« La Vie mensongère des adultes » – le retour d’Elena Ferrante

© Eric Parker

«  Deux ans avant, qu’il ne quitte la maison, mon père dit à ma mère que j’étais très laide.  » Dans La vie mensongère des adultes, Elena Ferrante entraîne de nouveau son lecteur dans les rues de Naples, cette fois sans indice temporel.

La Vie mensongère des adultes, septième livre de la mystérieuse Elena Ferrante paru le 9 juin chez Gallimard, se déroule dans une Naples entre deux âges. Giovanna, fille de professeurs, entre dans l’adolescence et doit apprendre à voir sa famille par le prisme de l’âge adulte. Sa tante Vittoria, haineuse et haïe de son père, lui ouvre les yeux sur des parents qu’elle a toujours adulés. Entourée d’amies allant et venant, Angela et Ida, et de garçons plus ou moins détestables – comme Corrado – Giovanna se réapproprie la ville dans laquelle elle a grandi avec un certain cynisme. C’est le temps des désillusions. L’évolution du personnage principal est rythmé par un bracelet mystérieux qui refait surface à chaque événement majeur.

Tout comme Elena Greco dans L’Amie prodigieuse, l’héroïne manifeste un intérêt prononcé pour l’éducation : seule manière de s’élever socialement et d’acquérir une certaine supériorité. À la différence qu’Elena vient d’un milieu défavorisé tandis que Giovanna a été élevée dans l’idée que les études sont indispensables. La Vie mensongère des adultes est un roman d’apprentissage désabusé que nous offre Elena Ferrante. Deux ans de vie s’écoulent en 400 pages, nous la quittons à seize ans prête à affronter la vie d’adulte, débarrassée de la pesanteur de sa vie de petite fille. C’est aussi un roman qui oscille entre le sexe sans filtre – pas très propre et sans grand intérêt – et l’amour puissant que l’héroïne porte à un jeune homme rencontré lors de cette période décisive.

La conteuse de Naples

Elena Ferrante continue d’exploiter la veine qui a fait son succès. Naples reste au centre de son roman, avec ses disparités socio-économiques. Elle met en scène une figure sombre – Vittoria – qui s’évapore au long de l’intrigue mais qui partage des similitudes avec Raffaella de l’Amie prodigieuse. Un peu lunatique, Vittoria fait prendre conscience à Giovanna des failles de sa famille. Personnage profond, elle exerce la même influence magnétique que celle qui lie Elena à Raffaella. Vittoria est d’abord présentée comme une gorgone, responsable des malheurs de la famille ; au fur et à mesure que le roman avance, et que le lecteur en apprend plus sur elle, son aura diminue. Par ailleurs, le dialecte occupe toujours une place primordiale : d’un côté, il enferme les personnages, de l’autre, il permet à Giovanna de se créer un alter ego à même de détruire son image de petite fille née de parents éduqués.

Mais alors que l’Amie prodigieuse est construit autour de la relation entre Raffaella et Elena, dans La Vie mensongère des adultes, Giovanna est vraiment au centre du roman, et ses expériences sont décrites de manière bien plus crue et plus désabusée. Il est par ailleurs impossible de dater précisément le roman : les seuls indices sont la marque de la voiture de Vittoria – une «  vieille cinqueciento  » – les discussions politiques autour «  du marxisme, de la fin de l’histoire, du communisme et de l’État  » et une rapide mention de la robotique. Un roman qui pourrait se passer n’importe quand entre le milieu des années 60 et la fin des années 80. Finalement, l’histoire n’a pas besoin d’un contexte historique précis contrairement à celle de l’Amie prodigieuse. Tout ce qui compte, c’est l’évolution psychologique de Giovanna, quand l’histoire de Raffaella et Elena était profondément ancrée dans les changements politiques de la fin des années 60 et les révoltes ouvrières.

Si La Vie mensongère des adultes comporte quelques longueurs, Elena Ferrante sait bien rebondir. Roman idéal en période estivale, il s’inscrit dans la veine des précédents romans de l’auteure qui, une fois de plus, assoit sa maîtrise des intrigues adulescentes. Netflix ayant déjà acheté les droits du roman, il devrait rapidement faire son apparition sur le petit écran.

Camille Gho

Étudiante en journalisme culturel, je me nourris de romans et d'amandes (enfin, j'aimerais bien...)

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