MUSIQUE

« Love, Disorderly » : le nouveau virage de Thomas Azier

Crédit Obi Blanche

Thomas Azier sort son 4ème album : Love, Disorderly. Un disque à l’esthétique documentaire dont la structure pop se déconstruit doucement sous l’impulsion de basses puissantes. 

Chaque album est l’occasion pour Thomas Azier de se réinventer. Pour son premier album Hylas, résonnaient des synthétiseurs, des percussions frappantes et une voix puissante, reconnaissable entre mille. Avec Rouge, le jeune hollandais a cherché aux côtés de Dan Levy une ambiance intimiste, chaleureuse et feutrée où l’influence berlinoise s’efface. Stray, enfin, semble avoir concilié les deux. Il fallait donc que Love, disorderly surprenne. Et quelle surprise ! 

Thomas Azier, Hold on tight.
Réalisé par Ayoto Ataraxia

Table rase 

Au commencement de Love, disorderly, une voix tient une note qui menace de s’échapper. Introduction énigmatique et pourtant équivoque : cette voix est l’ADN du travail d’Azier. Tantôt déclamée avec force, tantôt retenue, elle est ici poussée à ses limites. La structure classique de ses titres est bouleversée dès le premier morceau : Love, disorderly n’est pas qu’un titre éponyme, c’est une note d’intention.

Les chansons sont ouvertes. Elles ne commencent pas vraiment ou ont déjà commencé. L’incertitude règne. Les cordes portent les titres, tour à tour, chacun a sa logique propre. Ce sont de micro-univers. Les morceaux se font plus expérimentaux, marqués par une ambiance pesante entre basses lourdes et distorsion de la voix. Le ténor crée aussi la surprise avec une reprise de Gala : Freed from desire, titre psalmodié puis déclamé jusqu’à la transcendance.  

Thomas Azier, Entertainment
Réalisé par Nils Edstrom

Et si d’autres titres semblent reposer sur des structures plus classiques, c’est que souvent la surprise se joue en filigrane. If there’s a god joue des accords avec brio, la transposition finale emporte l’auditeur, le détourne de ses attentes. Depuis ses débuts, l’artiste soigne son style mais le travail de Thomas Azier n’a jamais été un projet de façade.

Voyages en terre inconnue 

Avec les clips de la chanson éponyme de l’album, d’Entertainment et Hold on tight, Azier a affirmé une esthétique documentaire. Un grand écart avec son Red Eyes, titre révélé par une publicité Yves Saint-Laurent dont le clip est saturé de néons, de ralentis et autres effets de mise en scène en parfaite adéquation avec Hylas, album intense et contrasté. 

Pour ce nouvel album enregistré à Amsterdam, Thomas Azier refait pourtant appel à des valeurs sûres. La talentueuse Ellen Treasure, déjà directrice artistique de WinnersEchoes et White Horses, reprend du service et participe à cette série de clips dépaysants. On retrouve aussi dans les crédits le finlandais Obi Blanche, collaborateur de longue date de l’artiste hollandais.

Thomas Azier, Love, disorderly
Réalisation collective

De Hold on tight filmé en Birmanie par Ayoto Ataraxia à Entertainment et ses images d’archive de soirées arrosées signées Nils Edstrom avec une direction artistique d’Ellen Treasure, Thomas Azier a développé pour ce dernier album une esthétique singulière. Caméra instable, mouvement permanent, de l’image au son, l’artiste est insaisissable. 

Sous la vidéo de Love, disorderly, l’artiste écrit d’ailleurs :

J’ai peu à peu perdu intérêt pour la fiction, les mythes et les histoires inventées, sentant le monde autour de nous dans toute sa bestialité. Plus j’observe, plus je ressens le désir de faire de la musique un espace pour explorer et je suis de plus en plus à l’aise avec l’idée de travailler sur de la musique que je ne comprends pas immédiatement.

Thomas Azier, traduit de l’anglais par l’auteur.

Difficile d’anticiper le prochain virage de Thomas Azier. En attendant, Love, disorderly est à retrouver sur toutes les plateformes de streaming.

Auteur·rice

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