la freiner dans ses ambitions. C’est alors que Marjane Satrapi installe une sorte d’ambivalence autour de la lutte incessante de Marie pour se faire entendre au sein d’une société patriarcale à l’esprit étriqué. Effectivement, le spectateur arrive à se demander s’il ne s’agit pas du caractère hargneux et buté de la chimiste qui justifie le comportement des parisiens.

En effet, la ville de Paris est décrite comme une société de spectacle où la presse en premier lieu vante les mérites de la découverte de Pierre et Marie Curie puis au fur et à mesure la femme, veuve, est humiliée, critiquée et huée. Elle est regardée de travers par les autres femmes, et de moins en moins d’élèves assistent à ses cours à la Sorbonne. Pourtant, elle ne se laissera pas abattre, lors de la réception de son deuxième prix Nobel, elle est applaudie, en premier par les femmes, puis par les hommes. La Première guerre mondiale prend place, accompagnée d’Ève, son ainée, infirmière, elle mènera son dernier combat, tentant de soigner les malades.

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Radioactivité, bien et mal

La découverte de la radioactivité par le couple semble être dans un premier temps un espoir, peut-être même un remède contre le cancer. Les deux époux, pragmatiques et obstinés contre toute forme de spiritisme ont bien découvert deux nouveaux éléments et sont donc graciés pour cela. Cependant, les deux génies se remettent en question petit à petit voyant la fatigue qui s’abat sur eux et sur la population parisienne en général.

La réalisatrice quant à elle met en parallèle leur avancée scientifique et chimique avec les désastres mondiaux qu’elle a causés, tels qu’Hiroshima en 1945 ou bien Chernobyl en 1986 par exemple. Ces flashs sont colorés mis en opposition avec le travail acharné, excitant et prometteur des époux dans une ville grisâtre et froide. Leur découverte qui apparaissait comme une victoire, se transforme en colère totale. On pensait que le radium soignait, mais il se pourrait qu’il rende malade. Marie Curie est presque obsédée par sa fiole radioactive qui l’accompagne durant toutes ses nuits. La maladie des deux époux, quant à elle, est lancinante, elle les sépare et les épuise autant que le spectateur.

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Lors de la première scène du film, le spectateur suit Marie Curie âgée avec la caméra, autour d’élèves dans son laboratoire. Elle va s’effondrer sur le sol et sera conduite à l’hôpital, comme un synonyme de sa phobie. C’est alors que Marjane Satrapi met en évidence l’historique de cette femme qui se remémore sur son lit d’hôpital les différents combats qu’elle a mené face au deuil, la solitude, le sexisme ; une lutte pour les avancées scientifiques.

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